BLOC-NOTES DU 24 AVRIL 2026

TRAVAILLEUSES DU GENRE
Un de mes élèves, Francesco, un adolescent de 17 ans a de plus en plus de mal à supporter la propagande qu’il subit à l’école, à propos du féminisme et de la « protection des minorités » (voir digression 1). « On me parle comme si, en risquant de faire une bêtise, je l’avais déjà faite puisque je suis un garçon. ». Comme s’il était déjà coupable, comme s’il portait la culpabilité en lui, comme si la culpabilité n’avait pas besoin de reposer sur un acte. Et c’est vrai : la culpabilité n’a pas besoin de reposer sur un acte, du moins, du point de vue du manipulateur pervers et de ses agents plus ou moins zélés. Le principal est que la cible le croie et se comporte en conséquence. 
Francesco se farcit donc des stages au cours desquels on leur inculque, à lui et ses camarades, le devoir de ne pas se comporter comme des mâles alpha… Le pré-supposé est que la masculinité est par essence toxique. Tandis que la féminité serait par essence exemplaire (féminisme : bien ; masculinisme : pas bien). Au nom de la lutte contre le sexisme, parce qu’au point où on en est… « Mais, me dit Francesco, dans le même temps, on ne demande pas aux filles de ne pas se comporter comme des garces » – mot qui n’est pas de son cru, mais comme mégère devrait être remis au goût du jour, parce que franchement, les candidates se bousculent au portillon : les Von der Leyen, les Berger, les Braun-Pivet, les velles, les vaches, les cochonnes…
Je me souviens d’un reportage sur le harcèlement à l’école : une jeune fille s’en était trouvée victime après avoir publié des photos “osées” d’elle-même, attirant sur elle cyber et bio-moqueries, cyber et bio-quolibets et autres cyber et bio-noms d’oiseaux. « C’est paaas bien », ânonnait la voix off de cette campagne de sensibilisation. On aura compris. En revanche, rien au sujet des risques qu’on court à s’exhiber en petite tenue sur la cyber-place publique ou sur le trottoir généralisé qu’est devenu la vie publique. Les autres sont seuls responsables de mes actes… à partir du moment où je fais partie d’une catégorie protégée : les « racisés, les homo, les femmes… pas les enfants, sacrifiés au trans-genrisme. 
Le tout ayant lieu, bien sûr, au nom de cette notion fumeuse d’égalité… Et c’est bien là le grand mensonge des “démocraties” : nous faire croire qu’il pourrait y avoir une liberté sans responsabilité, une liberté sans la Vérité. 

DIGRESSION 1 : MAJEURS NON ADMIS
Cette invention d’idée de « minorité », et sa banalisation, est particulièrement diabolique (voir digression 2) puisqu’elle crée des catégories qu’elle extrait de la population générale, faisant mine de se préoccuper de leur sort en leur inventant des “droits”… que n’auraient pas les « majorités » (pour me moquer de leur ridicule pluriel, voir digression 3) ? Moyennant quoi des imposteurs privilégiés nommés représentants : ministres, députés, présidents, etc. ne représentent plus que des minorités artificielles, pour mieux dissimuler le fait qu’ils représentent en réalité des minorités plus ou moins connues situées au-dessus d’eux dont ils réalisent le programme dans le brouillard d’enfumage (gaslighting en anglais) généré par les cabinets de communication. Ils se comportent avec nous comme le personnel d’une maison de redressement… de peur que nous ne nous redressions de notre propre chef. 

