Droite ou gauche ? Gauche évidemment ! (par Lamin’)

J’ouvre aujourd’hui mon blog à Lamin’ (qui n’a rien à voir avec l’auteur de l’illustration M. la Mine), dont j’ai trouvé très intéressante la réflexion sur la droite et la gauche. J’y ai ajouté quelques commentaires personnels, repris en notes, à la suite de son article.

DROITE OU GAUCHE ? GAUCHE ÉVIDEMMENT !
La droite, la gauche… tout le monde en parle et tout le monde se définit politiquement en fonction de ces deux termes. En réalité peu de personnes sont capable de donner une définition de ce que sont la droite ou la gauche… pas même Bourdieu – cité à toutes les sauces par nos professeurs d’université – se trouvant fort embarrassé lorsqu’il fut interrogé sur cette question donnant une définition très bancale de la droite et la gauche (1) …(https://www.youtube.com/watch?v=xE1ehtg4Skg&ab_channel=liuetam). Je vais tenter d’y répondre en autodidacte.
Il me semble qu’historiquement, la définition de droite et de gauche émergea à la suite de la Révolution française. En effet, les penseurs des Lumières, qui amèneront à la Révolution, caractérisent la genèse de la pensée dite « de gauche ». La critique du Clergé et de l’ordre du Roi en pleine dégénérescence donnera du grain à moudre à ces penseurs. Ils se positionneront, entre autres comme étant les penseurs du monde nouveau, du progrès et comme les libérateurs de l’ordre établi (2)…
Voltaire en est l’exemple parfait. Cela dit, si nous nous plongeons dans la lecture de son dictionnaire philosophique, Voltaire, bien qu’à son époque il fût classé à gauche, serait, aujourd’hui, classé à droite, voire à l’extrême droite. En effet son antisémitisme carabiné et sa volonté de libéralisme ne pourraient lui éviter cette étiquette (3).
Mais qu’est-ce que la droite ? La droite peut trouver une définition dans les penseurs traditionalistes. Pour faire simple, une société de droite est une société fermée (c’est-à-dire, limitant les échanges en tout genre avec les acteurs faisant partie du monde extérieur) et hiérarchisée, régie par l’ordre spirituel composée des clercs qui se situent en haut de la pyramide juste en dessous de Dieu. Toute pensée sortant de ce cadre ne peut être qu’une pensée de gauche (ou de pseudo-droite)… Maintenant que cela est posé, nous comprenons que la quasi-totalité de l’échiquier politique se trouve à gauche car ce qui définit leur pensée n’est jamais d’ordre spirituel mais plutôt d’ordre économique, social, sociétal, environnemental, identitaire, pseudo-communautaire… malgré ce postulat, il y a bien des penseurs qui sont classés à droite ou à l’extrême droite. Le temps et la mutation des idées politiques nous oblige à comprendre et repenser la définition ci-dessus.
L’histoire récente nous propose deux expériences d’extrême droite : le national-socialisme (4) d’Hitler et le fascisme de Mussolini.
Ils ont, tous deux, été des régimes autoritaires. Le Nazisme s’est caractérisé, entre autres, par une volonté d’empire impérial pangermanique à caractère racialiste ; l’homme allemand blanc supérieur devant conquérir les hommes inférieurs. De ce point de vue, l’étiquette racialiste, collée à la droite, est, à l’origine, une idée de gauche. Je m’explique, le colonialisme a été promu par des penseurs dit de gauche, tel un Jules Ferry, justifiant d’aller conquérir de nouvelles terres pour y amener la civilisation, le savoir supérieur des sociétés d’occident. De plus, la craniologie et phrénologie (La craniologie et la phrénologie sont deux pratiques qui examinent la conformation du crâne humain ; cependant, les deux sont très différents. La craniologie est l’étude des différences de forme, de taille et de proportions entre les crânes de diverses races humaines. La phrénologie traite des attributs similaires du crâne, mais tente de relier ces choses au caractère et aux installations mentales) ont été des pseudosciences légitimant les concepts de races supérieures et inférieures. D’ailleurs, le célèbre sociologue Durkheim était un adepte de la craniologie. Ce sont des conceptions venant de la gauche par le biais de la « science » qui ont justifié l’injustifiable. Est-ce qu’à la l’époque, les personnes s’opposant à ces pratiques étaient qualifié de droite ?
Le fascisme, quant à lui, vient s’inscrire en faux par rapport à la pensée des Lumières et le concept d’égalité prônant un ordre hiérarchique naturel. Selon ma définition, plus haut, on ne peut pas situer cette doctrine à droite car elle ne favorise pas une entité spirituelle comme étant la pierre angulaire, le garant de la parole divine pour l’organisation de la société mais elle favorise le chef providentiel au-dessus des autres. Nous voyons ici une volonté de modifier la pensée de gauche pour y amener des pensées de droite. Ici, un homme est placé au rang de « dieu », capable de décider pour tous. Nous ne sommes pas dans une pensée de droite mais dans une pseudo-droite.
Penchons-nous maintenant sur ce qu’ont été les régimes d’extrême gauche. Prenons l’union soviétique et la Chine communiste de Mao. Nous sommes de nouveau face à des politiques autoritaires centrés, entre autres, sur l’égalité des personnes, le collectivisme et l’État-providence. L’homme, ici, l’ouvrier est au centre des préoccupations de ces régimes, nous sommes bien dans une pensée de gauche. Il y a certes des différences de doctrine mais le résultat est le même, des millions de morts.
Tout ce qui a été à l’origine de la pensée de gauche, à un temps donné, est considéré comme pensée de droite désormais. Car ce qui est nouveau est forcément meilleur, c’est toujours une avancée… le progrès est toujours considéré comme positif. Regarder ce qui a été fait dans le passé est forcément régressif, rétrograde, ringard… nous verrons des dynamiques millénaires, telles que les corporations, brisées sous prétexte de libéralisme pour y revenir par la suite, dans un élan de gauche, sous d’autres formes (syndicats, mutuelles, enseignement (5), etc.).
Aujourd’hui, la droite, n’est rien de plus qu’une pseudo-droite, la dégénérescence d’une société traditionnelle, reprenant des conceptions d’antan à la sauce moderne. La droite regroupe des idées d’affirmation territoriale avec une volonté de calquer la société sur des valeurs du monde ancien. Quant à l’extrême droite, elle est quasi inexistante…il y a certes des catholiques qui aimeraient revenir à l’ancien monde et revoir une autorité spirituelle reprendre les rênes mais ils sont marginaux. (L’exemple de Daech peut également ici être repris mais ils n’ont servi que de pion pour asseoir l’hégémonie des USA au Moyen-Orient. Ceci c’est un autre sujet). J’estime que cet volonté politique est vaine car nous sommes en fin de cycle, dans l’ère du kaliyuga, le Zeitgeist, l’esprit du temps, ne permettra pas un changement d’ordre spirituel collectif, celui-ci est individuel.
Pour conclure, la droite ou l’extrême droite n’est plus que l’ombre d’elle-même avec des groupes en marge quasi inexistants sur le plan politique et la gauche d’aujourd’hui devient la droite de demain. L’extrême droite, n’est qu’une étiquette collée par la classe dirigeante pour stigmatiser ses opposants car dans l’imaginaire collectif, et par une ingénierie sociale bien rodée, ce qualificatif enclenche dans le cerveau des gens, telle une formule magique, la volonté de disqualifier ses contradicteurs…mais les contradicteurs devenant de plus en plus nombreux et la classe dirigeante de plus en plus délirante et malveillante, ce sortilège devient de plus en plus visible… À force de crier au loup, on finit par ne plus y croire… Après tout, ceux qui n’ont que ce mot à la bouche ne sont-ils pas ceux dont il faut se méfier ?

