LE DÉMON À L’ENDROIT #4 : RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE ?

En arrivant à la gare de Saint Pancras, à Londres, on est accueilli par cette sculpture de 9 mètres de haut intitulée The meeting place (point de rencontre), œuvre de Paul Day.
Elle produit une impression déconcertante. Les deux personnages sont déifiés  par leur taille, le piédestal et leur visage mutant. En revanche, leurs vêtements, le sac à dos que porte l’homme suggèrent qu’ils évoluent dans un environnement urbain tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Un examen plus détaillé de la sculpture, et de la frise sur laquelle elle repose, ajoutée en 2008, permet de comprendre les intentions, sinon du sculpteur (qui a le mérite d’être un véritable artiste et non d’une boîte à idée humaine confiant la réalisation des ses fulgurances à des ateliers), du moins de ses commanditaires. 

Le couple présente des traits qui ne sont plus tout à fait humains. Ils dominent tels des demi-dieux sur une humanité égarée dans les labyrinthe que sont les couloirs de métro, les gares, les stations, pris dans un mouvement perpétuel et vain (j’y reviens un peu plus loin). L’accentuation de leur profil évoque à la fois certaines représentations antiques de l’humanité, les situant entre le plan terrestre et le plan divin, et la possibilité d’une mutation future, qui est un fantasme scientiste assez récent. Le mythe nietzschéen du surhomme établit une hiérarchie entre l’animal, l’homme et le surhomme, le dernier étant le résultat spirituel de la volonté individuelle de l’individu souverain débarrassé de Dieu. En revanche, depuis les premières intuitions de la génétique, les espoirs scientifiques d’une l’humanité ayant perdu la conviction de son âme immortelle se sont déplacés, du fantasme prométhéen de recréer la vie, à celui du contrôle total de la vie biologique… et de la mort, jusqu’à faire de l’humanité même une matière modelable à merci ; tout cela, bien sûr, au profit des puissants, de ceux dont la situation hyper-privilégiée les range à leur propres yeux dans une catégorie supérieure à l’humanité ordinaire.

La frise témoigne d’une véritable maîtrise artistique : effets de mouvements de foule, illusions d’optique produites par des perspectives horizontales et verticales exagérées, suggestion du ciel (lumière au bout du tunnel ou du couloir ?) de l’asservissement au travail bureaucratique ou à la machine, expression d’un grand égarement : l’impression d’ensemble est particulièrement désolante.
L’humanité y est agglutinée dans les rames de métro, enchaînée aux objets fétiches de son asservissement (téléphone, porte-document), réduite à des souris dans un labyrinthe, envoyée par train à la guerre ; cette note anachronique fait écho aux jeux de perspectives à la Escher : même la dimension du temps est un labyrinthe. Le sculpteur, se livre à d’autres jeux de mots formels : face aux personnages ressemblant à des soldats partant au front, il en représente d’autres, soldats ou mineurs (reconnaissables à leur casque) semblant porter un cercueil, en fait un train du type TGV . L’œuvre est très inspirée, foisonnante, grouillant non pas de vie mais d’agitation, le tout au service d’une vision particulièrement sinistre de l’humanité. Le spectateur ne sait si elle a pour but de l’accabler ou de l’alerter…  Il semble que le destin de l’humanité ne la mène que vers le bas. L’utopie est un paradis terrestre réservé à une élite, une sorte de zone coupée du reste du monde, transformée de facto en enfer, ce dont la majorité de l’humanité ne se rend pas compte puisqu’elle y est née et n’a jamais rien connu d’autre.


Ici et là est suggéré le monde extérieur, le monde situé au dessus de cet enfer qui est la norme de l’humanité occidentalisée : le ciel, une rue en haut d’un escalier que descend un homme se rendant au bureau, gardée par une clocharde et son chien aux bajoues tombantes. Communication possible entre les deux mondes ?  

Le couple d’amoureux pris dans cette agitation est loin d’apporter une note d’espoir. Il n’est pas le pendant des deux géants sereins qui dominent la frise. L’homme nous tourne le dos, le regard dirigé vers sa droite, comme absent de sa propre étreinte, tandis que la femme qu’il tient dans ses bras regarde par-dessus son épaule l’écran de son smartphone. En effet, ce sont les yeux les visages et le regard des personnages de la frise qui les emprisonnent dans le monde matériel, dont ils ne perçoivent que les apparences, tandis que les yeux des deux amants du couple idéal, dépourvus de regard, ne sont pas vides, mais comme omniscients, capables de tout voir et savoir du monde extérieur et au-delà.

C’est ici que se confirme la thématique démoniaque de cette œuvre qui représente l’accomplissement du fantasme transhumaniste, du contrôle de l’humanité et de l’existence : l’homme s’est mis sur un pied d’égalité avec les dieux, selon la promesse du serpent, et domine l’humanité ordinaire enfermée dans des tunnels, égarée, hagarde, hypnotisée, ne communiquant plus que par écrans interposés. Cette vision dystopique est-elle si éloignée de notre réalité ?  

LE DÉMON À L’ENDROIT #3 : LE GÉNITEUR DU BÉBÉ DE ROSEMARY

Ma dernière visite à Lille en septembre a été l’occasion de constater la présence, devant la gare Saint Sauveur, d’un bébé-démon géant rescapé de l’édition 2009 de l’exposition en plein air Lille 3000. Il faisait partie d’une série d’une dizaine de sculptures exposées dans le centre intitulé « parade des Anges et Démons ». Titre doublement trompeur. En effet, la douzaine de sculptures exposées dans la rue) n’étaient pas des anges et des démons mais des êtres « mi-anges mi-démons », ce qui est une aberration puisque le caractère hybride est un trait propre aux démons, non aux anges, qui sont des êtres purs. Qu’on en apprécie ou non les éventuelles qualités esthétiques, plastiques ou spectaculaires, l’art officiel dit contemporain, quand il daigne se faire figuratif, annonce de plus en plus clairement la couleur. Et cette couleur est assez sombre.


L’argumentaire du texte de présentation dissipe tout doute possible à l’entendement de qui sait voir et lire : « Réalisé par le collectif d’artistes russe AES+F, ce curieux bébé oscille entre ange et démon (1). Le Mal peut ressembler au bien et vice versa (2). Il incarne peut-être un nouvel âge (3). »
1. Oscille… Vraiment ? Il semble au contraire avoir rejoint « le côté obscur de la force ». 
2. « Ressembler »… est-ce à dire : « être confondu avec »… ? La confusion entre les notions de  bien et de mal s’installe en réduisant la vision du monde au point de vue individuel. Ce ne sont pourtant pas des points de vue individuels qui modifient les sociétés, mais des groupes organisés (institutions, lobbies réseaux occultes parmi lesquels les services secrets…). Se rappeler que l’art monumental est une émanation du pouvoir fournit une piste de réflexion non négligeable.
3. L’argumentaire semble suggérer que ce nouvel âge, cet âge de (con)fusion entre le bien et le mal, est aussi nécessaire qu’inévitable (ne pas oublier que cette rhétorique fataliste vient d’en haut). En ce qui concerne les affaires terrestres, seule la morale traditionnelle, conventionnelle dans le bon sens du terme, inspirée du droit naturel, est véritablement égalitaire. Tandis que cette “morale” ne peut en définitive que servir la loi du plus fort. Il s’agit depuis 2020 d’un fait accompli : l’arbitraire est assumé comme l’esprit et la lettre du pouvoir, qui a normalisé le viol du principe de consentement libre et éclairé, la persécution du peuple et la ségrégation. 

L’ENFANT MALÉFIQUE DANS LA FICTION
Ce qu’on implante dans l’imagination du public n’est pas innocent. Le thème de l’enfance maléfique, comme tout ce qui a trait au mal, avait été pris en charge par le genre fantastique. Dans la culture populaire, l’enfance reste un domaine protégé. Dans la science-fiction, quand l’homme crée la vie, il la crée déjà dans sa forme adulte (Frankenstein). Deux contre-exemples me viennent à l’esprit : le bébé créé par l’ordinateur central domestique dans Génération Protéus et le bébé, indirectement créé par la mort de l’ordinateur dans 2001, Odyssée de l’espace. Dans son essai malheureusement non traduit : Monsters from the id, E. Michael Jones explique que le cinéma horrifique est le lieu où remontent les questions interdites par la libération sexuelle : le refoulement du traumatisme de l’avortement dans Alien, la valorisation de la virginité dans les films de tueurs en série (notamment la série des slashers des années 80 Vendredi 13, jusqu’au récent Cabin in the woods, qui reprenait de manière roublarde les codes du genre) où la survivante est toujours celle qui a préservé sa vertu, comme dans Halloween de John Carpenter (1978). En fait, le thème du bébé maléfique ne s’inscrit pas tout à fait dans le cadre de cette contestation indirecte et imagée de la révolution sexuellet ; pourtant, il vient contester le principe rousseauiste selon lequel l’homme naîtrait bon et serait corrompu par la société, postulat qui entraîne la négation de la responsabilité individuelle et la nécessité de réformer la société, de peur que la liberté individuelle ne transforme celle-ci en champ de bataille ; mettre l’humanité en coupe réglée est le programme des utopies : vouloir le bien de l’homme contre son gré.
On trouvera des exemples notables de l’enfance maléfique dans le fascinant Tour de l’écrou de Henry James (récit volontairement ambigu qui laisse le lecteur dans l’incertitude quant à la question de savoir si tout s’explique par l’action maléfique des enfants ou par l’hystérie de leur nurse), Rosemary’s baby, où il est question de l’enfantement du fils du diable ou The Middwich cuckoos (Le village des damnés en français), où les enfants maléfiques ont été conçus par une force invisible, probablement extra-terrestre après que le village a été totalement coupé du monde pendant une nuit.
Quand le cinéma fantastique et horrifique, heureusement très avare en représentations de meurtres d’enfants, déroge à cette règle, il fait en sorte de le justifier : Le petit frère lancé d’un hélicoptère dans dans The body snatchers (Abel Ferrara, 1993) a déjà été remplacé par les graines extra-terrestres. Le spectateur comprend très bien que cette créature n’a de l’enfance que l’apparence. Dans Dawn of the dead (Zack Snyder 2004), remake du film de George Romero (1978), une femme mordue par un zombie finit par accoucher d’un bébé mort-vivant, trouvaille audacieuse dans un remake réussi et parfaitement pessimiste où l’anthropophagie de l’original est édulcorée, mettant en évidence le thème de la transmission épidémique.