DIGRESSION 2 : BERMUDES
Par définition, tout ce qui contribue à la division est diabolique. Le fait de désigner des minorités pour culpabiliser les « majorités » (j’emploie le pluriel de manière moqueuse) porte le nom de triangulation : créer le conflit entre deux agents pour éviter la confrontation avec celui qu’on veut soumettre (lire Gouverner par le chaos et Neuro-pirates de Lucien Cerise). Ainsi le Pouvoir exploite toutes les bonnes causes : antiracisme (obéissant manifestement à un classement d’espèces protégées), “tolérance”, écologie, épidémies, etc. pour masquer le fait qu’il mène contre le peuple une guerre  silencieuse visant à le maintenir dans un état d’hébétude, d’abrutissement, de confusion, de désespoir, de résignation. Le langage pervers, paradoxal est son arme de prédilection. 
On a tendance à penser que le fait de qualifier ces procédés de “diaboliques” est une image ou une exagération. Je suis de plus en plus porté à croire au contraire, qu’il n’y a pas d’image, qu’il n’y a pas de métaphore : que le langage nomme ainsi la vérité des choses. Non que l’auteur de ces tribulations soit un personnage mythique cornu (ou Lecornu, nom qui tombe tout de même à pic) auquel certains voueraient un culte secret, mais plutôt que seraient à l’œuvre les forces identifiées sous ce nom et à la fois désignées et dissimulées par cette image folklorique, forces qu’on appelle tout simplement le Mal. Le diable en est la figure folklorique qui parviendrait presque à nous faire oublier que le diable existe… dans ses manifestations. L’étymologie de diable le révèle : dia-ballein en grec, se qui se met en travers. Car le langage nomme le réel. C’est bien pour cela que le Pouvoir moderne, diabolique, ne cesse de le falsifier. Le mal travaille à faire croire qu’il n’existe pas, à se faire passer pour autre chose. Pour le Bien par exemple.

DIGRESSION 3 : MULTIPLIER POUR RÉGNER
Tout comme Balzac écrit dans Ferragus, petit roman bancal qui contient des pages étourdissantes d’observation critique : une foule se réunissant sous un porche pendant une averse, l’administration des cimetières : « Je ne savais pas que la bureaucratie pût allonger ses ongles jusque dans nos cercueils. » La division allonge ses griffes jusque dans la grammaire. 
Ainsi les rayons de librairies comportent un rayon féminismes (le singulier ne suffisait peut-être plus à masquer le fait que c’est du haut vers le bas qu’on nous fait la guerre), laissant présager de divertissants crêpages de chignon inter-minoritaires pseudo-genrés ; tandis qu’on nous parle “des solidarités”. Car s’il n’y a plus que des solidarités, il n’y a plus de solidarité. 
D’ailleurs les agents culturels reçoivent leurs instructions : à Arras, visitant une exposition d’œuvres d’artistes locaux, j’ai remarqué avec quelle application presque naturelle, presque spontanée, comme un acteurice connaissant bien son rôle, le guide nous parlait systématiquement « des artistes… et des artistes femmes ». Le message involontaire est que les artistes femmes… ne sont pas des artistes. Il est vrai que les femmes ne sont pas des femmes ni les hommes des hommes

Illustration : René Magritte, Le survivant

BLOC-NOTES DU 19 AVRIL 2026

Depuis plusieurs mois, je travaille, pour le journal L’Antipresse de Slobodan Despot, sur une série d’articles traitant du satanisme ordinaire dont trois épisodes sur sept au moins évoqueront la figure les idées et la jeunesse de Karl Marx. Je compte bien faire des mécontents. En attendant, j’ai décidé de partager sous la forme d’un bloc-notes désinvolte les notes relatives à mes recherches autour de Marx, Satan et leurs amis, mais aussi tout ce qui me passera par la tête.

POTÉÏTO-POTAATO
N’est-ce pas une coquetterie, un coup de bluff de la part de certains marxistes d’établir cette distinction : marxiste, marxien… sous prétexte par exemple que Marx disait ne pas être marxiste – répondant ainsi à l’anarchiste Bakounine, je crois, qui le premier à employé le mot “marxiste” de manière péjorative ? Capitalien ? Socialien ? Léninien ? Nihilien ? Staliniste ? C’est de la bouche d’u zélote psycho-rigide admirateur de Francis Cousin que j’ai appris l’existence de ce mot : marxien. Cela fait-il une différence ? N’avons-nous pas affaire à une colonisation du langage ? À en juger par les tendances jargonnantes des intellectuels marxist.iens, je pencherais très vite pour cette explication.
Lors de mes lectures et visionnages autour de Marx, je suis tombé, sur ce commentaire : « Les marxistes ont le même vocabulaire que vous, mais pas le même dictionnaire. » Cette falsification qui ne laisse rien au hasard s’étend donc aux suffixes. C’est assez attendrissant de la part de personnes dont le maître à penser avait à cœur de détruire entre autres toutes les grandes notions permanentes, comme celles du bien et du mal.