LES COMMENTAIRES DE XYLOGLOSSE
(1) Cela s’appelle la gauche parce qu’ils siégeaient du côté gauche : « Lors des débats d’août et septembre 1789, les députés favorables au maintien du pouvoir du roi se sont placés à la droite du président de l’assemblée et les partisans d’une limitation de ces pouvoirs, à sa gauche. » Rappelons que la droite et la gauche votent exactement de la même manière depuis des décennies sur toutes les questions sauf les questions “sociétales” : mariage homo, etc.

(2) En tant que projet totalitaire (on pourrait dire “universel”), le socialisme a donné lieu à des projets de cité idéale pour les ouvriers, comme le familistère de Guise… qui sont construits selon le modèle du panopticon de Jeremy Bentham, où tous les appartements sont en vis-à-vis : contrôle démographique par l’urbanisation et surveillance de tous par tous – les prisons construites sur ce modèles comprennent une tour d’observation centrale. Encore aujourd’hui dans l’agenda 2030 du Forum Économique mondial, l’urbanisation est associée au contrôle total des populations (puisqu’en opposition avec l’idée d’autonomie individuelle)

(3) J’avais demandé à Lamin’ pourquoi il focalisait l’attention sur l’antisémitisme de Voltaire. Il m’a répondu que c’est parce que l’antichristianisme de voltaire était connu ; pour avoir lu le livre de Xavier Martin, Voltaire méconnu, je sais que Voltaire montrait dans sa correspondance et dans la vie des accès de haine délirante sur de très nombreux sujets, au point d’effrayer ses amis.
Il me semble important de préciser que ce qu’on appelait “antisémitisme” autrefois n’est pas la même chose que “l’antisémitisme” d’aujourd’hui et que les regrettables actions en justice lucratives et vocations de délation qu’il inspire. Au XIXe siècle par exemple, l’antisémitisme se définissait, dans une société encore catholique (malgré la République), comme « hostilité à l’influence des juifs » – si tant est qu’on ait le droit d’essayer de se demander en quoi consistait cette influence. En effet si de nombreuses personnes, et pas seulement des juifs, ne cessent de chanter les louanges de l’apport juif en France qu’il soit culturel, politique, économique (souvenons-nous de Manuel Valls déclarant « La France sans les juifs de France ne serait pas la France » ; https://www.youtube.com/watch?v=k9M1Cq9nQoI), leur imagination achoppe sur les points dont on serait moins disposé à se réjouir.
L’antisémitisme d’aujourd’hui couvre, eh bien… toute tentative de réfléchir sur le judaïsme, le sionisme, Israël, les figures et manifestations d’un fanatisme juif, etc. d’un point de vue non-juif. La marge laissée à la pensée critique ? C’est simple : elle est nulle.

(4) Le National-socialisme serait donc un régime… d’extrême-droite. Sur cette question je renvoie à l’entrée Extrême droite dans ma série d’articles Toxicologie du langage : https://xyloglosse.net/2021/05/04/toxicologie-du-langage-ii/

(5) À ceci près que les corporations étaient puissantes et pouvaient s’opposer au pouvoir royal, alors que les syndicats s’inscrivent dans un pouvoir social-« démocratique », mondialiste.

LE FUTUR OBSOLÈTE ? PHILIPPE GUILLEMANT, LE GRAND VIRAGE DE L’HUMANITÉ

PHILIPPE GUILLEMANT : Le grand virage de l’humanité

Dans le film Invasion Los Angeles, de John Carpenter (1988), on voit des drones lancer des avertissements à la population ; Contagion le film de Steven Soderbergh (2011) expose les conséquence d’une épidémie meurtrière travers le monde tandis que 28 jours plus tard de Danny Boyle (2002) s’ouvrait dans une Londres totalement désertée. Depuis le début de l’année 2020, ce ne sont pas les exemples de ressemblance entre la réalité et la fiction qui manquent .
La science-fiction et la dystopie étant entrées dans nos vies depuis deux ans et demi, avec leur potentiel anxiogène largement exploité par le pouvoir et les médias, une possibilité de les envisager d’un point de vue plus serein est bienvenue.
C’est Philippe Guillemant avec son livre Le grand virage de l’humanité qui nous en fournit l’occasion.

LE FUTUR OBSOLÈTE
La thèse de Philippe Guillemant, et d’une partie de la physique actuelle, demande un sérieux effort d’imagination. Selon cette théorie, le futur serait à la fois déjà réalisé, sans pour autant être figé, donc susceptible d’être modifié… par la conscience collective. L’éveil des consciences provoqué par l’événement officiellement nommé pandémie de covid19 serait ainsi un événement susceptible de modifier le futur tel qu’il était “écrit” auparavant.
Le livre de Guillemant devrait s’adresser d’abord aux sceptiques car c’est un excellent exercice d’imagination à partir de faits avérés ; au-delà des théories sur la matière du temps, c’est la manière dont on relie ces faits entre eux qui compte.
Pour en arriver à envisager un futur réalisé mais modifiable, il a fallu que la physique contemporaine se défasse de « l’univers-bloc d’Albert Einstein » avec son présent linéaire, mais inflexible. C’est en vertu de ce postulat que nous nous représentons le temps sous la forme d’une ligne dont on ne sort pas, qui ne bifurque jamais et dont il est facile de se dire que “tout y est écrit”, quels que soient les choix qu’on y fait. Philippe Guillemant, qui est physicien, entend « redonner sa flexibilité à l’espace-temps », espace-temps dans lequel le futur serait malléable… par l’action de la conscience.

LE RÔLE DE LA CONSCIENCE
S’il fallait rejeter les thèses physiques en fonction de leur vraisemblance, il ne resterait pas grand-chose, à commencer par la théorie de l’atome, qui a existé longtemps avant d’être prouvée. La théorie du Big bang ne serait pas la dernière à en faire les frais : il n’y avait rien, d’où quelque chose serait advenu ?
Selon la physique actuelle, la conscience ne se réduirait pas au résultat de l’activité du cerveau (hypothèse matérialiste de l’organisme-machine, métaphore qui a ses limites puisque les machines ne se reproduisent pas) mais s’étendrait hors des limites du cerveau. En étant conséquente, c’est avec sérieux que la physique envisage aussi la notion d’âme comme « extension immatérielle du cerveau ». Guillemant ne l’entend pas nécessairement dans un sens mystique ou religieux.
Pour répondre aux objections de ceux qui rejetent ce qui n’est pas observé ou compris par la science, Guillemant dresse la liste des biais cognitifs des matérialistes ou rationalistes qu’on appelle les zététiciens ; ceux-ci mettent tous les phénomènes inexpliqués sur le compte de la coïncidence ou de la croyance sans se rendre compte que leur rejet est enraciné dans leur propre système de croyance : l’univers n’est fait que de matière et d’ondes ; les êtres vivants sont des machines, le cerveau un ordinateur. Et ce, alors que la science autant que l’expérience tendent à indiquer le contraire. Le VRP du transhumanisme Laurent Alexandre, pourrait se sentir visé, lui qui prétend « euthanasier la mort » et décupler l’intelligence grâce à la science. Or si Laurent Alexandre se fait de l’intelligence une idée si limitée, c’est en partie parce qu’il se réfère implicitement à la sienne.
Les dix objections de Guillemant sont des invitations très séduisantes à une approche véritablement scientifique (je recommande aussi particulièrement sa liste des décisions absurdes prises en 2020). Sans oublier un biais supplémentaire la corruption pudiquement appelée : “conflits d’intérêt”. Guillemant dénonce aussi un aveuglement qui serait le produit du scientisme, c’est-à-dire l’idéologie du contrôle du réel, et de l’humanité réduite à un objet, par la science.

