TOXICOLOGIE DU LANGAGE II (1/3)

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II : ABUS ET MALFORMATIONS
(PARTIE 1/3)

Plus grave que le mensonge, la falsification du langage opère un sabotage de la langue de l’intérieur. Elle peut nous amener à mentir à notre insu, puisque le premier devoir de toute langue devrait être de nommer le réel (voir par exemple la richesse des jargons de métiers). À cet égard, la novlangue inventée par George Orwell dans 1984 était de l’artisanat en comparaison avec les inventions de l’ingénierie de ces dernières années. La falsification du langage requiert qu’on traduise le français… en français. C’est l’objet de cette revue. 

ABSTRACTION
Les transports deviennent la “mobilité” et les démocraties libérales s’enorgueillissent de “valeurs” qu’elles exportent (à coups de bombes), comme le déclarait le doux Manuel Valls sans se rendre compte qu’il tenait un discours néo-colonialiste ; tout comme les sociétés publiques et privées, qui se sentent obligées d’inventer elles aussi leurs “valeurs” pour faire oublier qu’elles font de leurs employés, et de plus en plus, strictement ce qu’elles veulent.

COMMUNICATION
La propagande est apparemment absente des démocraties libérales et pour cause : on l’appelle “communication”, du verbe communiquer, devenu sans objet. Un bon communiquant, c’est quelqu’un qui communique bien, qui communique rien

COMPLOTISME
Ce terme succède à une série de mots (d’extrême droite, fasciste, raciste, populiste…) servant à disqualifier tout point de vue s’écartant de la vérité officielle, qu’il conviendrait d’appeler “vérité” tout simplement. C’est la condensation en un adjectif de l’esprit censé animer les théoriciens de la conspiration, qui omet systématiquement de se demander :
– si les complots existent (la réponse évidente, est oui et l’histoire de ces dernières décennies nous en fournit des exemples au détriment de l’Irak et des Irakiens)
– quelles théories mériteraient d’être examinées, puisque, aux États-Unis, la CIA est responsable de très nombreuses opérations de déstabilisation à l’étranger, d’assassinat, et qu’il n’y a pas de raison que les États-Unis soient le seul pays dans ce cas. 
Les dénonciateurs du complotisme se contentent de faire de la psychologie sans jamais s’intéresser aux faits et aux interprétations avancées par ceux qu’ils appellent les complotistes de manière d’ailleurs tout à fait péremptoire. Le sociologue Gérald Bronner déclare ainsi que « La logique conspirationniste est précisément celle qui ne parvient pas à se confronter à la complexité d’un monde beaucoup plus désordonné qu’on ne l’imagine. » 
Cela n’empêche pas Gérald Bronner d’y mettre de l’ordre à sa façon en rangeant soigneusement les théories complotistes dans une catégorie à part de la complexité du réel. 

CONTROVERSÉ
Qualifiant toute personne connue osant exprimer des vues non conformistes sur des questions confisquées à la liberté d’expression, rejetées dans les marges ou carrément exclues du débat public. 

DÉLIT DE RACISME
« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. » « La liberté d’expression ne s’applique pas aux propos et opinions racistes », « Elle ne s’applique pas à Dieudonné, qui est un délinquant. » 
Ces phrases semblent sans appel. C’est le cas de tous les raisonnements circulaires, qui se mordent fatalement la queue (figure qui porte le joli nom d’Ouroboros)
Les personnes qui combattent les opinions criminelles voudraient nous faire croire que la liberté d’expression est sauve. Comment ? En donnant à la parole “raciste” le statut d’acte et non de propos ou d’opinion et en la punissant donc en tant qu’acte et non en tant qu’opinion (se dispensant au passage de définir ce que serait la parole “raciste”). 
Alors certes, une fois qu’on a été condamné, on est de facto rangé dans la catégorie des délinquant et des criminels. Mais ce serait oublier que toutes les dictatures ont été des États de droit. L’État de droit désigne un régime politique dans lequel toutes les personnes, y compris les dirigeants, sont soumises de façon identique à la loi. L’État de droit n’a donc rien à voir avec les droits et libertés accordés aux individus ; des régimes politiques totalitaires ont été des États de droit. Comme le précise Arnaud-Aaron Upinsky, « État de droit » n’est pas synonyme de « État de justice ». 