AGRESSION DE L’ENFANCE
Dans le monde réel, matérialisant des peurs que même le cinéma horrifique n’avait que rarement affronté, c’est la politique qui pervertit le thème de l’enfance :
– En l’assimilant à une forme de parasitisme qui ne peut être combattu qu’en refusant de procréer, selon certaines mouvances « écologiques » (les guillemets se justifiant ici par le fait que cette mouvance semble se préoccuper davantage de polluer des environnements mentaux que de protéger l’environnement naturel) ;
– En la sexualisant, sous prétexte de la protéger par l’enseignement du principe de consentement sexuel, alors que tout principe de consentement a été confisqué aux adultes, à commencer par leur droit à élever leurs enfants comme ils le veulent (1)
Mais il ne faut pas voir de contradiction avec le négationisme du sexe biologique appelé théorie du genre (dont la menteuse Najat Vallaud-Belkacem avait déjà nié l’existence tandis qu’elle entrait dans les manuels scolaires).

NUNUNU
Le mensonge principal de la publicité est de faire croire qu’elle vend des produits alors qu’elle distille une idéologie. Cette convergence des luttes nihilistes était déjà assumée dans le film publicitaire pour la marque israélienne de vêtements « non genrés » pour enfants Nununu, promue par la chanteuse Céline Dion (2)… Le message du film publicitaire est parfaitement explicite : Un des premiers plans montre Céline Dion dans un taxi tandis que sa voix off dit le texte suivant : « “Nos enfants”, ils ne sont pas vraiment nos enfants… ils sont des chaînons faisant partie d’une chaîne infinie qui est la vie… » Cette
« chaîne de la vie » n’est qu’une manière détournée d’évoquer l’annulation des prérogatives parentales naturelles (qui était déjà à l’œuvre dans la prétendue école gratuite et obligatoire, qui était en fait une décision maçonnique visant à limiter l’influence du christianisme sur les nouvelles générations).
Arrivant dans une salle de maternité où les bébés sont répartis entre aile bleue pour les garçons et aile rose pour les filles, Céline Dion souffle sur eux une poussière étincelante et noire qui métamorphose leur environnement : les bébés ne portent plus que des vêtements noirs frappés de motifs blancs ou inversement : grenouillères à motifs d’étoiles noire, de croix carrées inscription en majuscules et caractères gras NEW ORDER… 

Il se pourrait que dans leur désir manifeste d’éviter la mièvrerie propre aux produits liés à la petite enfance, les deux créatrices de la marque israélienne, respirant la joie de vivre : patibulaires et habillées de noir, soient « passées du côté obscur de la force ». La vision qu’elles projettent de l’enfance est dépressive, sinistre et totalement vidée de toute vitalité. L’avenir est sombre, pour ne pas dire ténébreux. Un coup d’œil à leur ligne de vêtements permet de se faire une meilleure idée: même un tee-shirt frappé du slogan DO NOT TOUCH (ne pas toucher) met mal à l’aise ; le slogan est accusateur (c’est le propre des victimes n’ayant pas identifié leurs véritables agresseurs de les voir partout ; serait-ce le cas de Iris Adler et Tali Milchberg, les deux stylistes de la marque ?).

Ce prêt-à-porter se fait le complice d’une idéologie mortifère, toxique, et fourbe, qui en revendique du droit à l’affirmation d’être soi – mythe de l’individu sui generis, coupé de toute filiation, portée par le lobby LGBT – prétend que la castration chimique et la mutilation chirurgicale. Comme l’explique Lucien Cerise dans Neuro-pirates, cette idéologie est l’avant-garde du transhumanisme, idéologie scientifictionnelle du perfectionnement de l’homme par l’homme, c’est-à-dire à la guerre contre le principe même d’humanité. 

  1. Rappelons que cette « éducation » perfide au consentement sexuel (énoncé qui comme le dit Ariane Bilheran est pervers du simple fait que les droits sont censés protéger contre les pulsions) intervient alors que les adultes sont dépouillés de leurs prérogatives ; pendant la période de malédiction confinementielle, un adulte ne portant pas de masque facial (médicalement inutile) dans une boutique pouvait se voir verbalisé, tout comme le propriétaire ou le gérant du commerce, cette mesure annulant de facto toute notion de responsabilité individuelle.
  2. Film publicitaire pour la marque Nununu : http://www.youtube.com/watch?v=StQXEe4bF2c&ab_channel=NUNUNU

LE DÉMON À L’ENDROIT #2

IL NE SERA PAS ICI DIRECTEMENT QUESTION DE DÉMONS. ENCORE QUE ON DIT BIEN QUE LE DIABLE EST DANS LES DÉTAILS… 

L’Antipresse, journal fondé par Slobodan Despot a publié il y a quelques semaines le premier d’une série de trois articles que j’ai écrits : Les démons et la vie ordinaire. J’y fais le constat de la multiplication des représentations démoniaques dans l’art monumental de ces dernières années pour m’interroger sur le sens et la nature de ce que pourraient être les démons aujourd’hui ; par « démons », j’entends : manifestations du mal ordinaire.
Ce n’est pas de cela qu’il sera question ici, mais de l’échange avec une des personnes de mon entourage – que j’appellerai X, par commodité – qui a lu mon article. 

Je connaissais l’orientation politique très marquée à gauche de X (clivage qui sert à détourner l’attention du seul clivage politique qui compte : mondialisme ou souverainisme, du moins si on se limite aux questions terrestres). Et je dois dire que sa réponse ne m’a pas déçu : 

J’espère que tu fais attention ou tu met les pieds, et ta plume – quel que soit notre bord politique, nos intentions aussi louables soient-elles et nos valeurs, nous vivons tous dans nos bulles de pensées. (1) […]
Concernant ton article, bravo pour le travail effectué. Je te rejoins complètement sur ton appréhension de l’art contemporain. […] Je n’arrive cependant pas à saisir ou tu veux en venir. Et si tu parles de démons d’apparence métaphorique ou au premier degré.
(2) 
Cela me pose question parce que ce manque de clarté permet à mon sens d’esquiver critiques, débats, et retours constructifs.
(3)

  1. Ce conseil de « faire attention où je mets les pieds » ne venait pas d’un vétéran inquiet de me voir prendre une voie sur laquelle il se serait brûlé les ailes, mais d’un jeune homme de vingt ans de moins que moi… Si la critique n’est pas une affaire d’âge, la condescendance doit pouvoir justifier d’une supériorité objective. J’étais évidemment surpris que son message commence par une mise en garde, signe d’une personnalité ayant une haute opinion d’elle-même, trait assez courant pour ne pas dire constitutif de la mentalité gauchiste – que je distingue toujours de la mentalité des gens de gauche honnêtes que peuvent être Jean-Claude Michéa, Étienne Chouard ou la valeureuse Tatiana Ventôse ; mais précisément, ces gens-là inspirent la plus grande méfiance à la gauche radicale  (ou révolutionnaire). 
    X attirait ensuite mon attention sur un passage dans un autre article du même numéro, où l’écrivain Éric Werner évoque Renaud Camus et la théorie du grand remplacement (sans la condamner, comme voudraient qu’on le fasse ceux qui déplorent les théories dont il chérissent les pratiques). X soutient LFI, qui milite nettement pour la créolisation de la France ; dans ces conditions, contester le phénomène de remplacement, c’est manifester la double pensée définie par George Orwell : le cerveau gauche ne voit pas ce que fait le cerveau d’extrême gauche en quelque sorte. Qu’on approuve ou non la transformation des populations occidentales qui a lieu depuis quelques décennies, il faut être malhonnête pour l’interpréter autrement que comme le résultat d’une volonté politique (nationale ou supra-nationale). Les pays qui veulent contrôler leur immigration l’ont toujours fait. 
  2. Je n’évoquais l’art contemporain dans mon article que pour dire qu’à travers lui nous avions affaire à un art officiel qui ne dit pas son nom et que la prolifération de représentations démoniaques posait la question de la nature du pouvoir qui les promeut, les finance, etc. et ce, que ce pouvoir soit public ou privé.
  3. X fusionne ici d’une curieuse manière son incompréhension avec l’intention qu’il me prête d’esquiver les critiques (il ne faut jamais négliger la puissance de frappe du procès d’intention).

    Cela dit, j’ai médité ma réponse de manière à pouvoir éviter les pièges ; le premier étant de ne pas tomber dans le débat sur les petits, grands ou moyens remplacements :

    Merci de t’inquiéter mais je sais où je mets les pieds : après tout, ce sont les miens et j’y fais très attention. Comme tu le remarques judicieusement, ce n’est pas moi qui ai écrit l’article d’Éric Werner, alors je ne sais pas quoi te dire…
    L’art contemporain est creux je suis bien d’accord, mais ce n’est pas du tout mon propos, qui est  la question du sens produit par l’art monumental. Je ne comprends pas « démons d’apparence métaphorique » […]. Les sculptures dont je parle sont des représentations. De quoi ? C’est précisément l’objet des parties 1/3, 2/3 et 3/3. 