NOUVEAUX HORIZONS (MÉTA)PHYSIQUES
Ces biais (propres à des gens chez qui la science est une superstition) interdisent d’étudier des phénomènes inexpliqués vérifiables par l’expérience : Ainsi la neurologie a échoué à localiser la zone du cerveau où seraient stockés les souvenirs, ce qui suggérerait qu’elle est à l’extérieur du cerveau.
On apprend aussi que les impressions visuelles ne siègent pas dans le cerveau, ce qui pose notamment la question de savoir d’où le rêve tire sa précision cinématographique, alors que nos impressions visuelles immédiates, dont comme aussi fugitives que du sable que viendrait recouvrir une vague… Le livre Réenchanter la science de Rupert Sheldrake examine aussi des phénomènes connus mais inexpliqués comme la capacité des animaux domestiques à savoir quand leur maître va rentrer alors que personne d’autre ne le sait, à retrouver leurs maîtres après un déménagement, le sens qui nous permet de savoir qu’un regard est posé sur nous…).
Alors que les transhumanistes nous vantent pour bientôt des machines douées d’une “conscience” (mal ou pas définie), la physique commence envisager que la conscience ne serait pas réductible à des influx électriques et biologiques et que le cerveau n’en serait que le relais. Ce nouvel examen scientifique de la conscience est important pour comprendre la thèse d’un futur malléable où ladite conscience jouerait un rôle.
Pour Guillemant, le moment où la conscience collective se serait ouverte à d’autres possibilités serait au printemps 2020, avec le début de la « crise covid » et le confinement. Si cet événement traumatique a donné lieu à des prescriptions officielles de non-assistance à personne en danger, qui revenaient à ignorer le système immunitaire naturel et à l’attaquer (par les masques, par l’isolement, par la peur), il n’en a pas moins été un événement ambivalent, dans lequel des prescriptions absurdes et des mesures angoissantes auront aussi créé un nouveau monde propice à une transformation du regard : désert, ralenti, transfiguré…

PLUSIEURS LECTURES
Je ne suis pas sûr que, comme il l’écrit , la dictature sanitaire s’avère in fine contre-productive. Je ne suis pas sûr que certains faits comme le retrait de la de l’hydroxychloroquine par la spongieuse Agnès Buzyn, la déclaration d’Emmanuel Macron sur « la bête de l’événement [qui] arrive » ou l’Event 201, grande répétition de scénario pandémique mondial ayant eu lieu… en novembre 2019, soient des anomalies, ou les restes d’un scénario devenu obsolète, d’un futur dont le présent serait déjà en train de s’éloigner. Je ne suis pas sûr que le futur dystopique promis par le Forum économique mondial et les fanatiques du transhumanisme… appartienne au passé… 
Mais dans quelle mesure Guillemant a-t-il raison… et avec lui une partie de la physique… 
Un avenir nous le dira.

KAFKA : LA LETTRE (VOLÉE) AU PÈRE

Kafka a trente-six ans quand il écrit cette lettre, qu’il ne fera jamais lire à son père. En la lisant, il est difficile de ne pas imaginer un petit garçon terrifié, se tordant les doigts. Le texte est pénible à lire pour cette raison car on est partagé entre la pitié pour son auteur, qui dresse le portrait d’une vie de famille dans l’ombre d’un tyran, et agacé par une faiblesse qui semblerait presque jouir d’elle-même, au point d’adopter sans le vouloir, organiquement, le langage pervers de son bourreau. Si l’exposition au langage pervers peut être nous apprendre à le reconnaître, on lira avec profit cette Lettre au père. La première phrase de la Lettre au père de Kafka (1919) est « Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. ». Il se pourrait bien que la clé principale pour la compréhension de l’œuvre de Kafka se trouve dans cette lettre ; et il se pourrait bien que comme La lettre volée d’Edgar Poe, cette clé soit cachée à la vue de tous.

LA LANGUE DE L’ENNEMI
On pourrait dire – et je vais en énumérer divers exemples – que Kafka s’approprie inconsciemment le langage pervers de son père, son langage paradoxal. Par inconsciemment, je ne fais pas allusion au vocable freudien mais à la manière très ordinaire dont on peut subir les choses ou ne pas les comprendre (même des choses simples) tant qu’elles ne sont pas correctement nommées – et si notre époque s’est fait une spécialité, c’est bien de mal nommer les choses, pour ajouter à notre malheur.
La lettre de Kafka est transpercée par la culpabilité. On y reconnaît le calvaire du héros du Procès, qui ne sait pas de quoi il est accusé. On verra aussi qu’elle est, en quelque sorte, une pièce à conviction à charge du père, que son fils s’interdit pourtant d’accuser, à qui il invente des circonstances atténuantes : « il y a quelque chose d’anormal entre nous, quelque chose que tu as contribué à provoquer, mais sans qu’il y ait de ta faute » et qu’il humanise, qu’il anime de sentiments pathétiques « [ta] voix basse, […] qui exprime […] la condamnation totale […] me fait moins trembler aujourd’hui que dans mon enfance, parce que le sentiment de culpabilité exclusif ressenti par l’enfant est remplacé en partie par une certaine connaissance de notre détresse à tous deux. »
Une des premières facultés que perd la victime de la relation perverse est la faculté de percevoir les contradictions d’un discours. Cela explique à mon avis pourquoi les romans de Kafka n’ont pas la richesse de la palette des nouvelles de Gogol , qui allient angoisse, sentiment d’absurde avec un humour et une fantaisie irrésistibles.

L’ATTÉNUATION IMAGINAIRE
Kafka rapporte au tout début de sa lettre : « tu m’as dit récemment : « Je t’ai toujours aimé et quand même je ne me serais pas comporté extérieurement avec toi comme d’autres pères ont coutume de le faire, justement parce que je ne peux pas feindre comme d’autres. » Ce que Kafka reproche à son père n’est pourtant pas de ne pas avoir été affectueux. Il faudrait comprendre en revanche que le père a assuré à son fils qu’il l’a toujours aimé, malgré les preuves qu’il lui aurait données du contraire. Dans ce propos rapporté, Kafka est aussi censé croire que le comportement plus bienveillant des autres pères vis-à-vis de leurs enfants est feint. En somme, son père lui demande de croire ce qu’il dit et non ce qu’il fait.
Certaines phrases de Kafka, quand il évoque le piège psychique dans lequel il est enfermé, font mal pour lui : « Quand j’aurais été élevé absolument à l’écart de ton influence, il est fort possible que je n’eusse pu devenir un homme selon ton cœur. » Or il n’est manifestement pas devenu un homme selon le cœur de son père en lui obéissant non plus. On reconnaît là une personne dans une situation de double contrainte (« Écoute-moi, deviens autonome ! »).