DÉMOCRATIE
Le peuple “souverain” “représenté” par les élus n’a le pouvoir que de payer toujours plus d’impôts ; il ne reste plus à l’individu que de se demander « de quelle fraction de lui-même il doit s’amputer pour survivre et payer la construction de cette tour de Babel » (formule d’Arnaud Aaron-Upinski dans son livre La tête coupée ; je recommande au passage l’entretien passionnant ici)
Le fait que l’opaque Commission européenne prend toutes ses décisions à huis clos, ce qui fait presque d’elle une société secrète (les grandes orientations des politiques économiques, GOPÉ imposées aux États membres sans aucune consultation populaire) et qu’Emmanuel Monarc, pardon, Macron n’aient que ce mot de démocratie à la bouche devrait suffire à nous mettre la puce à l’oreille. 

DISCRIMINATIONS (lutte contre les)
Cache-sexe qui permet de tout faire passer sous des prétextes vertueux : du contrat de travail léonin à un certificat vaccinal dont l’Union européenne ne dit pas le nom. Désormais tous les contrats de travail sont rédigés dans le souci européen de la “non-discrimination”, ce qui n’empêchera jamais que pour sélectionner un candidat, on doive éliminer tous les autres, ou que l’employeur prétende automatiquement siens les droits de propriété intellectuelle sur le travail d’un indépendant. Quant au certificat vaccinal, l’Union européenne a préféré l’appeler “passeport vert”, accessible à tous sans discrimination, donc dans le but louable de rendre leur liberté aux personnes vaccinées, séronégative ou immunisées suite à une infection ; vous êtes resté en bonne santé, mais n’avez été ni testé ni vacciné : le vert ne sera que la couleur de votre dépit. 

ÉTAT (membre de l’Union européenne)
Un des nombreux mots censés désigner une chose qui n’a en fait pas de nom. Un État est un ordre politique qui dispose de la souveraineté, dont les quatre attributs sont : le pouvoir de battre monnaie, de faire les lois, de rendre la justice, de décider de la paix et de la guerre.
Ce que les gros bonnets de l’Union européenne appellent “États membres” n’en sont pas puisqu’ils n’ont pas le pouvoir de battre monnaie (sauf ceux qui ne sont pas dans la zone euro) et que la majorité de leurs lois leur sont imposées, au terme d’un processus totalement opaque (c’est la Commission européenne qui décide en huis clos des GOPÉ, grandes orientations des politiques économiques auxquelles sont soumis les pays membres, GOPÉ qui suivent en réalité un programme mondialiste de dissolution des États. Soit dit en passant, c’est loin d’être le seul objectif de ce programme mondialiste, qui travaille à détruire toutes les structures traditionnelles, sociales, familiales, culturelles, géographiques, religieuses, ethniques, sexuelles. 

(Avec mes remerciements pour Mike Werbrouck et le lexique en ligne sur son site du MIB ici.)

EXTRÊME DROITE
Problématique, à partir du moment où on ne la nomme que pour la rapprocher d’un parti qui se revendiquait national-socialiste (question qui n’est jamais abordée parce que trop embarrassante) et faire oublier les innombrables crimes de l’extrême gauche, qui ont commencé dès 1917, dont n’était peut-être pas absent un élément ethnique ou tribal. L’écrivain Hervé Ryssen a été condamné à de la prison ferme pour l’avoir relevé dans un tweet. La journaliste Élisabeth Lévy n’a pas (et heureusement) été inquiétée pour l’avoir écrit dans son livre Les rien-pensants
Recourir à une arme absolue du langage comme “l’extrême droite” est une pratique profondément ancrée dans la mentalité de nos contemporains désireux de se convaincre qu’ils sont toujours du bon côté, même quand ce côté glisse, et qu’il s’agit de calomnier les personnes qui dénoncent la dictature sanitaire que nous subissons depuis plus d’un an. 

(à suivre)

Illustration : collage d’Alex Eckman-Lawn (détail)