X a beau être un jeune homme plutôt placide et d’apparence tout à fait inoffensive, son opinion était faite. Sa rectitude ne souffrirait aucun éclaircissement :

Participer à un journal publiant des sophismes honteux me parait juste peu rigoureux. [Ta participation] m’inquiète, en vérité. Connaissant le terme de grand remplacement de Renaud Camus et l’ayant vu mainte et maintes fois se faire débunké (sic) en quelques secondes, connaissant à quel point il sert la propagande climato-sceptique, raciste, et confusionniste, et le repli sur soi idéologique j’avoue être simplement choqué de te voir publier dans un journal qui ose le citer. Pour en revenir à ton texte, je n’en saisis pas le fond. Quel est ton propos ?  Penses-tu que les institutions ont des liens directs avec les démons ? Qu’il y a une forme d’art satanique en place en France et dans le monde ? 
Le fond de ton propos n’est à mes yeux pas lisible. Et je ne peux donc en dire grand chose pour l’instant.

X se doutait bien que je ne savais pas d’avance quel serait le contenu des autres articles mais surtout, il semblait présumer à le fois que mes décisions suivaient sa ligne de conduite (ce que suggérait son avertissement liminaire) et déplorer qu’elles ne la suivent pas. J’étais pris dans sa « bulle de pensée ». L’expression de son inquiétude avait de quoi surprendre et suggérait que ce qu’il pensait de mon article devait m’ouvrir les yeux… 
Je le reconnaissais là, le petit démon politique vétilleux et hargneux qui depuis des décennies fait de la vie intellectuelle une antichambre de l’enfer… Allais-je me fatiguer à lui expliquer que les mots climato-sceptique, raciste, et confusionniste étaient des insultes et non des arguments ? Quant au « repli sur soi »… 

Ma manière de voir les choses est radicalement différente de la tienne…
L’inquiétude dont tu me fais part… qu’en faire ? 
Tu désapprouves ma décision d’être publié dans ce journal. Ça te surprendra peut-être : mon but dans la vie n’est pas d’éviter de décevoir les gens. Le voisinage de l’article d’Éric Werner avec le mien correspond exactement à l’idée que je me fais de la diversité intellectuelle. […]
Me demander de m’expliquer sur mon article dans son ensemble est une demande exorbitante ; si tu as des questions sur des passages précis, j’y répondrai volontiers. Cela dit, relire, c’est toujours bien.
 
Inutile de dire que j’ai bien l’intention de proposer d’autres articles à Slobodan Despot. 

Des semaines ont passé. Pas de nouvelles.
Je frémis en pensant à ce qui se serait passé si j’avais essayé de m’expliquer… 
Mais surtout… Je ne sais toujours pas ce que sont des « démons d’apparence métaphorique ».

LE DÉMON À L’ENDROIT #1


L’APPARITION DE FIGURES DÉMONIAQUES DANS LES GRANDES VILLES EST-ELLE INNOCENTE ? LES IMAGES NE SONT-ELLES « QUE » DES IMAGES ?  

C’est en deux temps que j’ai découvert cet affichage recouvrant le bâtiment voué à devenir le futur centre Canal Pompidou. Venant de l’autre côté du canal de Bruxelles, situé hors champ, un peu plus loin à gauche sur la photo, j’avais remarqué que l’image de ce paysage volcanique (c’est ainsi que je l’ai perçu d’abord) ne comportait pas de texte : pas de marque, pas de slogan. Il ne s’agissait donc pas de publicité. Du moins, pas de publicité commerciale. J’étais à vélo sur cette artère au trafic dense et il a donc fallu que je m’arrête pour mieux voir la figure dont je n’avais vu que le bout d’une aile.  

Pas de marque, pas de logo, pas de slogan, donc, mais un visage. J’étais au courant de la reconversion du bâtiment Citroën… il ne fallait donc pas être grand clerc… Un ange déchu, un démon. Gigantesque. Conquérant Il semble déterminé à partir à la conquête du monde, tel un nouveau Rastignac. Je n’étais pas surpris, il s’agissait d’une nouvelle sorte d’épiphanie. Ce n’était pas la première, ce ne serait pas la dernière (ceci est le début d’un feuilleton). 
Une fois rentré chez moi, le site de Kanal-Centre Pompidou allait m’en apprendre un peu plus. Comme je m’en étais douté, la personne représentée en  démon n’était autre que l’artiste lui-même, Tarek Lakhrissi, qui dans l’interview de présentation de son œuvre, parle des anges de la série Angels in America et des Ailes du désir, sans expliquer la conversion automatique qui s’était faite dans son esprit en la figure de l’ange déchu. (www.youtube.com/watch?v=awr_uoqi38g). J’attire l’attention des lecteurs sur le fait que certains artistes ont avoué le plus sérieusement du monde avoir vendu leur âme au diable en termes plus ou moins couverts : Bob Dylan, Johnny Halliday (d’après un témoignage certes indirect), Katy Perry (www.youtube.com/watch?v=yDM7D1teDco&ab_channel=EndTimeChristian), et que nombre de personnalités du spectacle et de la culture sont photographiées arborant des signes occultes (œil unique…), dont les implications doivent être étudiées.
« En tant que personne de couleur, déclare Tarek Lakhrissi, je ne voulais pas me cacher derrière quelqu’un d’autre et demander à quelqu’un de le faire pour moi. » 

Une autre œuvre de Tarek Lakhrissi : The evil part of me is laughing (« La part maléfique de moi rit ») – Galerie Nicoletti, Londres, automne 2024.

Voici un extrait de la présentation de l’œuvre RISING sur le site Kanal : 

RISING (1), l’œuvre de Tarek Lakhrissi commandée par KANAL-Centre Pompidou pour la série FAÇADE, explore (2) la force de la représentation et de la narration dans l’expérience de vie des personnes queer non blanches (3). Pour ces communautés (4), qui défient les normes de genres, d’orientations sexuelles et le racisme structurel (5), la représentation dans le cinéma, la musique, les jeux et la culture numérique a une valeur émancipatrice (6). L’échange avec des personnes partageant les mêmes idées (7) et expériences favorise un sentiment de fierté (8), d’appartenance et de solidarité (9). Un processus essentiel pour se frayer un chemin parmi les récits traditionnels et imaginer des alternatives. […] Le protagoniste [de RISING] – un avatar d’ange (10) – symbolise l’incarnation d’une divinité sur terre (11). 

1. Ce ne sera pas ici la dernière des inversions opérées. Rising signifie « le fait de s’élever ». C’est tout naturellement que ce mot devient le titre d’une œuvre représentant un ange déchu. Soit il décrit une inversion, soit il suggère ce qui se passe après la chute. Dans l’Ancien Testament, l’archange Lucifer, après avoir défié Dieu, est tombé sur terre pour corrompre l’âme des mortels avec l’aide de ses légions d’anges rebelles : les démons. 
2. L’art officiel dit contemporain « explore », « interroge », « questionne ». Il ne fait rien à la légère. Mais surtout : il expose son programme à l’intention des profanes et des simples d’esprit.
3. À rebours de l’universalisme, cette compartimentation de l’humanité occidentale en catégories (dont le tiers exclu est toujours le mâle blanc hétérosexuel) opère, ici de manière tout à fait cohérente, selon une tactique de division (qui est l’étymologie du mot diable : qui coupe la course du bolide, en grec ancien : qui désunit, qui inspire la haine ; vient de diaballein, qui signifie jeter  (ballein) en travers (dia) ou jeter entre) en vue de l’opposition non-dite contre un ennemi commun. La méthode éprouvée par Tullius Detritus dans l’album d’Astérix La zizanie continue à faire ses preuves. 
4. Communautés représentées par des associations victimaires extrémistes, usurpatrices et ventriloques. 
5. Rendons hommage à l’adversaire : la mise devant le fait accompli est toujours infiniment plus efficace que l’imposition progressive par l’argumentation, surtout quand l’illusionnisme s’impose. Notons tout de même que la compartimentation de l’humanité réalise ce “racisme systémique”, qui aura dès lors toujours existé en germe. Le narcissopathe a toujours raison. 
6. Une fois qu’on a décidé qui est opprimé : ceux qui se définissent ainsi, il devient plus facile de déterminer qui a besoin d’être « émancipé ». Quant à l’équivalence entre représentation et émancipation, elle va de soi. Il s’agit là d’une forme subtile, classique et efficace d’intimidation. Si vous ne comprenez pas le raccourci, vous faites partie du problème.
7. L’argumentaire se hasarde ici à une déduction  qu’on n’a le droit de faire que si on n’est pas raciste : la corrélation entre couleur de peau et mode de pensée. 
8. Fierté compatible avec l’idéal certes flou (et on comprend pourquoi il a intérêt à le rester) d’égalité. 
9. Pour bénéficier de cette solidarité, il faut faire partie d’un club. 
10. La confusion est naturellement entretenue entre l’ange et l’ange déchu (le démon), la confusion entre le bien et le mal (j’y reviendrai dans un autre article). 
11. Curieux retour du paganisme via l’art officiel dit contemporain… 

Il faut envisager que ce « récit », cette fiction imaginée en haut lieu est un mensonge qui dit la vérité et que si vous n’y croyez pas, on y croit pour vous. Ce ne sont que des mots, mais cela ne doit pas nous faire oublier que ce sont les mots du pouvoir. De sa branche récréative, certes, mais du pouvoir quand même. 