AVEUX INVOLONTAIRES
Certains aveux surprennent « comme père, tu étais trop fort pour moi ». C’est un des nombreux aveux étranges de ce texte, dont Kafka ne semble pas se rendre compte de la portée. Il enfonce le clou : « nous étions si différents et si dangereux l’un pour l’autre […] que, si l’on avait voulu prévoir comment nous allions […] nous comporter l’un envers l’autre, on aurait pu supposer que tu allais me réduire en poussière et qu’il ne resterait rien de moi. » Un souvenir de la petite enfance continue à le faire souffrir : une nuit, son père l’a mis dans la rue parce qu’il avait osé réclamer un verre d’eau, ce dont, des années après, il continue à tirer le sentiment de sa nullité (car jamais le père ne sembla avoir au à son endroit d’actes rédempteurs) ; or « ce sentiment de nullité qui s’empare si souvent de moi » Kafka se persuade qu’il « peut être aussi noble et fécond sous d’autres rapports, il est vrai ».
Kafka passe son temps à excuser son père et à s’accuser (exact négatif de la déclaration de Golda Meir, alors premier ministre israélien : « Nous ne pardonnerons jamais aux arabes le mal qu’ils nous ont obligés à leur faire » chef-d’œuvre de déclaration perverse qui a toute sa place ici)

DÉNI ET HALLUCINATION
Tout au long de cette lettre, l’écrivain tente de se persuader que la présence monstrueuse, écrasante de son père prouve bien qu’il ne peut pas être si mauvais, que ça ne peut pas être aussi simple, qu’elle est en grande partie le fruit de l’exagération par l’enfant qui reste en lui. Cela le conduit à se mystifier : « Or tu es bien, au fond, un homme bon et tendre ». Le fond est précisément ce qu’on ne voit pas, ce à quoi on n’a pas accès. Tout sauf se rendre à l’évidence.
J’en profite pour rappeler le mot de Groucho Marx : « Il se peut que cet homme parle comme un idiot, qu’il ait l’air d’un idiot, mais ne vous laissez pas berner : c’est véritablement un idiot… »
L’époque nous incite en permanence à chercher les explications partout sauf là où elles sont.
D’ailleurs Kafka nous en fait l’aveu : cette bonté dont il est persuadé, il ne l’a jamais trouvée, car « tous les enfants n’ont pas la persévérance […] de chercher aussi longtemps qu’il faut pour arriver à la bonté. » (Pour d’autres exemples de langage pervers intériorisé, voir la réponse de l’agneau dans Le loup et l’agneau, l’aveu de culpabilité de l’âne dans le magnifique Les animaux malades de la peste)

L’ENFER DOMESTIQUE
Même au magasin dont le père était le patron, « les injures pleuvaient si fort sur les autres personnes de mon entourage tant à la maison qu’au magasin, […], petit garçon, j’en étais parfois étourdi ; je ne voyais pas pourquoi elles ne m’auraient pas été destinées […] Là encore, je retrouvais ta mystérieuse innocence ».
Et par le vocable ici pervers d’innocence, le fils s’annihile en absolvant les abus qu’il subit. Comme dans les romans claustrophobiques de Kafka, il n’y a d’échappatoire ni professionnelle ni personnelle – ni artistique, puisqu’il avait demandé à son ami Max Brod de détruire ses manuscrits.
« Le succès n’était que le réconfort d’un instant, rien de plus, mais de l’autre côté, ton poids m’entraînait de plus en plus lourdement. […] le désaveu que je lisais sur ton visage m’en fournissait bel et bien la preuve – que plus j’avais de succès, et plus l’issue serait finalement désastreuse. »
Le mariage ? Kafka le conçoit en théorie comme une « libération de soi-même ». Mais « il en va comme pour un prisonnier qui a l’intention de s’évader, ce qui serait peut-être réalisable, mais projette aussi, et ceci en même temps, de transformer la prison en château de plaisance à son propre usage. Mais s’il veut s’évader, il ne peut pas entreprendre la transformation, et s’il l’entreprend, il ne peut pas s’évader. […]
Il semble bien que l’angoisse de Kafka n’était pas une angoisse liée au pouvoir institutionnel, à la bureaucratie. Kafka était employé d’assurances et très soucieux de ce que les victimes d’accidents du travail soient indemnisées. Pourtant le langage du pouvoir abusif, qu’il soit personnel ou institutionnel – quand il s’exprime par exemple par la négation absurde de vitre volonté au moyen d’une auto-attestation) – est précisément le pouvoir qui dépersonnalise. Il n’est guère étonnant que Kafka en soit pas le seul à avoir fait les frais de cette dépersonnalisation. À propos de sa sœur, Ottla : « quand elle n’est pas spécialement en difficulté ou exposée à un danger, tu n’éprouves pour elle que de la haine. Tu me l’as avoué toi-même ; selon toi, c’est à dessein qu’elle te fait constamment souffrir et provoque ta colère […]. Une espèce de démon, donc. […] Elle est si loin de toi que tu ne la vois plus, tu mets un fantôme à l’endroit où tu t’attends à la voir. »

CONCLUSION
Le langage paradoxal est celui qui voudrait nous faire croire que le pouvoir nous protège en nous enfermant, que le pouvoir nous protège en nous isolant et que le pouvoir nous protège en nous piquant.
Il fait dire à un “président” qu’il veut « emmerder les non-vaccinés » (mensonge imbriqué dans un mensonge : personne n’est vacciné au sens strictement médical) puis, qu’il a dit cela « affectueusement ».
Comme l’a commenté Jules Renard* à propos de Mallarmé, le langage paradoxal, surtout énoncé par une langue fourchue, est intraduisible, même en français.

*aussi auteur de la phrase « Tout le monde n’a pas la chance d’être orphelin. »

Illustration : Anthony Perkins dans la magnifique adaptation du Procès par Orson Welles, et l’ombre du metteur en scène.

DOSTOÏEVSKI, L’IDIOT* DU BAGNE

« Sa vie en prison était très triste, je vous assure, mais ce qui est certain, en tout cas, c’est que ce n’était pas une vie à deux sous. Et il n’avait que deux amis, vous savez, une araignée et puis l’arbuste qui avait grandi sous sa fenêtre. » Dostoïevski est un grand connaisseur de l’âme humaine.

*Prendre le mot idiot au sens de Dostoïevski : mieux vaut être un idiot, un naïf, un innocent, qu’un imbécile heureux.

La littérature et la lecture sont avant tout des relations entre lecteur et auteur (moins dans le cas de la littérature de genre, qui est régie par des conventions). Je dois avouer que j’ai abandonné la lecture de tous les romans de Dostoïevski au bout de quelques centaines de pages (Crime et châtiment étant celui dans l’ensemble qui me laisse le meilleur souvenir de lecture). L’idiot et Les frères Karamazov ne sont pas d’une lecture difficile mais m’apparaissent essentiellement comme des successions de conversations sans fin. J’ai laissé tombé les Karamazov au troisième chapitre successif dont le titre commençait par « Hystérie », l’hystérie n’en finissait pas.
L’idiot m’aura au moins récompensé par la phrase la plus insondable que j’ai jamais lue ; l’idiot, le prince Mychkine, raconte une anecdote à propos d’un homme emprisonné : « Sa vie en prison était très triste, je vous assure, mais ce qui est certain, en tout cas, c’est que ce n’était pas une vie à deux sous. Et il n’avait que deux amis, vous savez, une araignée et puis l’arbuste qui avait grandi sous sa fenêtre. »
Une phrase qui n’aurait pas été possible sans une vie, sans une œuvre.