PAR DELÀ LE BAL ET LE MIEN
Un ami m’a raconté avoir eu l’occasion de discuter avec l’écrivain Pierre Bayard dont les livres, qui ne sont pas aussi malins qu’il le voudrait, consistent à étendre une plaisanterie jusqu’à lui donner les proportions d’un petit essai, par exemple en prouvant par le menu, et de manière convaincante que Conan Doyle ou Agatha Christie ont désigné le mauvais coupable dans Le chien des Baskerville, respectivement, et Le meurtre de Roger Ackroyd ou Les dix petits nègres. C’est amusant et anecdotique. On appelle cela “critique interventionniste” – une sorte de manifeste écrit par Bayard s’intitule Comment améliorer les chefs-d’œuvres. Pourquoi pas ? Mais ce n’est pas le sujet. Au cours de cette discussion avec mon ami, Bayard a déclaré : « Je ne suis pas relativiste, je crois au bien et au mal. Par exemple on ne peut pas nier l’existence de l’extrême droite. » 
Ce qui d’une part est aussi courageux que l’aurait été un écrivain officiel du régime communiste déclarant combattre les ennemis du parti ; et que d’autre part, c’est une profession de foi relativiste. En effet, la morale traditionnelle invite chacun à sonder le bien et le mal qu’il abrite en soi, en examinant ses actes. Le bolchévisme, le démocratisme, le républicanisme son armée et sa piétaille n’identifient le mal qu’à l’extérieur les nommant, au choix, extrême droite, racisme, sexisme, etc. 
Pour des raisons voisines, l’historien Johann Chapoutot, spécialiste du troisième Reich, est lui d’une bêtise impardonnable quand il déclare avec un air dégagé qu’ « être de droite est une solution de facilité », qu’être de gauche demande plus d’efforts… Il est bien placé pour le savoir : il est de gauche. 

SOCIALISME SCIENTIFIQUE
À propos d’être juge et partie, Karl Marx tombait dans le même travers en mettant la science matérialiste, c’est-à-dire débarrassée de toutes considérations spirituelles, au sommet de la hiérarchie du savoir. Il ne serait ni le premier ni le dernier à confisquer la réalisation de chaque parcelle de bonheur de l’humanité à l’individu pour en déléguer la totalité (et sans avoir consulté les intéressés) à la gestion par la science. Par « scientifique », il ne désignait pas les disciplines déjà existantes, mais sa propre théorie de l’histoire, érigée en savoir absolu par l’adjonction du qualificatif scientifique à la nouvelle forme de socialisme qu’il proposait, par opposition au socialisme utopique dont il prenait la relève. En tant que fantasme de gestion de l’humanité auto-transformatrice, le socialisme scientifique de Marx est tout aussi délirant que les utopies. 
Dans un monde qui marcherait la tête en haut, c’est au rayon religion, voire au rayon dérives sectaires, qu’il faudrait classer toute la littérature marxiste, dont un des adeptes, Georges Politzer a déclaré : « Le marxisme est une idéologie qui forme un tout et qui permet de trouver les réponses à toutes les questions. »

