LE ROI EST BIEN E.U. !

En voyageant sur Internet, je suis toujours impressionné par la qualité et l’intelligence de certains blogs vidéos politiques ; je nommerai par exemple Demos Kratos, Vue autrement, Trouble fait, Les choses au Claire et Penseur sauvage, (voir liens à la fin de cet article) qui sont ceux que j’ai remarqués ces derniers temps. Ces blogs ont en commun la lutte contre la désinformation par la transmission de ce qu’ils ont appris sur des sujets qu’ils maîtrisent ou dont ils ont l’expérience ; la désinformation fonctionnant essentiellement par le relais de “vérités reçues”, c’est-à-dire de dogmes, et par l’intimidation, le chantage et l’insinuation. On la reconnait aussi à l’absence d’arguments face à la contradiction.

Ce qui me frappe d’abord, c’est de penser à l’immaturité politique qui était la mienne (je suis né en 1970) quand j’avais l’âge de ces personnes, qui ne doivent pas avoir beaucoup plus  de vingt-cinq ans. Je me console en pensant à l’exemple d’Etienne Chouard, qui, entre autres nombreuses choses instructives (nous instruisant par exemple sur la véritable nature de l’Union Européenne et sur la possibilité d’« une autre Europe ») avoue qu’il ne s’est éveillé à la politique véritable qu’à l’âge de quarante-sept ou quarante-huit ans.

Professeur d’économie, Etienne Chouard qui, je crois me souvenir, a voté pour la constitution européenne en 2005 (sur ce sujet, je recommande le documentaire diffusé il y a quelques mois sur France 3 : 2005 Quand les Français ont dit non à l’Europe, disponible sur youtube) et qui s’est “réveillé” (ce sont plus ou moins ses mots en se rendant compte que l’Europe a confisqué aux Etats membres leur indépendance monétaire en les obligeant à emprunter l’argent à une banque privée, la banque centrale européenne, à qui nos impôts (pour ceux qui ont la chance d’en payer) servent à rembourser les intérêts. Incidemment, si vous croyez que payer des impôts  sur le revenu est une sorte de devoir “citoyen” inévitable, vous apprendrez peut-être que jusqu’au début du vingtième siècle, les Américains n’en payaient pas et qu’ils ont été imposés sur le revenu à partir du moment où on a confié le monopole de la création monétaire à la Federal reserve, qui comme son nom ne l’indique pas est une banque privée ; il fallait bien rembourser à cette institution privée les intérêts dus par l’Etat auquel elle fournissait ce service ; le cercle vicieux était mis en route (Information développée par Etienne Chouard dans la vidéo dont le lien se trouve ci-dessous). Aujourd’hui, les Etats-Unis sont un des états les plus endettés au monde et ils ne cessent d’augmenter le plafond de leur dette publique.

Par “politique véritable”, j’entends, comme l’entend Etienne Chouard lui-même, la question de la participation citoyenne à la vie publique, telle qu’elle existe en Suisse par exemple, sous la forme du référendum d’initiative populaire et non, bien sûr les élections nationales, qui en ce qui concerne les questions de la loi du travail et de la politique en matière d’immigration, n’ont plus aucune pertinence (sauf à voter en masse pour une sortie de l’Union européenne en espérant que le candidat concerné ne ferait pas le coup qu’a fait Tsipras au peuple grec). Le référendum d’initiative populaire donne la possibilité à des citoyens de créer ou d’abroger des lois, par exemple. Elle est de plus en plus mise en avant et  c’est aussi une promesse électorale non tenue de François Hollande.

Comme le thème de ce blog est Mensonge, fiction et vérité et qu’on n’a que très peu l’habitude de voir la vérité en action à la télévision, je voudrais aussi en profiter pour mentionner les fictions dans lesquelles nous sommes immergés et que l’intervention de certains invités à la télévision et à la radio a le mérite d’ébranler sérieusement. Dans cette veine, les extraits de vidéos des passages à la télévision de François Asselineau ont plusieurs vertus.