Dostoïevski est un grand connaisseur de l’âme humaine. Il a écrit un des livres les plus bouleversants que j’aie lus : Souvenirs de la maison morte.
À l’âge de 25 ans, Dostoïevski est envoyé au bagne après que sa peine de mort a été commuée in extremis en peine de travaux forcés par le tsar. C’est le prix de ses sympathies révolutionnaires et socialistes. L’histoire est ironique. Le goulag tsariste, même si on ne le souhaiterait pas à son pire ami, n’est pas le goulag soviétique (miracle socialiste inventé par Yenokh Gershonovich Yagoda, et qui serait à elle seule responsable de 20 millions de morts). Dostoïevski y passe quatre années et en sort.
Ces Souvenirs de la maison des morts ne sont pas un roman. C’est le récit de son expérience. Ce livre prouve que la littérature ne doit pas être difficile pour dire l’essentiel (que ce soit les écrits de Simon Leys sur la Chine, de Soljénitsyne ou les romans et essais de George Orwell), même si la littérature difficile, voire carrément énigmatique réserve aussi ses bonnes surprises aux curieux, éventuellement disposés à la lire comme on lirait une partition de musique (Joyce, Dylan Thomas, Lautréamont…).

Les citations qui suivent sont extraites de la dernière édition Folio :

Page 49 : « …le bagne est une école de patience. Je vis une fois un forçat libéré au bout de vingt ans prendre congé de ses camarades. Certains se rappelaient son arrivée, alors que jeune, insouciant, il ne pensait ni à sa faute ni à son châtiment. Et voici qu’il repartait avec des cheveux gris, un visage sombre et triste de vieillard. »

Page 53 : « Il me souvient qu’un jour, un brigand éméché (on peut boire quelquefois au bagne) se mit à raconter comment il avait assassiné un garçon de cinq ans ; il l’avait tenté avec un joujou, puis emporté dans un hangar et ensuite égorgé. Toute la chambrée, qui avait d’abord ri de ses facéties, poussa une clameur, et le bandit fut obligé de se taire ; cette clameur unanime n’était pas un signe d’indignation, elle marquait seulement qu’il ne fallait pas parler de cela, que parler de cela n’était pas admissible. Je dois noter ici que ces gens avaient d’ailleurs de l’instruction, dans le sens propre du mot. La moitié d’entre eux au moins savaient lire et écrire. Où trouvera-t-on en Russie, dans n’importe quel groupement populaire, deux cent cinquante individus dont la moitié sachent lire et écrire ? Quelqu’un, m’a-t-on dit depuis, a tiré de semblables données la conclusion que l’instruction causait la perte du peuple. Erreur selon moi. Il faut chercher ailleurs les raisons de ce fléchissement moral. À vrai dire, l’instruction éveille chez le peuple de la présomption ; mais à mon sens, ce n’est pas là un défaut. »

Pages 64-65 : « On s’imagine sans peine quels artistes du vol se trouvaient réunis en pareil lieu ! Un détenu qui m’était sincèrement dévoué (je le dis en toute simplicité) me vola une bible, le seul objet dont la possession fût autorisée. Il me l’avoua dès le jour même, non par repentir, mais par pitié pour moi qui avais si longtemps cherché. »

Pages 66-67 : « Je me rappelle la première aumône que j’ai reçue. […] Je revenais de la corvée du matin, seul avec un surveillant. A ma rencontre s’avançaient une mère et sa fillette, une enfant de dix ans, jolie comme un ange. […] La mère était la femme d’un jeune soldat , qui, après avoir passé en conseil de guerre, mourut à l’hôpital dans le pavillon des détenus, où je me trouvais moi-même en traitement ; la mère et la fille étaient venues lui dire adieu en pleurant toutes deux à chaudes larmes. Quand elle m’aperçut, la petite fille rougit et murmura quelques mots à sa mère ; celle-ci s’arrêta aussitôt, chercha dans son panier un quart de kopeck et le donna à l’enfant qui courut à moi… 
– Tiens malheureux, prends ce petit kopeck pour l’amour du Christ, cria-t-elle en me le glissant dans la main.
Je pris la pièce ; la fillette, toute contente, rejoignit sa mère. J’ai longtemps gardé ce pauvre kopeck. »

Pages 76-77 : « Dès le premier soir, je remarquai qu’on me regardait de travers, je saisis même quelques coups d’œil sinistres. Par contre, soupçonnant que j’avais de l’argent, certains détenus tournaient autour de moi. . Ils m’offrirent aussitôt leurs services, m’apprirent à porter mes nouveaux fers, me procurèrent – moyennant finances, cela va de soi – un coffre à cadenas pour y ranger mon trousseau de forçat et un peu de linge que j’avais apporté. Mais le lendemain même, ils me volèrent le tout et le dépensèrent à boire. L’un de mes voleurs me devint par la suite infiniment précieux encore qu’il continuât à dérober mes effets quand l’occasion lui semblait bonne. Il commettait son délit sans la moindre honte, comme inconsciemment, presque par devoir ; je ne pouvais guère lui en garder rancune. »

Page 77 : « Les anciens nobles sont en général très mal vus au bagne. Bien qu’ils aient perdu leurs droits civiques et soient à cet égard les égaux de leurs codétenus, ceux-ci se refusent à voir en eux des camarades. Aucun préjugé d’ailleurs n’entre ici en ligne, c’est tout bonnement une opinion innée. À leurs yeux, nous demeurions des gentilshommes, ce qui ne les empêchait pas de se gausser de notre chute : “Non, maintenant, assez, fini ! Môssieu ne fait plus le gros à travers Moscou, Môssieu tord la corde pour son cou !” et autres amabilités du même genre. »

Par certains aspects, la vie des forçats est-elle si différente de la nôtre ?
Page 95 : « … rien de plus étrange que de voir certains d’entre eux travailler des mois durant sans lever la tête à seule fin de pouvoir dépenser un jour d’un seul coup tout leur gain ; après quoi ils se courbent de nouveau avec acharnement sur le labeur, jusqu’à la prochaine bamboche. Beaucoup d’entre eux aimaient porter des habits neufs plus ou moins singuliers. […] Les forçats se pomponnaient le dimanche et se pavanaient aussitôt dans les chambrées pour se faire admirer sur toutes les coutures. […] [La bamboche] commençait d’ordinaire soit à une fête carillonnée, soit en l’honneur du saint patron du forçat. Le détenu dont c’était la fête allait, dès son réveil, mettre un cierge devant l’icône et y faire sa prière ; puis il s’endimanchait, se commandait un repas […] puis de l’eau de vie apparaissait/ Le forçat buvait comme une outre et rôdait dans les casernes, titubant, trébuchant mais fier de montrer à chacun qu’il “vadrouilllait”, car il tenait ainsi à gagner l’estime générale. Le peuple russe éprouve une étrange sympathie pour l’ivrogne, mais au bagne, cette sympathie allait jusqu’au respect. »

A la page 110, Dostoïevski se laisse aller à des considérations sur l’inégalité contenue dans le fait de condamner à la même peine des meurtres qui n’ont rien à voir les uns avec les autres, du crime crapuleux au crime sadique. On retrouve ces considérations dans la bouche du fameux Idiot.
Page 111 : « Considérons [l’inégalité] des suites du châtiment. Tel condamné se consume, fond comme une chandelle ; tel autre ne [se] doutait pas auparavant qu’il existât de par le monde une vie aussi réjouissante, un cercle aussi agréable de hardis lurons ; car au bagne, on trouve même de ces gens-là. Tel détenu, homme cultivé en proie aux remords d’une conscience affinée, aux tortures d’une souffrance morale devant lesquelles pâlit tout autre châtiment, porte sur son crime un jugement beaucoup plus implacable que la loi la plus sévère ne pourrait le faire. Et à côté de lui, tel autre ne songe pas une seconde, durant toute sa détention, au forfait dont il s’est rendu coupable ; il estime même avoir bien agi. D’aucuns vont même jusqu’à commettre un crime tout exprès pour aller au bagne et se débarrasser ainsi d’une existence infiniment plus pénible. »