LIBRE JOURNAL DE SALSA BERTIN, CHRONIQUE #1

CHRONIQUE SALSA BERTIN #1 : PAIX chronique du 29 novembre 2023

Depuis novembre dernier, je tiens une chronique mensuelle dans le libre journal de Salsa Bertin sur Radio Courtoisie. J’ai décidé d’en publier les textes. Le premier mot à tiroir proposé Paix, m’avais donné du fil à retordre. Le trac, aussi, pour cette première chronique radiophonique.

Je ne sais pas si je dois vous remercier de m’avoir proposé d’inaugurer cette chronique avec un mot aussi galvaudé et générique que le mot PAIX. 

Je vais commencer par la définition du Robert historique. Paix : acte de passer une convention entre deux parties belligérantes ; absence de guerre ou de conflit qui en résulte… 
Il est intéressant de noter que jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale, l’absence de guerre s’est appelée « paix armée ». Depuis 1945 et la guerre froide, elle s’appelle « équilibre de la terreur », ce qui a de la gueule… 
On a cru un temps que la fin de la guerre froide marquait « la fin de l’histoire » (c’est la thèse de Francis Fukuyama), une drôle de paix qui n’excluait pas les conflits mais signifiait la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme sur les autres régimes. 
L’hypothèse d’une société néo-libérale repose sur l’idée que le libre échange généralisé représente le meilleur fondement possible pour l’harmonie sociale donc, pour la paix. Selon l’excellent sociologue Jean-Claude Michéa, c’est une idée paradoxale puisqu’elle repose sur l’hypothèse d’un monde où les individus sont gouvernés par la cupidité. Dans ce monde, le seul mécanisme possible de l’harmonie sociale est le marché. Non content de réduire les hommes à l’appât du gain, cette thèse affirme que cela mène, sans l’opération du saint esprit, à une société idéale et vertueuse.  

Les démocraties libérales promeuvent presque exclusivement le potentiel consommateur de l’individu. Le bonheur y est réduit au pouvoir d’achat sous le nom de « consommation des ménages » ; l’individu y est précarisé au nom de la concurrence – précarisé pour les pauvres, nomadisé pour les privilégiés ; c’est l’individu nomade prophétisé par Jacques Attali et joué par George Clooney dans le film Up in the air
Dans ce régime en paix, il n’y a de place que pour les pulsions consuméristes et hédonistes – c’est-à-dire qui concernent le plaisir. 
L’Union européenne a été créée selon ce principe ; elle l’a d’ailleurs repris en slogan sous la forme – ne riez pas – « l’Europe c’est la paix ». Mais l’Union européenne a aussi été créée sous un autre prétexte (d’ailleurs mensonger (1)) celui de la la concurrence avec les États-Unis, donc : la guerre économique. Elle a même créé une direction générale spécialement dédiée à la concurrence, quasiment élevée au rang de pratique religieuse

Dans le monde réversible des démocraties libérales, on peut aussi appeler la paix, « guerre de tous contre tous » ; il ne s’agit pas d’une situation où les gens s’entretuent mais d’une situation où chaque individu est en concurrence avec les autres et ou le meilleur gagne : et le meilleur, ce n’est pas le meilleur, c’est le plus fort. 
Ce système, soumis à la loi du plus fort (j’en profite pour vous renvoyer à la fable de Lafontaine Le loup et de l’agneau) ce système donc, donne naturellement lieu à toutes les inversions
George Orwell l’a prophétisé dans son roman 1984 avec sa formule : « La guerre c’est la paix. » qui offre deux interprétations : 
– La guerre est un signe de paix dans un monde où il ne faut pas se fier aux apparences mais uniquement aux discours officiels ;
– La paix cache une guerre invisible dans un monde où tout est réversible.
L’inversion des valeurs étant devenue la norme, elle produit un président qui parle comme il respire : les lapsus lui permettent parfois de dire, accidentellement, la vérité. 
Il a ainsi déclaré « J’assume totalement d’avoir parlé avec le président de la Russie pour éviter la paix, pour éviter la guerre, pardonnez-moi… » Vous trouverez cette séquence vidéo en tapant “Macron lapsus” (2). 
Et pour finir, à propos de menaces pacifiques, en anglais, un “pacifieur”, “pacifier” est une tétine. 

Dans le monde rêvé par le fanatique du transhumanisme Yuval Noah Harari, auteur du best seller Homo deus, la tétine est aussi destinée à l’usage des adultes. Comme dans le roman Le meilleur des mondes avec sa société parfaitement pacifique et cauchemardesque, Harari nous promet que les improductifs seront tenus en respect au moyen d’un mélange de cocktails de drogues et de divertissements… c’est-à-dire la paix artificielle pour le consommateur poussé au dernier stade : le toxicomane. 

  1. Puisque l’Union européenne est une création des États-Unis et que quoi qu’il en soit, Barack Obama en son temps s’était plusieurs fois prononcé contre le Brexit, ce qui signifie que l’Union de la Grande Bretagne avec l’U.E. ne faisait pas d’ombre aux E.U.
  2. https://www.youtube.com/watch?v=wzXoroOq6Qg&ab_channel=Dr.VSpineRachis

Illustration : Gerhard Glück

ANAGRAMME DE TRAUMAS*

Dans les premières pages de son livre Le réel et son double, le philosophe Clément Rosset nous raconte deux fables tournant autour d’une prophétie, et, presque involontairement, nous apprend qu’accepter qu’elles se réalisent peut s’avérer la meilleure manière de les conjurer.
La troisième histoire, une anecdote vécue, nous apprend que l’expérience peut nous amener à tirer des leçons similaires à celles de la mythologie.

PREMIÈRE PROPHÉTIE
Un vieillard craintif avait un fils unique plein de courage et passionné pour la chasse ; il le vit en songe périr sous la griffe d’un lion. Craignant que le songe ne fût véritable et ne se réalisât, il fit aménager un appartement élevé et magnifique, et il y garda son fils. Il avait fait peindre, pour le distraire, des animaux de toute sorte, parmi lesquels figurait aussi un lion. Mais la vue de toutes ces peintures ne faisait qu’augmenter l’ennui du jeune homme. Un jour s’approchant du lion : « Mauvaise bête, s’écria-t-il, c’est à cause de toi et du songe menteur de mon père qu’on m’a enfermé dans cette prison pour femmes. Que pourrais-je bien te faire ? » A ces mots, il asséna sa main sur le mur, pour crever l’œil du lion. Mais une pointe s’enfonça sous son ongle et lui causa une douleur aiguë et une inflammation qui aboutit à une tumeur. La fièvre s’étant allumée là-dessus le fit bientôt passer de vie à trépas. Le lion, pour n’être qu’un lion en peinture, n’en tua pas moins le jeune homme, à qui l’artifice de son père ne servit de rien.

DEUXIÈME PROPHÉTIE
Histoire de Sigismond : Basile, roi de Pologne, a dressé l’horoscope de son fils Sigismond lors de la naissance de celui-ci, et y a lu que les étoiles destineraient son fils à devenir le monarque le plus cruel qui ait jamais été dont le premier soin serait de retourner sa force sauvage contre son père pour le fouler aux pieds. Effrayé par ces augures sinistres, il fait enfermer Sigismond dans une tour isolée d’où celui-ci n’a aucune possibilité de contact avec les humains, mis à part son précepteur Clotalde. À sa majorité, il le libère pour un jour et le fait présenter à sa cour, afin de vérifier la vérité de l’horoscope. Rendu furieux par vingt années de captivité, Sigismond se conduit conformément à la prédiction. Ramené dans sa tour, puis bientôt libéré par une insurrection populaire, Sigismond – qui ne sait plus désormais s’il rêve ou s’il est éveillé – accomplit jusqu’au bout la prédiction de l’horoscope : ayant pris la tête de l’insurrection, il vainc son père, lequel n’a d’autre recours que de se jeter à ses pieds pour en appeler à son improbable pitié. Mais l’horoscope avait arrêté ses prédictions en cet instant, et, selon l’habituelle structure oraculaire, le drame se terminera de manière à fois inattendue et conforme à la prédiction […] : devenu sage par son doute quant au réel, Sigismond relève son père et lui rend les honneurs dus à son rang royal
Clément Rosset commente : « c’est l’acte même d’esquiver le destin qui vient coïncider avec son accomplissement. Si bien que la prophétie n’annonce rien d’autre que le geste d’esquive malencontreux. »
Contre tous les déterminismes, on peut en tirer très logiquement la conclusion qu’en décidant de ne pas empêcher d’advenir ce qui nous fait le plus peur, si la prophétie porte principalement sur « le geste d’esquive » , on peut empêcher ce qui nous fait le plus peur d’advenir, puisqu’il suffit qu’un des termes de la prophétie soit falsifié pour qu’elle soit annulée. Si par exemple, au moment où la prophétie advient, elle a été amputée de son pouvoir de nous effrayer, c’est comme si elle n’advenait pas. 