La première est désagréable ; quand on a vu suffisamment de vidéos où il intervient (mais je suppose qu’on pourrait faire le même constat à partir d’autres invités non conventionnels), on se rend compte, si on n’en était pas encore conscient, du panurgisme et de l’agressivité bêlante de la plupart des journalistes de radio et de télévision et de leur manque d’arguments ; on se rend compte aussi de l’absence de pluralité fournie par le service public. Une des fictions dans lesquelles nous vivons est bien la pluralité des médias et la question de la représentativité du service public. Je me souviens des journalistes de France Inter qui avant le référendum pour la constitution européenne disaient sur les ondes sans risquer être repris par qui que ce soit : « On espère que les Français vont bien voter. » Très récemment, dans le même registre condescendant, c’est Emmanuel Macron qui après avoir dit que ceux qui ne réussissent pas à son sens « ne sont rien », enfonce le clou en déclarant : « Les Français détestent les réformes. Il faut les leur expliquer. »

La deuxième vertu des extraits d’émissions de télévision de François Asselineau est le grand plaisir qu’on éprouve à le voir mettre en sérieuses difficultés tous ces journalistes “organiques”, ce qu’il fait avec une grande aisance et sans jamais se départir de son calme. François Asselineau étant partisan du Frexit, les journalistes ne peuvent s’empêcher de décocher leurs questions pavloviennes ; mais comme ces questions sont celles que beaucoup de gens se posent et qui ne sont abordées par les grands médias que distraitement, pour ne pas dire avec dédain, finalement, on leur sait gré  de servir au moins de candides, à défauts d’être un peu plus cultivés ou plus conscients du risque d’être ridiculisés : « Vous voulez couper la France du reste du monde. ? » « Si vous ne passiez pas au deuxième tour, pour qui appelleriez-vous vos électeurs à voter ? » « Pourquoi ne vous contentez-vous pas de proposer, comme les autres candidats de renégocier les traités européens ? » « Etes-vous complotiste ? » (même si cette dernière est plus souvent une accusation qu’une question). Je vous laisse la surprise éventuelle des réponses. Encore que je ne résiste pas à l’évocation de la mine déconfite des journalistes quand Asselineau leur demande si c’est être complotiste que de relever la mise sous écoute du gouvernement Hollande ou de dénoncer l’absence d’armes de destruction massive en Irak. Démontrant ainsi en passant que comme beaucoup de mots (raciste, fasciste, homophobe, islamophobe, réactionnaire…) la seule définition fixe du mot “complotiste” est toujours : l’autre. u passage, résisterez-vous à la curiosité de vérifier si François Asselineau est complotiste parce qu’il affirme, par exemple, que le Dalai lama est un agent de la CIA ?

La troisième vertu de l’exposition à ses réflexions et aux analyses (je parle ici plus généralement des très nombreuses et passionnantes conférences en ligne) est une bouffée d’espoir politique et économique, ainsi qu’un enrichissement historique instantané, très précieux si comme moi vous n’avez pas le temps de lire des livres d’histoire.

Par souci de pluralisme, je conseille aussi les analyses de l’économiste de droite Charles Gave. Et même si j’ai essentiellement parlé de Chouard et d’Asselineau, il y a aussi les économistes Frédéric Lordon, Bernard Friot (le théoricien du revenu universel), le site de vulgarisation scientifique astronogeek, le site Les crises d’Olivier Berruyer, Ze Rhubarbe blog entre autres… Autant de gens dont le travail fournit des occasions de gagner du temps et de la connaissance simultanément. Non pas tant à se forger une vérité dogmatique mais à apprendre à se poser les bonnes questions, ce qui est le premier devoir de la philosophie au quotidien et donc de la politique.

Suggestions :

Demos Kratos : La France est un état de droit, pas une démocratie

Vue autrement : Et pourquoi pas Mélenchon ?

Penseur sauvage : Réponse aux insoumis

Les choses au Claire : Les journalistes français, tous pourris ? – François Ruffin

Trouble fait : FranceTv m’a censuré politiquement sur YouTube.

Etienne Chouard : Sur la création monétaire et la réserve fédérale

La question hardcore posée à Etienne Chouard

Illustration : Zbigniew Rogalski ; Tracking