Même passage traduit par André Markowicz (aux éditions Babel) : « Voici un homme qui se dessèche au bagne, qui fond comme un bougie ; et en voici un autre, qui, avant d’arriver au bagne, n’aurait même jamais imaginé qu’il puisse y avoir au monde une vie aussi joyeuse, un club aussi plaisant de joyeux camarades. Oui, on en voit au bagne, des gens de ce genre. Voici par exemple un homme instruit, développé de conscience, de raison et de cœur. La seule souffrance de son propre cœur, avant les autres peines, le tuera de ses tortures. Pour le crime qu’il a commis, il se condamnera lui-même d’une façon bien plus impitoyable, plus inflexible que la loi la plus dure. Et en voici, à côté de lui, un autre, qui ne pensera même pas une seule fois au crime qu’il a commis, de toute sa vie au bagne. Il s’estime même dans son bon droit. Il y en a même qui commettent des crimes exprès pour se retrouver au bagne et se défaire d’une vie de bagne infiniment plus terrible en liberté. »

Au-delà de la dureté de la vie au bagne, il me semble que le monde d’inversion des valeurs décrit par Dostoïevski est moins absurde que le nôtre . L’inversion des valeurs n’y est pas la norme.

JEFF BEZOS : LARMES DE CROCODILE SUR L’AMAZON

JEFF BEZOS RÊVE DE STAR TREK

Wishmaster est un film horrifique de 1997 assez amusant qui reprend le motif du conte des mille et une nuits Aladin et la lampe magique pour le pervertir. Ce que la victime ne sait pas, c’est que le génie retournera son troisième vœu contre elle : qu’elle souhaite par exemple gagner un million de dollars, le djinn fait en sorte que sa mère souscrive à une assurance vie pour cette somme et meure dans un accident d’avion (ce qui pour certains serait faire d’une pierre deux coups).
Qui sont les djinns aujourd’hui ? Probablement ceux que la presse qu’ils achètent appelle des « philanthropes », ce que beaucoup de gens prennent pour argent comptant. Que ce soient des ex-vice-présidents des États-Unis qui capitalisent sur la peur du “réchauffement climatique” mais achètent des villas sur la côte tout en nous menaçant d’une montée du niveau de la mer, ou des multi-milliardaires qui déclarent lutter contre la surpopulation par la vaccination (Bill Gates dans sa conférence sur le site TED).

Gardons à l’esprit la morale de ce film à chaque fois qu’on entend parler des lubies de certains milliardaires ou illuminés de la Silicon Valley, comme celle, très sérieuse, qui promet la possibilité de télécharger son âme pour vivre éternellement à l’état de machine (Ray Kurzweil, pris très au sérieux par le délicieux Laurent Alexandre), ce qui, entendons-nous, n’est possible que si on sait exactement ce qu’est l’âme ou qu’on ne l’a pas perdue.
Le titre probablement ironique d’une très intéressante biographie du multi-milliardaire Jeff Bezos visible sur Youtube (sur la chaîne de PAUL) est Le profit ne l’intéresse pas.
Si Jeff Bezos veut être considéré comme un philanthrope, mieux ne pas le juger sur ses actions… ni sur ses projets. D’après le livre En Amazonie de Jean-Baptiste Malet, le travail d’un employé d’Amazon est en plus d’être épuisant que celui d’un magasinier dans n’importe quelle autre société, humiliant, abêtissant et infantilisant : le simple fait de se rendre à pied dans les lieux réservés aux pauses absorbe le temps qu’on devrait y passer ; en plus du fait que ce travail est ce qui se rapproche le plus de l’esclavage moderne (formule encouragée par les États de l’Union Européenne qui n’exigent que des impôts dérisoires de la part de ces multinationales), Amazon fait aussi face à des accusations de pratiques monopolistiques,répressions des mouvements syndicaux dans certains entrepôts, remboursement de 100 % des pourboires pris aux livreurs de son programme Flex, à des  accusations d’espionnage industriel, surveillance de ses employés ou de ses clients…
Selon un principe matérialiste cher au philosophe Hegel, la valeur d’un être se mesure à la fonction qu’il occupe dans la société, ce qui augmente d’un coup la valeur symbolique d’un employé d’Amazon, qu’on peut considérer, toujours selon les principes hégéliens1 comme une cellule de l’organisme social dont Jeff Bezos ne serait que le visage (et qu’on n’aille pas m’accuser d’avoir lu Hegel).

Si Jeff Bezos a quitté la direction Amazon, il en reste un actionnaire important, et se consacre donc à ses projets pour l’humanité, qui retient son souffle. Fasciné depuis son enfance par la série Star Trek (lancée à la télévision américaine en 1966), Jeff Bezos prétend travailler à la réalisation d’un avenir où l’humanité vivrait dans l’espace pour préserver la Terre. Tout comme le djinn retourne nos souhaits contre nous, il n’est pas inutile de retourner contre eux les généreux projets de ces milliardaires pour l’humanité.
La fortune de l’ancien patron d’Amazon Jeff Bezos lui a permis de renouer avec ses rêves d’enfant, quand il était fasciné par la série Star Trek et sa mythologie […] Excellente série au demeurant, Star Trek est aussi un rêve mouillé de mondialiste (et ne confondons pas mondialisation, qui est le développement naturel des échanges commerciaux et culturels, avec l’idéologie mondialiste du nouvel ordre mondial) avec son gouvernement mondial invisible exporté dans l’espace.
Voici ce qu’en dit l’anthropologue David Graeber dans son très intéressant Bureaucratie :

« La Fédération des planètes – avec son idéalisme de haute tenue, sa stricte discipline militaire et l’absence manifeste en son sein tant de différences de classe que du moindre indice tangible de démocratie multipartite – n’est-elle pas, en réalité, une simple vision américanisée d’une Union soviétique plus gentille, plus aimable, et surtout « qui marche »19 ? Ce qui me paraît remarquable dans Star Trek, en particulier, c’est non seulement qu’il n’y a aucune trace réelle de démocratie, mais que pratiquement personne ne semble remarquer son absence. […] Les personnages de Star Trek se plaignent constamment des bureaucrates. Ils ne se plaignent jamais des politiciens, parce que les problèmes politiques sont exclusivement traités, toujours, par des moyens administratifs21.
Mais, bien sûr, c’est exactement à cela que l’on s’attendrait sous une forme de socialisme d’État. Nous oublions souvent que ces régimes aussi affirmaient invariablement qu’ils étaient des démocraties. Sur le papier, l’Union soviétique de Staline pouvait se vanter d’une Constitution exemplaire, avec infiniment plus de mécanismes de contrôle démocratique que les systèmes parlementaires européens de l’époque. »

Lors du forum Ignatius, qui a eu lieu à la National Cathedral de Washington le 11 novembre 2021, Jeff Bezos a fait part de ses projets pour l’humanité et pour l’espace – il faut bien commencer quelque part.
Selon lui, il est souhaitable que la terre devienne, dans les décennies à venir, une réserve naturelle que l’humanité, qui vivrait dans des colonies spatiales, pourrait avoir le privilège de visiter, même si selon Bezos, cette humanité pourrait jouir dans ses colonies de conditions proches de la terre avec faune et flore reconstituées (programme moins modeste que celui de Noé qui n’avait pour mission que de sauver la faune) puisqu’il va de soi que tout cela serait possible.
Lors de cet entretien de vingt-cinq minutes, Bezos se montre d’ailleurs assez piètre orateur, répétant à l’envi qu’on ne peut laisser la terre sa dégrader sous l’influence de l’homme (Son mantra est « This planet is special, we can’t ruin it… »), celui qui se rêve en gardien de réserve naturelle géante et de colonies spatiales parle de l’envoi de millions d’être humains dans l’espace de manière à libérer la terre et lui permettre plus ou moins de redevenir un Eden, sur lequel seuls une poignée de privilégiés (Bezos ne nous dit pas qui) seraient résidents permanents, avec leur valetaille privilégiée.
Une question que ne pose pas cet article est celle de savoir selon quelles règles mathématiques quelques millions (dans le futur) additionnés à une poignée donne plusieurs milliards. En d’autres mots : que deviennent les quelques milliards d’individus qui ne vivent ni dans l’espace ni sur terre ?