La troisième histoire n’est pas tout à fait une prophétie mais c’est sa conclusion qui l’y fait ressembler
Une personne que je connais m’a raconté ceci : 
– Un jour, alors que je travaillais avec un groupe de personnes, dont une avec qui j’avais été plusieurs fois en conflit, en raison d’une personnalité, on va dire, ombrageuse, cette personne (qui fait ici un passage trop bref pour qu’un pseudonyme nous soit de quelque utilité ; appelons-la X), peut-être parce que j’avais osé la contredire (et probablement pour bien des raisons qui n’avaient rien à voir avec moi), s’est dressée se mettant à vociférer : « Fais bien attention à toi parce qu’un jour, je pourrais bien te dire des choses susceptibles de te faire pleurer ! »
– Quelles choses ? 
– Eh bien je n’en avais aucune idée justement, et comme X et moi étions loin d’être proches – encore qu’il y ait une forme d’intimité, vaguement proche de l’affrontement physique, à se faire crier dessus – je ne voyais vraiment pas de quoi il voulait parler … À vrai dire, même si je n’en ai plus eu l’occasion par la suite, j’aurais été curieux de le savoir… Mais c’est finalement par quelqu’un d’autre que j’ai su de quelle nature étaient ces… révélations sur mon compte. 
– C’était quoi alors ? 
– Ça n’a aucune importance en fait… imagine le malentendu le plus extravagant, la manière la plus invraisemblable, reposant peut-être sur une forme d’outrecuidance, dont une personne vétilleuse puisse croire avoir découvert ton talon d’Achille. 
– Mais pourquoi tu ne me dis pas ce que c’est ? 
– Parce que c’est plus intéressant que tu puisses compléter cette anecdote avec une expérience personnelle. Disons qu’à la faveur d’un commentaire sur son apparence physique, X s’est mis dans la tête que je l’enviais ou quelque chose comme ça. Je ne me suis pas rendu compte de l’effet de ma plaisanterie, si bien que j’ai été vraiment surpris d’apprendre qu’elle avait frappé X au point qu’il la rapporte à notre connaissance commune…  
– Ah… et qu’est-ce qui s’est passé finalement ? Tu as fini par exposer ce type et les prétentions qu’il avait de connaître ta faille ? 
– Non même pas. Mais depuis que je sais à quoi il a fait allusion, depuis que je sais quelle méprise il a faite à mon sujet, et depuis que je sais comment, à chaque fois que j’y pense, je ris tout seul… parfois aux larmes. 
– X avait raison alors ? 
Ma réflexion l’a surpris : 
– Ah oui, m’a-t-il répondu d’un air songeur. 

Comme le narrateur de l’anecdote, qui pourrait être moi, à moins que ce ne soit moi qui ait un jour menacé quelqu’un de pouvoir le faire pleurer, ou qui aie enfermé mon fils dans une tour jusqu’à sa vingtième année (on peut raisonnablement supposer que si j’avais été tué par un lion, je ne serais pas en mesure d’écrire ceci), je préfère laisser le lecteur libre de son interprétation… 

* À la lettre disparue de Georges Pérec près. Je me comprends.

LES PROPOS CONSCIENTS DE JOANN SFAR

« Marguerite Duras n’a pas écrit que des conneries… Elle en a aussi filmé. » (Pierre Desproges) Ce n’est pas de Marguerite Duras qu’il sera question ici, mais de Joann Sfar, que cette phrase d’introduction rend inutile de présenter (si ce n’est qu’il a réalisé un remake ridicule et prétentieux de La dame dans la voiture avec des lunettes et un fusil, qui n’est pas le moindre de ses accomplissements).
C’est donc sur Radio J que Joann Sfar (grâce lui soit rendue) tenait les propos suivants :

« Maintenant que des étudiants voudraient, parce que tout le monde (1) veut la paix (2) au proche orient, maintenant que des étudiants voudraient participer à la réflexion sur le proche orient contre la guerre, tout le monde est contre la guerre, eh ben c’est difficile parce que toutes les trois phrases il y a des sous-textes (3) anti-juifs (4) que les locuteurs (5) ne sont même pas conscients (6) de proférer – moi je ne suis pas en train de dire que les pro-palestiniens sont anti-juifs (7), c’est l’inverse (8) – je suis en train de dire qu’il y a des jeunes gens qui sans le faire exprès (9) ont été éduqués à la Dieudonné ou à la Soral depuis 20 ans et sans le faire exprès (10), ils disent un inconscient (11) qui est pas audible (12) pour une oreille juive (13) parce que il y a eu une éducation à l’antisémitisme qui a pas été faite (14). »

  1. Même si « tout le monde » ne la veut pas de la même manière ni au même prix. 
  2. À la racine du messianisme juif, il y a la foi en le retour du messie, dans un monde pacifié. Pacifié comment ? Les versions divergent. la manière forte n’est pas exclue. Le président Netanyahu suit les consignes de rabbins qui lui rappellent régulièrement de hâter la venue du messie, qui doit être enfanté dans la douleur du monde (y compris dans les souffrances du peuple juif). Précisons que les juifs ultra-orthodoxes par exemple, ne sont pas sionistes ; c’est-à-dire qu’ils sont fermement opposés à toute intervention humaine dans la venue du messie. 
  3. Qu’est-ce qu’un sous-texte ? C’est une manière d’insinuer que le commentateur (ici l’auteur de bandes dessinées/cinéaste/écrivain/linguiste Joann Sfar) comprend mieux ce qu’ils disent que ceux qui le disent. Il le comprend tellement mieux qu’il les appelle « locuteurs », ce qui en impose.
  4. Notons que Joann Sfar évite de dire le mot antisémite (sans nous dire ce qui serait le plus grave : être anti-juif ou antisémite ; il est vrai que les Palestiniens sont un peuple sémitique, parlant une langue sémitique, ce qui mettrait Joann Sfar dans de beaux draps). Cet art de dire moins pour dire plus est une figure de rhétorique qui porte le joli nom de litote
  5. Remercions Joann Sfar pour l’emploi de ce mot avec son élégante précision. 
  6. Ajoutons “psychanalyste” aux nombreuses spécialités de Joann Sfar, capable, comme Moïse séparant la mer rouge, de distinguer ce qui dans des propos est dit consciemment et inconsciemment. Belle preuve d’honnêteté intellectuelle !
  7. Nous voilà rassurés !
  8. Ce que nous dit inconsciemment, de son propre aveu (« je ne suis pas en train de dire »), Joann Sfar, c’est que les anti-juifs sont pro-palestiniens et que d’ailleurs c’est parce qu’ils sont anti-juifs et pour aucune autre raison. Car leur haine doit se cristalliser sur une cause acceptable pour être socialement revendiquée. Il y en a dans l’inconscient de Joann Sfar ! 
  9. Si Joann Sfar reconnaît aux locuteurs la part d’inconscient contenue dans leurs propos, rien d’étonnant à ce qu’il sache aussi ce qu’ils ont voulu faire exprès et pas exprès. Je ne voudrais pas faire rougir Joann Sfar et sa modestie légendaire mais déclarer, comme il le fait, que c’est sans le faire exprès que des gens éduqués par Soral et Dieudonné régurgitent leur enseignement, c’est montrer une propension prodigieuse à l’effort surhumain. N’importe qui à sa place se serait contenté d’associer au nom de Soral ou de Dieudonné une défaillance passagère de la judéophilie (tactique pourtant éprouvée et d’ailleurs il n’y a pas de raison de bouder les recettes qui marchent).
  10. Si l’expression est répétée, c’est parce que la deuxième occurrence n’est pas tout à fait la même que la première ; on ne se baigne pas deux fois dans la même rivière (mais alors combien de fois ?). C’est bien en faisant exprès et consciemment que Joann Sfar ne dit pas la même chose en répétant « sans le faire exprès » ; ce qu’il dit cette fois-ci, c’est qu’il n’accuse personne parce qu’il est quelqu’un de gentil et de compréhensif et qu’il n’est pas un délateur. Et qu’il s’exprime consciemment. 
  11. Il est tellement bienveillant, Joann Sfar, qu’il rend un bel hommage à ceux qui « disent un inconscient » (c’est un exploit). Par modestie, il n’a pas poussé jusqu’à qualifier l’inconscient de “collectif”, ce qui l’aurait obligé à se reconnaître sociologue. 
  12. « Dit » mais « pas audible ». Parlons plus fort ou articulons, je ne vois que ça. 
  13. Laquelle ? La gauche ou la droite ? Il faut bien plaisanter un peu. Une « oreille juive » est une métonymie (nommer la partie pour le tout : une pour deux) mais aussi un amalgame, ce qui est strictement interdit… parfois. 
  14. L’art de la chute, le mot qu’on n’avait pas vu venir : « antisémitisme » (voir BONUS). Forme de racisme plus grave que le racisme, qui était originellement « théorie de l’inégalité des races » (théorie positiviste née à la faveur de la révolution bourgeoise). L’antisémitisme – et il a bien raison parce qu’on n’est jamais trop prudent – est la théorie de l’inégalité des racismes. 

Pour juger à quel point Joann Sfar parle consciemment, c’est ici :
https://twitter.com/F_antom_AS/status/1787792069219504164?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1787792069219504164%7Ctwgr%5E27c1261753771d2060a4f46b86788cc6b0879c8a%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.egaliteetreconciliation.fr%2FUne-semaine-sur-Twitter-S02E19-75654.html

BONUS
Devinez anti-quoi a dit Alain Finkielkraut qu’était Guillaume Meurice ?

PAUVRES DE NOUS ! (Une analyse toxicologique du film Pauvres créatures)

Pauvres créatures (Poor things, 2024) de Yorgos Lanthimos est salué comme « un grand film féministe », c’est-à-dire un film qui s’en prend au « patriarcat », et naturellement recommandé comme tel, comme à chaque fois qu’est employé un mot fétiche (“féministe”, “démocratique”, “inclusif”…) qui n’a pas tant vocation à signifier qu’à entretenir un état de sidération et d’hypnose. 