MAUVAISE FOI
Difficile de parler de Marx sans parler de la si fascinante mauvaise foi. Si je peux imaginer la mauvaise foi de droite, j’ai été copieusement exposé à la mauvaise foi de gauche, dont un des nombreux anti-principes est : n’attendez pas de moi ce que j’estime normal d’attendre des autres.  
Ainsi j’ai enfin trouvé la ressource de remettre à sa place une personne très proche (du genre qu’on ne choisit pas) qui s’était fait une spécialité de ne pas répondre à mes questions quand elle se voyait prise en défaut… Quand j’ai fait de nouveau remarquer, mais dans un état d’esprit inédit, que cette personne avait à plusieurs reprises ignoré des questions, des lettres voire des cadeaux que je lui avais envoyés elle m’a répondu avec l’aplomb que je lui connais : « Mais est-ce si important de recevoir une réponse ? »… Au lieu d’essayer de m’expliquer, de la convaincre, comme je l’avais trop souvent fait en pure perte, ne tolérant plus de me laisser dicter mon comportement par la colère et la frustration (une personne capable de déclencher en vous ces émotions a le contrôle sur vous), j’ai fait quelque chose de très simple… j’ai laissé sa question en suspens. Au bout de cet interminable silence, j’ai entendu appeler mon prénom. « Oui, je suis là ». À la subtile note de panique dans sa voix , j’ai senti que j’avais renversé les rôles. très calme, parfaitement maître de moi-même, j’ai répondu « Oooh, je comprends, tu es déconcertée parce que tu m’as posé une question et que je n’ai pas répondu… ». 
Je dois préciser que pour en arriver là, il m’aura fallu un effort considérable sur moi-même : quand elle avait de nouveau entamé sa partition manipulatrice, décidé à l’écouter au lieu de réagir de manière épidermique, mon cœur s’est mis à battre plus fort, ma respiration à accélérer, de sorte qu’il m’a fallu éloigner le téléphone. Je ne m’étais pas attendu à ce que mon attitude soit aussi physique. De fait je n’avais pas tant remporté une victoire sur l’autre que sur moi-même. 

PSYCHOPATHOGÉNIERIE 
C’est exactement la relation que le pouvoir entretient avec ceux qu’il prétend représenter : nous. Et c’est exactement ce qu’avoue Marlène Schiappa avec une candeur affolante : « Je ne suis plus élue alors je peux le dire : ma règle quand on me posait une question embarrassante était : réponds pas, réponds à côté, embrouille-les ». Si on n’a toujours pas compris après cela, que l’exercice du pouvoir démocratique est un abus de confiance permanent doublé d’une escroquerie en bande organisée… 
https://x.com/JRenardiere/status/1983867652755141060?ref_src=twsrc%5Etfw%7Ctwcamp%5Etweetembed%7Ctwterm%5E1983867652755141060%7Ctwgr%5Ed92b158376936fb74956d6968ad7980ebce8ccab%7Ctwcon%5Es1_c10&ref_url=https%3A%2F%2Fwww.egaliteetreconciliation.fr%2FUne-semaine-sur-Twitter-S03E38-79464.html

FOLIE DURE
Son journal de l’année 1994 La campagne de France, sorti en 2000 a valu à Renaud Camus une chasse aux sorcières hallucinantes. Son seul tort : avoir remarqué ce que les chroniqueurs du Panorama de France Culture revendiquaient eux-mêmes : leur judéité et avoir posé la question de la représentativité dans une émission de service public. Emboitant le pas aux insinuations de Marc Weitzman dans le très fielleux hebdomadaire Les Inrockuptibles, le monde “intellectuel” a découvert que le courage et l’instinct de meute n’étaient pas incompatibles. On se frotte les yeux quand on lit les passages du journal incriminés, dans lesquels Camus se montre à ce point précautionneux qu’il serait presque plus facile de croire que l’opération était en fait une cabale visant à le faire connaître ; ce qui n’était absolument pas le cas (même s’il a ainsi accédé à une notoriété inattendue). 
Aujourd’hui, je ne suis vraiment pas sûr que ce soit pour “se racheter” – alors qu’il n’a jamais commis l’erreur de se sentir coupable d’avoir froissé des princesses au petit pois paranoïaques et caractérielles – que Renaud Camus se déclare « ardemment sioniste » avec l’air perpétuellement halluciné qui le caractérise… déclaration qui mériterait aujourd’hui quelques déploiements précautionneux.

Illustration : (le génial) Pawel KUZCYNSKI