Hasardons deux hypothèses :
– La première est que ces milliards d’êtres humains auront disparu ; mais Jeff Bezos, qui postule cette disparition ne dit pas comment elle aura eu lieu.
Le milliardaire Ted Turner, qui était malthusien et donc en faveur d’un contrôle draconien de la population ne disait pas non plus comment ; pas plus que Bill Gates qui lors de sa conférence sur la plateforme TED, déclare son intention se servir de la vaccination pour contrôler la population mondiale (il ne parle que du contrôle du nombre, si cela peut en rassurer certains).
Le monument gnostique des Georgia Guidestones édicte plusieurs règles d’harmonie mondiale la première étant de parvenir au seuil idéal d’une population de 500 millions de personnes, la dernière enjoignant ceux qui ont l’occasion de la lire à « ne pas être un cancer à la surface de la terre » et de « laisser de l’espace à la nature ». C’est sans doute par modestie que Bezos néglige de préciser la part importante qu’il a prise avec son entreprise à la pollution des airs et des mers (puisque l’activité d’Amazon a contribué pour une bonne part aux transports aériens et maritimes par containers – pour donner un petit ordre d’idée, la consommation d’un petit bateau affichant une puissance de 500 CV, à une vitesse de 50 nœuds, sera estimée à 500/3 = 166 litres /heure)
– la seconde hypothèse est que la plupart des milliards d’individus qui composent la population mondiale ne font pas partie de l’humanité, ce qui rend inutile de les inclure dans l’addition.
– Une troisième hypothèse, compatible avec les deux précédentes est que l’extrême richesse est une pathologie mentale. Mais une pathologie opératoire puisque des ressources financières illimitées permettent de modeler le monde selon ses désirs ; ainsi la fondation Bill and Melinda Gates, qui finance tous les organismes de santé du monde dans des proportions variables, notamment les universités qui emploient la plupart des experts médiatiques qui défilent sur les chaînes pour nous dire tout le bien qu’ils nous veulent ; autre exemple, Jeff Bezos, encore lui, qui a acheté le journal Washington Post, probablement dans des intentions meilleures que le milliardaire Xavier Niel qui déclarait : « Quand les journalistes m’emmerdent, je prends une participation dans leur canard et après, ils me foutent la paix. ».

Ma foi, si l’extrême richesse de Jeff Bezos est animée de bonnes intentions… 

Si…

PARTOUT ET NULLE PART

Sorti en 2016, le film d’Yvan Attal intitulé Ils sont partout, n’a guère rencontré de succès. Normal pour un film qui pour développer sa thèse est obligé d’accuser son public. Qui est prêt à payer plus de dix euros pour se faire soupçonner d’antisémitisme pendant près de deux heures, sachant que ceux qui sont susceptibles de ne pas se sentir insultés représentent, selon Attal lui-même 0,2 % de la population mondiale ? Mais, précisons-le, 1 ou 2 % de la population française, ce qui n’en fait pas une minorité invisible ni inaudible pour autant.

OMNIPRÉSENCE
Le titre est culotté. Qui est ce “Ils” ? QUI ? Je vous le demande.
Eh bien il s’agit des antisémites. L’accusation à souvent force de preuve comme il y a vingt ans quand la veule intelligentsia française est tombée sur le dos de Renaud Camus avec la même accusation et que le magazine Les Inrockuptibles a vu dans la judéophilie affichée de l’écrivain une preuve de l’antisémitisme qu’ils lui reprochaient. On ne s’en sort pas. Dans les procès staliniens aussi, les protestations d’innocence étaient considérées comme des signes de culpabilité.
Le film s’adresserait donc à ceux qui ne sauraient pas que nous vivons dans une société où l’antisémitisme est considéré comme LE péché idéologique capital.
Très vite, Ils sont partout gêne – je ne dis pas dérange – et pour de mauvaises raisons. D’abord parce qu’« ils » sont aussi dans la salle de cinéma devant leur écran de télévision à regarder ce film, puisqu’« ils » sont partout. Ensuite parce que, antisémite ou pas, le spectateur se fait sermonner pendant 1h50 ; c’est presque aussi agréable que d’écouter Mathieu Kassovitz ou François Berléand faisant leur leçon de grands bourgeois à propos des Gilets jaunes.
Yvan Attal a oublié une règle essentielle de la comédie : faire rire aux dépens du personnage principal (et peut-être faire rire tout court). Les saynètes qui relient l’ensemble montrant l’acteur-réalisateur jouant son propre rôle chez le psy, sont parfaitement sinistres. On est loin du Woody Allen de Annie Hall.

RIRE OU NE PAS RIRE ?
« Le fait d’être un juif séfarade fait partie de mon identité mais c’est une partie qui reste strictement intime, qui ne fait en rien partie du monde extérieur », confie Yvan Attal, comme son prénom caché, son « prénom de l’intérieur ». Cette notion reste difficile à comprendre pour des gens qui n’ont que des prénoms de l’extérieur. Alors, intime ou pas intime ? Secret ou pas secret ? À quand une comédie sur la franc-maçonnerie ?
Devant son psychiatre, Attal fait semblant de se livrer à une sorte d’examen de conscience pour examiner la mauvaise conscience des autres. C’est tout de même plus confortable (la forme collective de ce travers s’appelle le gauchisme).
Le premier sketch du film suit le mari d’une chef de parti politique d’extrême droite qui se découvre juif. Le personnage joué par Benoît Poelvoorde finit par exercer un chantage auprès de sa femme pour devenir chef de parti à sa place. Attal et la co-scénariste Émilie Frèche leur ont écrit ce dialogue qui survient au moment où sa femme est acculée à céder au chantage de son mari.
« – Je pourrais devenir riche maintenant que je suis juif.
– Tu es une véritable ordure.
– Non : un sale juif.
»
J’imagine le spectateur se tortillant dans son siège : est-ce le goy qui parle et expose ainsi sa bassesse ou le celui qui se découvre soudain juif ? Rire ou ne pas rire ?
On apprend incidemment que le pays idéal pour un dirigeant d’extrême droite est un pays sans noirs, sans arabes, sans juifs. Demandez à l’humoriste Greg Toussaint, qui ne cache pas son admiration pour Jean-Marie Le Pen, ce qu’il en pense. Plus sérieusement, le Front National, quand il s’appelait ainsi, accueillait déjà de nombreux Français d’origine étrangère. La vérité est toujours complexe.
Rappelons aussi, que le pourfendeur de presque toutes les extrêmes droites Bernard-Henri Lévy se bat contre tous les nationalismes… sauf le nationalisme israélien. Elisabeth Lévy le lui avait timidement fait remarquer devant les caméras de télévision, elle n’avait pas insisté , c’est bien regrettable et c’est peut-être la seule fois que cette pétulante journaliste a fait preuve de timidité.
Yvan Attal et sa co-scénariste Émilie Frèche sont-ils bien placés pour faire l’apologie du métissage, qui depuis trente ans marche main dans la main avec “la lutte contre l’extrême droite” ? Nicolas Sarkozy l’était-il ? Yvan Attal est marié avec Charlotte Gainsbourg (nous y reviendrons plus loin) tandis qu’Émilie Frèche est mariée avec un juif séfarade, comme elle. Quant à Nicolas Sarkozy… eh bien lui aussi était un ardent chantre du métissage. Il ne s’agit pas ici, bien sûr, de reprocher à qui que ce soit de choisir des partenaires de la même religion, ethnie, etc.