ILLUSION DE LA PLURALITÉ
Sur le site de France Inter, un aperçu des critiques inoffensives de l’émission de Le masque et la plume confirme que la critique professionnelle n’a rien à voir avec l’exercice d’un véritable esprit critique (capable d’exposer des visées propagandistes sans forcément gâcher le plaisir du spectateur) et qu’elle en est un produit dérivé, une sous-production du cinéma et de la culture en général, la culture étant une des idoles, un des cultes, du polythéiquement correct démocratique. Un des critiques trouve à redire à l’abus des plans à image convexe ; une autre se réjouit qu’un personnage féminin «  s’émancipe des codes sans rien lâcher de ses désirs. » (conformité au culte du plaisir personnel) ; une autre encore déplore une tendance « à mettre en scène des femmes selon un regard d’homme » (conformité au regard “féministe” culpabilisant et castrateur qui tétanise toute la société occidentale)…  
Pauvres créatures contient de nombreuses scènes détaillant l’activité sexuelle débridée de son héroïne. Profitons-en pour réfléchir à l’épreuve pour l’actrice, consistant à se montrer dans de nombreuses scènes dégradantes. On sait que les acteurs ne sortent pas indemnes de leurs personnages ; dans une interview, l’actrice Sabine Azéma disait regretter qu’après une scène où elle a dû pleurer, il ne se trouve personne pour la prendre dans ses bras ; les bons acteurs ne font pas tout à fait semblant.
Pauvres créatures raconte une “émancipation” par la jouissance sexuelle, et assène donc une nouvelle couche de catéchisme moderne par la valorisation du corps plutôt que de l’esprit. Ce concept étrange ne peut se comprendre que dans un monde où le sexe est entré dans la vie publique et où il occupe littéralement désormais la vie politique. Ce monde, c’est le nôtre. Rappelons au passage la phrase de l’auteur Aldous Huxley : « Quand il n’y aura plus de libertés, il restera la liberté sexuelle ».

GÉNÉALOGIE FRANKENSTEIN
Pauvres créatures , qui se veut une variante sur le mythe transhumaniste de Frankenstein (contrôle de la vie, mythe du nouvel homme et divinisation de l’homme) s’ouvre sur le suicide d’une jeune femme, dont il s’avèrera qu’elle est enceinte. Son corps sera récupéré par un homme défiguré, Godwin, que tout le monde appelle “God” (donc : Dieu) et qui s’adonne à des expériences d’hybridation sur des animaux : poule à tête de porc, canard à tête de chien et chèvre à tête de canard. Ne nous y trompons pas, les animaux aberrants montrés dans ce film sont l’illustration grotesque d’un fantasme de contrôle total du vivant bien réel, qui figure au programme du Forum Économique Mondial et son projet de « fusion entre l’identité physique, biologique et numérique » (1). Fusion : confusion.
Le nom de Godwin n’est pas choisi au hasard : c’était le nom du père de Mary Godwin, future Mary Shelley, auteur de Frankenstein. William Godwin était l’auteur d’un essai révolutionnaire visant à réformer la société selon l’idéologie illuministe, qui ne reconnaît rien de supérieur à la raison et à l’humain ; dans la société ainsi fantasmée, le mariage (« le plus odieux des monopoles ») serait hors-la-loi, et le libertinage et le partage des concubines seraient la règle… La lecture de cet essai anarchiste allait marquer le poète Percy Bysshe Shelley qui finirait par rencontrer l’auteur et séduire sa fille, espérant fonder en version microcosmique un modèle de société socialiste utopique dans lequel l’échange des partenaires serait la norme. Soit dit en passant, si beaucoup de privilégiés comme Shelley ont été séduits par le socialisme utopique, c’est qu’ils devinaient que leur condition de privilégiés serait préservée. 
Pour revenir à Pauvres créatures, le choix de nommer Godwin (God = Dieu) un personnage qui manipule le vivant trouve aujourd’hui un écho concert dans les thèses de Yuval Noah Harari, conseiller du directeur du Forum Économique Mondial Klaus Schwab et auteur du best-seller mondial Homo Deus qui développe de manière idéologico-scientiste la promesse du serpent « Vous serez comme des dieux ». 

POUR UNE SEXUALITÉ ÉPANOUIE DE L’ENFANT ? 
L’héroïne de Pauvres créatures, Bella est donc une femme suicidée ressuscitée par un savant fou qui a greffé à la place de son cerveau celui de son bébé. Il n’est guère étonnant que la critique ne s’attarde pas sur ce détail perturbant : Pauvres créatures ne nous raconte pas l’itinéraire sexuel et “politique” d’une femme à la psychologie immature, mais d’une petite fille dans un corps d’adulte ; le film n’exploite le potentiel absurde de cette situation que pour faire oublier au spectateur qu’il assiste à des scènes de relations sexuelles entre des hommes et une petite fille de huit ans (dans un corps de femme). Dissonance cognitive, ce que voit le spectateur : des scènes sexuelles entre adultes, ne correspond pas à ce qu’il sait : qu’un des deux partenaires est une enfant.  Le film montre Bella à la fois comme un enfant qui utilise les hommes comme des jouets sexuels (ce qui est une perversion) et comme un modèle de femme libre (réduisant de nouveau la liberté à la liberté sexuelle)… 
Ce n’est que de la fiction ? Si le pouvoir ne prenait pas au sérieux ce qu’on appelle la “culture” (une des divinités républicaines) la CIA ne serait pas intervenue dans les programmes culturels américains et européens à partir des années 50 (voir l’essai de Frances Stonor Saunders Qui mène la danse ?)

LA PROSTITUTION AU SERVICE DE LA CAUSE FÉMINISTE 
Duncan, l’amant de Bella, qui voit d’un mauvais œil qu’elle échappe à son contrôle, lui soit “infidèle”, essaiera de la mettre en garde contre la prostitution.  Les auteurs du film ne semblent pas établir de distinction entre jalousie,  possessivité, et le désir de protéger une femme. C’est donc assez logiquement que les scénaristes envoient Duncan dans un asile d’aliénés. C’est le sort de ceux qui se mettent en travers de “la liberté des femmes”. La puissance – caverneuse et platonique – de l’illusion cinématographique consiste à nous faire croire que ce sont des personnages qui parlent (interprétés par des acteurs que nous adorons comme des divinités) alors que ces personnages sont l’interface entre nous et les puissances qui modèlent la matrice idéologique. Un peu comme elles utiliseraient des poupées de ventriloques. 
À Paris, Bella trouvera du travail dans une maison close (ses lectures philosophiques de femme éclairée ne semblent pas avoir d’autre résultat que de l’enchaîner à la chair), où la maquerelle verra en elle une femme « en train de tracer sa propre voie vers la liberté ». Elle encouragera Bella en ces mots : « Nous devons travailler, gagner de l’argent. Mais plus que cela, nous devons tout expérimenter. Pas seulement le bien mais aussi le dégradant, l’horreur et la tristesse. C’est ce qui fait de nous des êtres achevés, Bella » Traduction : « C’est ce qui fait de nous des êtres… morcelés, dissociés, fragmentés ». Soit dit en passant, le laïus de la maquerelle oppose « êtres achevés » à « enfants laissés intouchés », comme si la préservation de l’innocence des enfants était un mal.
Rappelons que ce discours “d’émancipation” est tenu par quelqu’un dont « l’intérêt bien compris »  (selon la formule de l’économiste libéral Adam Smith) est directement lié à l’exploitation sexuelle des corps, qu’elle appelle « accomplissement personnel ». C’est peut-être dans la même optique que le mage sataniste Aleister Crowley estimait qu’un enfant devait avoir été exposé à toutes les formes de sexualité ; et que sous les pavés de ces bonnes intentions, l’OMS promeut ce programme de Droits sexuels des enfants (sic). Le film montrera d’ailleurs Bella ayant des relations sexuelles avec un père en présence des enfants de celui-ci.

VERS LE MEILLEUR DES MONDES 
In fine, c’est le plus naturellement du monde que Bella va entamer une relation amoureuse avec une autre prostituée, une belle jeune femme noire, qui se dit socialiste, et convertit Bella à sa cause en lui expliquant qu’elle veut “améliorer le monde”. Le mot socialisme peut sembler tomber comme un cheveu sur la soupe dans un film de divertissement, même adressé à un public “cultivé”. Le spectateur n’a pas l’habitude de voir la propagande avancer à visage découvert. Or il faut rappeler d’une part que la population occidentale est visée depuis quelques années par un programme affiché sur le site du Forum économique mondial (2). La banalité du mot socialisme, le fait qu’il soit devenu pour les professionnels de la politique (sans oublier les professionnelles) une simple étiquette servant à canaliser les flots de bulletins en période électorale, ne doit pas faire perdre de vue que le socialisme utopique prétend instaurer sur terre une société idéale, un paradis terrestre, scientifiquement mesuré et quantifié (voir à ce sujet les projets de Jeremy Bentham et ceux de Charles Fourier). Il serait encore plus imprudent d’ignorer que les héritiers et les manifestations programmatiques actuelles de ce socialisme ne retiennent plus de l’utopie que la notion de contrôle total. Dans cette société, le citoyen idéal est le sujet infantile esclave de ses pulsions, qui confond les mots (“féministe”, “libre”, “socialiste”…) avec l’emploi frauduleux qu’en fait un pouvoir pervers et manipulateur. 

(1) www.youtube.com/watch?v=v5y4hc6vPTs&t=7s

(2) Programme épousant la logique de la table rase, repris par les “chefs d’État” – comprendre : hommes de paille au service des entités qui dictent leurs volontés aux multinationales via Blackrock et Vanguard –, et le peuple ; ces visages et leurs discours hypnotiques servent à entretenir l’illusion “démocratique” dans un monde matriciel où les mots ne signifient pas la même chose pour le pouvoir qui les émet que pour le peuple à qui ils sont destinés. Premier commandement : « Vous ne posséderez rien et vous serez heureux. » : www.youtube.com/watch?v=PckRXcgmbfI

TOXICOLOGIE : L’ART CONTEMPORAIN DE SE FOUTRE DE NOTRE GUEULE

L’art contemporain s’est fait une spécialité d’insulter l’œil et l’intelligence. On peut parler d’une sorte de viol intellectuel. Ce ne serait rien sans la rhétorique perverse qui lui sert de cuirasse. Sous des dehors futiles, vite démentis par les prétentions de ceux qui le font et ceux qui le défendent, sa vocation est de s’attaquer au sens.


Installé sur le parvis de la place Beaubourg en 2017, l’œuvre Domestikator est une “sculpture” visitable de 12 mètres de haut constituée de blocs rouge façon Lego qui évoque un couple en position de levrette (description faite par le très sérieux journal Le Figaro). La position en apparence paradoxale de l’art est sa prétention à faire réagir, tout en s’offusquant lorsqu’il fait réagir. Cela donne des offensives verbales comme celui que je vais citer dans une version abrégée, signé d’une certaine Anne-Marie Morice. On transposera aisément dans le domaine de la politique ou de la grande entreprise un texte qui se manifeste par la négation du point de vue de l’autre.  Ce verbiage ne contient pas un mot en trop : indice toxique élevé.

« Cette sculpture (1) […] fut refusée par le Louvre […]. De son côté la Société protectrice des animaux avait dénoncé le fait que cette œuvre représenterait “un acte zoophile”. (2)
“L’œuvre de l’Atelier Van Lieshout est une magnifique utopie (3) en prise avec l’espace public. Elle est spirituelle (4) et crée un lien évident (5) entre l’abstraction et la peinture figurative qui co-existent dans l’art hollandais du 20e siècle.”, a rétorqué avec une certaine finesse Bernard Blistène, Directeur du Centre Pompidou, Paris.
“Le Domestikator a l’intention d’être un catalyseur de pensée et d’opinion (6), puisqu’il pose la question, etc.” […]. 
L’artiste estime que le désir de contrôle développé par l’humain (7) se place dans une démarche de sécurisation du monde (par l’éducation, la protection sociale, la culture aseptisée (8)…). En contrepartie elle nous prive de plus en plus de notre intelligence, de notre créativité et nous contraint à accepter des apories comme le fait de faire co-exister dans nos “valeurs” l’amour des animaux et de la nature et l’exploitation de ces mêmes animaux pour notre alimentation. (9) […]  D’où la règle formelle (10) mise en place par l’artiste, [qui] évoqu[e] l’usine (11), la reproduction totale à l’identique, l’indifférenciation.
Cette œuvre s’inscrit dans la longue tradition de l’art à susciter des affects [et] ces œuvres offrent maintenant l’occasion à certaines populations de réagir violemment (12), par des affects négatifs de rejet de l’oeuvre (13), au nom de théories (14) qui de leurs points de vue (15) sont positives comme le bien-être animal, ou l’interdiction de signes sexuels dans l’espace public (16).
[La désapprobation est] : primaire et populiste. Ce public à courte vue s’arrête au stade de la représentation (17) alors que l’artiste cherche à provoquer des réactions émancipatrices (18) par l’humour (19), le décalage (20), la monumentalité, l’audace, l’énorme (21). Les services de presse et de médiation […] devraient […] restitu[er] la complexité des intentions de l’artiste (22). La présentation précédente de cette pièce en Allemagne a rencontré un grand succès populaire. (23)
Mais [le plus inquiétant] est l’interprétation étroite et malveillante […] faite du motif sexuel de l’oeuvre. La position de la levrette […], n’est-elle pas un acte souvent pratiqué dans les foyers ?  (24) […] nous assistons à une réapparition de plus en plus marquée d’une prétendue pudicité qui veut museler […] tout un chacun dans ses pratiques les plus intimes, (25)… »
Anne-Marie Morice

(1) Dans la langue civilisée, le sens des mots est associé à leur définition. En art contemporain, le sens ne naît que de l’indéfinition. Tout est “sculpture”, ce qui pue tout de même le complexe d’infériorité. Pour mériter d’être l’auteur d’une sculpture, deux possibilités : se hisser à la hauteur de ses prédécesseurs… ou détruire le sens du mot. Comme nous dit dans une publicité un influenceur qui boit du champagne sans bulles, « La question, elle est vite répondue ».

(2) Les protestations émanent souvent d’associations spécialisées. Dans ce cas précis, on voit mal ce que la “sculpture” fait de mal à la cause animale. Les associations sont bien obligées de faire parler d’elles. 

(3) L’emploi du mot « Utopie » à propos de cette œuvre est peut-être à mettre sur le compte d’une bouffée délirante. À partir du moment où la représentation au premier degré entre dans la réalité pour être justifié par les autorités culturelles, nous sommes bien dans la dystopie. Comme à chaque fois que l’utopie se réalise. 

(4) « Spirituelle » Il s’agit là d’un cas de satanisme verbal, c’est-à-dire d’inversion des valeurs.  Il s’agit toujours de sidérer par l’énormité du propos ; pendant que le public cherche à comprendre ce qui a été dit (puisque c’est le réflexe des gens honnêtes), le poison agit. 

(5) « Évident » = qui ne se voit pas, qui a besoin d’être expliqué : nous avons affaire ici à un ésotérisme artistique et verbal. L’art contemporain est ésotérique, son sens est caché, réservé aux incantations de la « pléthorique domesticité » (expression de Guy Debord) culturelle. 

(6) “catalyseur d’opinion”… Cette métaphore médicale préfigure un hygiénisme intellectuel qui a pour fonction de trier le bon grain de l’ivraie

(7) L’art contemporain vise toujours les forces obscures nichées dans les individus. Il ferait beau voir qu’il s’attaque au véritable pouvoir que, pour se croire libre, il doit croire le fruit d’une hallucination collective, alors que les artistes officiels (dans le sens le plus large du terme : tous les artistes qui ont accès aux médias et aux subventions) sont ceux qui le subissent le moins. 

(8) « Aseptisé » ? Le commentaire viserait-il l’esthétique chirurgicale des salles d’exposition d’art contemporain ? 

(9) La posture moralisatrice est typique des tartuffe. Rappelons que la « sculpture » représente une scène pornographique telle qu’elle apparaîtrait sur une console de jeu des années 80.

(10) Traduite en langue frontale, l’expression « règle formelle » désigne en réalité la manière d’enculer des mouches contribuables non consentantes et le choix du type de carambouille présenté comme signe de vie culturelle. Nous avons affaire à un dispositif d’extorsion de l’approbation. 

(11) « Usine » ! Il y a ici confusion entre fabrication et transport ; il est vrai que le monde de l’art affecte une certaine hauteur par rapport à ces trivialités. 

(12) Pourquoi est-ce toujours aux princesses au petit pois qu’on s’en prend toujours « violemment » ? (la réponse est dans la question)

(13) « des affects négatifs de rejet de l’oeuvre »… On sent que l’auteur se fait violence à évoquer des comportements aussi frustes. 

(14) Non pas des arguments, mais des « théories » ; le choix du mot est particulièrement condescendant. 

(15) Point de vue du pouvoir : objectif ; point de vue du peuple récalcitrant : subjectif, gouverné par l’erreur

(16) Ne pas croire que l’art contemporain, aussi inepte soient ses manifestations, soit inoffensif : l’aveu est fait ici du désir de la disparition de la séparation entre sphère publique et sphère intime. Ce n’est pas parce qu’on y est habitué qu’on est nécessairement aveugle à l’inversion satanique qui enferme les pratiques religieuses et spirituelles mais expose les pratiques sexuelles au nom de la liberté. Cette liberté n’est que le cache-sexe de la prédation et de l’homme esclave de ses désirs. 

(17) le public bloqué « au stade de la représentation » a au moins le mérite de ne pas confondre représentation et réalité. Tandis que les offices incessants du clergé culturel ont pour but de persuader que les réalités inférieures représentées servent une réalité supérieure invisible. 

(18) L’art émancipe de force et « La liberté, c’est l’esclavage ». Notons que si l’artiste échoue, c’est bien évidemment la faute du public. 

(19) Il est facile de prendre la moquerie et la méchanceté pour de l’humour… tant qu’on n’en est pas la cible. 

(20) Entretien de l’inadéquation entre le mot et la chose, le lieu et la fonction, les intentions et le résultat : bref : destruction du sens au détriment des non-initiés. Tout le projet de la “république” (res publica, en réalité détournée par les intérêts privés) est résumé ici. 

(21) « énorme »… Il semble qu’une observation juste se soit malencontreusement glissée dans le texte. 

(22) « Les services de presse et de médiation […] devraient […] restitu[er] la complexité des intentions de l’artiste » : les spectateurs protestent-ils ? C’est qu’on ne leur a pas assez bien expliqué. Traduction : On ne s’était pas rendu compte à quel point ils étaient cons. 

(23) Le pas de l’oie, en Allemagne, aurait-il été remplacé par la course désordonnée de multitudes de poules sans tête ? 

(24) « La position de la levrette […], n’est-elle pas un acte souvent pratiqué dans les foyers ? ». Volonté de faire disparaître la frontière entre public et privé, entre l’intime et le public. Qui confond ici la représentation et l’acte réel ? 

(25) « Nous assistons à une réapparition de plus en plus marquée d’une prétendue pudicité qui veut museler […] tout un chacun dans ses pratiques les plus intimes ». Censurer l’art c’est censurer la vie. Il est intéressant que l’article reproche au public borné de s’arrêter à la représentation pour avouer enfin que « l’œuvre » représente exactement ce qu’a vu le public de mécréants.

Illustration : Bernard Glück

LES ENNEMIS DE L’HUMANITÉ… NE SONT PAS NOS AMIS

LES ENNEMIS DE L’HUMANITÉ
J’ai assisté récemment à une scène amusante dans une librairie généraliste. Un client demandait à la responsable du rayon des sciences humaines de lui conseiller un livre qui permette de prendre un peu de hauteur par rapport aux principaux dogmes religieux. La jeune femme, un peu embêtée, a réfléchi, avant de proposer : 
– Peut-être dans la section Laïcité ? 
– Ça m’étonnerait, a répondu le client en riant un peu. 
Les ennemis de l’humanité de Lotfi Hadjiat est un des livres que je recommanderais à ce client comme à la libraire, ainsi qu’à toute personne qui aurait envie de résoudre le paradoxe apparent dans la citation de Chesterton : « Le fou est celui qui a tout perdu sauf la raison ».  Et qui a pris le pouvoir, pourrait-on ajouter…  

RELATIVISME ET FIN DES TEMPS
À une époque où la question du bien et du mal est diluée dans le relativisme, et confisquée par la religion du politiquement correct (1), où l’étrange personnage de l’Élysée évoque l’arrivée de « la bête de l’événement » (2), il est plus que jamais essentiel de se pencher sur cette question, mais aussi sur celle de l’origine du mal et ses manifestations, de la nuit des temps à aujourd’hui. Les ennemis de l’humanité, essai de 120 pages suivi d’aphorismes et d’articles aussi riches d’enseignement que corrosifs, tire à boulets rouges d’une part sur l’arrogance anti-spirituelle des sociétés occidentales matérialistes (3), et d’autre part sur l’ossification dogmatique des grandes religions monothéistes… Une clé possible pour ce texte luxuriant comme le paradis perdu pourrait être fournie par l’aphorisme suivant : « La vérité est simple, c’est le mensonge qui la rend complexe, occulte, inaccessible, spectaculaire, délétère. » Or une des définitions du diable est « le père du mensonge » et la ruse du diable, c’est de réussir à faire croire qu’il n’existe pas. Il se manifeste incognito par la confusion, la division, la concurrence des egos dévorants et des orgueils meurtriers, de la figure de Caïn exhumée par l’auteur, jusqu’à sa descendance actuelle. L’eschatologie (la théorie de la fin des temps) se révélant par la langue fourchue d’un président de la république, ce serait une erreur de l’ignorer. D’ailleurs, la république prend très au sérieux ce qu’elle appelle des « superstitions » depuis au moins la révolution française, puisqu’elle les combat au lieu de les ignorer. 

ORTHODOXIE, DOGMES, HÉRÉSIES
Aucune des trois religions abrahamiques n’échappe à l’entreprise critique de Lotfi Hadjiat, hérésies islamiques, suprémacisme du judaïsme et de sa branche politique, le sionisme (dont les Palestiniens, mais aussi les juifs font les frais), et centralisme du pouvoir catholique. Lotfi Hadjiat analyse et pulvérise certains dogmes, comme celui de l’infaillibilité pontificale (et son orgueilleuse origine paulinienne), absurde puisque rien de ce qui est humain ne saurait échapper à l’erreur… « Le véritable esprit des traditions est commun aux religions, il est enfoui sous les dogmes et les rites ». 
Le lecteur sceptique apprendra peut-être que les questions spirituelles ne sont pas extra-terrestres pour autant, que l’histoire falsifiée (y compris l’histoire au jour le jour écrite elle aussi par les vainqueurs via les agences de presse) est érigée au rang de vérité révélée, que le fanatisme n’est pas celui qui est désigné en permanence par les pouvoirs et « la pléthorique domesticité » (formule de Guy Debord) des médias et des intellectuels occidentaux : « [Les] Onfray, Redecker, Zemmour… ces menteurs professionnels, payés pour faire l’amalgame criminel avec la majorité des musulmans qui ne demande qu’à vivre en paix… ces insectes haineux qui ne parlent que des fous d’Allah pour ne pas parler des ultra fous de Sion qui suscitent et arment les fous d’Allah. » (5) Car les fous, les fanatiques sont d’abord ceux qui voient partout des intolérants et des fanatiques. 
Je retiendrai une autre catégorie de fous recensée par Lotfi Hadjiat : « les fous d’eux-mêmes », parmi lesquels les identitaires, aveuglés par les reflets dans leur rétroviseur, mais aussi tous les narcissiques encouragés par la société du spectacle intégral. 

RELIGIONS SANS DIEU ?
Lotfi Hadjiat se place sous la tutelle de Spinoza, philosophe d’origine juive jugé hérétique par ses coreligionnaires, qui revendiquait la liberté de penser, considérait que la bible était un livre falsifié et incohérent, mais qu’il était possible d’y déceler l’esprit de la vraie religion « pour peu, commente l’auteur, qu’on vise l’esprit derrière la lettre ». Car « Le véritable esprit des traditions est commun aux religions, il est enfoui sous les dogmes et les rites ».
Les dogmes contemporains quant à eux, ne sont pas religieux au sens classique (selon un préjugé laïque, qui se croit au-dessus des religions traditionnelles) et Lotfi Hadjiat n’oublie certainement pas l’athéisme démocratique ; athéisme dont on comprend qu’il est un terme inexact car la modernité tend à diviniser des notions d’essence non divine (à commencer par la modernité elle-même, mais aussi la science, le Capital pour les marxistes) tandis que le républicanisme a lui aussi ses hérétiques : tous ceux qui contestent son autorité, qui refusent de s’adonner à la croyance aveugle en la science (en laquelle il nous a été ordonné de croire à partir de 2020). 
On ne s’étonnera donc pas du sort que Lotfi Hadjiat fait à la modernité : « Les lumières de la science moderne font briller orgueilleusement la résistance au divin, la résistance acharnée à la mort, la mort matérielle, et cette résistance entêtée est appelée “liberté”, par la franc-maçonnerie notamment. » (4) Autant dire qu’on est loin des débats indigents qui rendent les religions responsables de tous les maux de la terre, oubliant volontairement que les révolutions modernes, française, bolchevique, turque ont donné lieu à d’innommables massacres rappelant dans leur déchaînement les orgies sacrificielles des derniers temps mayas… 
Inutile de dire que ces Ennemis de l’humanité détonnent dans une harmonie “démocratique” où toute contestation est diabolisée et calomniée, où il n’y a plus jusqu’aux porteurs de virus qui ne soient traités en hérétiques (égalité enfin atteinte sous le régime du soupçon universel). Tandis que, nous explique Lotfi Hadjiat, « Dieu n’oblige à rien, Il recommande, Il conseille, Il prévient de Sa justice implacable, pour nous mettre face à notre responsabilité, à notre conscience et à notre liberté. » Autant dire que cette liberté n’est pas la “liberté” républicaine, dont Balzac dans La vieille fille, nous disait déjà que le nom est « si mal défini, si peu compris ». Il est d’ailleurs dans l’intérêt du pouvoir qu’elle reste floue, à l’état de formule hypnotique gravée dans la pierre et dans les consciences, objet d’une interrogation obnubilante, et à l’état de discutailleries oiseuses et pseudo-philosophiques (« Apprenez à l’esclave à s’interroger sur son désir d’être libre et il ne se libérera pas. » nous dit Chesterton). 

Le livre de Lotfi Hadjiat apporte peut-être un début d’antidote à cet emprisonnement (empoisonnement ?) mental, quitte, notamment dans la manière dont il pulvérise des tabous du politiquement correct, à soumettre ses lecteurs à un traitement de choc. 

Les ennemis de l’humanité est publié par les excellentes éditions Fiat Lux.
http://www.editionsfiatlux.com/?product=les-ennemis-de-l-humanite

(1) Avec le républicanisme, le démocratisme, l’athéisme, l’antiracisme, le scientisme, etc., le politiquement correct fait partie du polythéisme moderne (polythéiquement correct ?). Précisons au passage que contrairement à la morale traditionnelle, qui suppose qu’on s’examine, les adeptes du politiquement correct et de ses manifestations, l’antiracisme la lutte contre l’antisémitisme, l’homophobie, etc. s’amnistient en désignant toujours le mal chez les autres, ce qui est bien commode. 
(2) Voir ici l’étrange déclaration (une des très nombreuses) d’Emmanuel Macron :  www.youtube.com/watch?v=m8sOuEmWK5c&t=1s
(3) Contrairement à une opinion répandue, comme j’ai eu l’occasion de le constater récemment, la définition du matérialisme n’est pas qui produit des biens matériels. Il en existe plusieurs définitions : le fait de ne reconnaître aucun principe supra-humain, la soumission à la raison (déficiente si elle n’est pas associée au cœur) ou encore le fait de considérer le phénomène de la vie comme une « chaîne de causalité sans finalité ». 
(4) Avec sa précision chirurgicale, Lotfi Hadjiat écrit dans son blog : « Il n’y a jamais eu de république “française” mais une république universelle s’installant en France par la force et dans le sang et détruisant le particularisme français ethnique, religieux et culturelle, détruisant tout ce qui faisait la France. Après avoir colonisé la France de l’intérieur, la république universelle colonisa l’Algérie… Finalement l’Algérie ne fut pas colonisée par la France mais par la république universelle. » À l’intention des curieux, la république universelle est celle théorisée par l’utopiste fanatique Anacharsis Cloots. 
http://leblogdelotfihadjiat.unblog.fr/2023/11/30/le-poison-de-luniversalisme-republicain-par-lotfi-hadjiat/
(5) En occident, le terrorisme ne saurait être qu’islamiste ; il est en fait manipulé par les services secrets, répartis entre la Couronne britannique, la CIA et le Mossad. Voir ici les analyses de Jacques Cheminade : www.youtube.com/watch?v=N8WOpLgdCug
http://leblogdelotfihadjiat.unblog.fr/2023/11/30/le-poison-de-luniversalisme-republicain-par-lotfi-hadjiat/