OCCASIONS MANQUÉES
Les divagations auxquelles se laisse aller Yvan Attal face à son psy sont passablement tordues « Ma femme me dit que je suis totalement obsédé. Par les juifs. Que je ne pense qu’à ça […] On ne peut plus en parler ; […] de toute façon, on ne peut plus parler de rien… ». Profitons-en pour adresser toute notre commisération à Yvan Attal, dont la parole et la liberté d’expression sont à ce point entravées qu’il a été obligé de faire produire un film pour se faire entendre. C’est tout naturellement qu’il passe de ceci à cela : « Je pourrais inventer une application I-phone pour les reconnaître : les antisémites. », ce qui induit une grande confusion : ce raccourci pourrait laisser penser que les juifs et les antisémites sont les mêmes. Qu’on se rassure : il n’en est rien.
Le sketch sur le sujet “les juifs et l’argent” raconte l’histoire d’un juif pauvre dont l’ex femme est détestable : « J’ai épousé le seul juif qui a pas de thunes, c’est possible un truc pareil ? » Elle est méchante, cupide et grossière : une goy. C’est tout de même avec beaucoup d’insistance que le personnage joué par Danny Boon se met à croire que les juifs sont tous riches, bref, à raisonner à la manière dont Attal imagine que le font les goys.
Encore une fois : rire ou ne pas rire ?
Vient le sketch traitant du sujet de la sagesse juive, qui met en scène deux rabbins sympathiques. Il y aurait un potentiel comique à exploiter dans la loi talmudique qui interdit à un juif d’interrompre le sabbat pour venir au secours d’une autre personne en danger… sauf si cette personne est juive elle-même. Yvan Attal n’a pas choisi cette voie et expédie le sujet en 5 minutes.

POLICE DANS LA PENSÉE
« Oui, je suis inquiet je me dis que c’est dans ma tête, qu’il n’y a pas d’antisémitisme […] il paraît que les juifs sont paranos ; c’est vrai que des jeunes qui crient dans la rue “il faut égorger les juifs, c’est normal” (!!!) On insulte tous jours des gens parce qu’ils sont juifs […] mais je dois être le seul à la voir ou à l’entendre…  »
Où Yvan Attal est-il allé chercher qu’égorger qui que ce soit dans la rue – qui que ce soit – était considéré normal ? Ou qu’il serait normal d’insulter les gens en raison d’un trait identifiable ?
Yvan Attal est-il au courant que l’accusation d’incitation à la haine raciale – accusation légalement douteuse puisqu’elle promeut le procès d’intention – peut valoir de la prison ferme ? (mais uniquement s’il s’agit du soupçon d’antisémitisme). Et que cette notion d’incitation à la haine raciale est pour le moins… élastique ?
Au moment où Ils sont partout est sorti, l’écrivain Hervé Ryssen cumulait plusieurs mois de condamnation à la prison, où il a été envoyé par la suite, pour avoir simplement rapporté ce que Soljénitsyne explique en détail dans son livre Deux siècles ensemble (livres publié par Fayard en 2013 sans aucune publicité et vendu presque sous le manteau) c’est-à-dire : la disproportion de juifs parmi les bolchéviques (50 %), coupables d’un génocide du peuple russe, contre la proportion de juifs dans la population russe (5 %). Elisabeth Lévy l’avait écrit dans son livre Les rien-pensants et n’a fait l’objet d’aucune poursuite, ce dont d’ailleurs il faut se réjouir. Hervé Ryssen a par la suite été emprisonné pour des tweets qui ne contenaient aucune incitation à la violence ni aucune insulte. Ses livres extrêmement instructifs et documentés n’ont pas été visés par la justice.

EXAMEN DE CONSCIENCE ?
« Qu’est-ce qu’on aurait fait de mal ? Est-ce qu’on aurait appelé à tuer tout ce qui n’est pas juif ? Non. Est-ce qu’un juif a déjà organisé des pogroms, des autodafés ? »
Les Palestiniens apprécieront le négationisme attalien. À une autre période, l’industrie du goulag qui selon l’historien Sever Plocker (Stalin’s jews) aurait causé dix millions de victimes, soit la moitié du nombre total des victimes du communisme russe, a été l’œuvre d’un certain Yenokh Gershonovich Yagoda.
Attal continue « Les séfarades, à la limite, je veux bien comprendre : on est exubérants, on parle avec les mains… » Oui, Yvan Attal, on reproche aux séfarades ce qu’on trouve sympathique chez les Italiens et les gens du sud.
« … mais les ashkénazes, les pauvres ? Ils sont gentils, ils sont discrets, on dirait presque des goys. » (qu’Yvan Attal soit remercié pour avoir condescendu à ce compliment).
« Alors, quoi qu’on ait fait : pardon, je m’excuse. Je suis juif, je suis désolé, je m’excuse, mea culpa. On porte une croix. En fait, c’est nous les chrétiens. »
Si on n’était pas dans un film de cinéma, je dirais que le fait de s’excuser en prétendant être innocent relève de la communication perverse. L’affirmation audacieuse sert de transition avec le sketch suivant.

CHOUTZPAH ! *
Le sketch suivant risque de ne pas faire rire les catholiques. Sans trop entrer dans les détails, le Mossad envoie 2 000 ans en arrière un de ses agents avec pour mission de faire disparaître Jésus afin d’éradiquer du même coup l’antisémitisme. Lors de sa mission, l’agent rencontre Marie, dont un dialogue écrit à la truelle nous apprend qu’« elle a toujours été légère ».
On inspire, on expire.
L’agent anachronique finira par être pris pour le messie et crucifié. Si le ton reste celui de la comédie, on est loin de la folie des Monty Python et de leur Vie de Brian. Étrange comme le cinéma se permet avec le catholicisme ce qu’il ne se permet pas avec l’islam ou le judaïsme. Il est vrai que c’est sans risques.
Dans le dernier sketch, le président de la République propose un référendum qui donnerait à tous les Français la possibilité de devenir juifs puisque (et j’insiste sur les guillemets)
« Les juifs sont riches et solidaires… »
C’est, jouant son propre rôle, Claire Chazal qui annonce les résultat du référendum national, dont le logo s’inscrit sur une étoile de David, auquel 98 % des Français ont participé… Alors qu’une étoile de David (encore !) vient se superposer à la carte de France, Claire Chazal annonce « Les Français ont voté “oui” à 68 %… Shalom, mes frères. » Tout le pays est en liesse.
Retournant sur le fauteuil d’analysé, Attal se rend compte « Je suis complètement à la masse, je n’en peux plus d’être juif, je rêve d’être goy »… 
Son psychiatre lui demande si sa femme est juive Attal répond : « Oui… Non. » C’est un peu compliqué. Son père [Serge Gainsbourg] est juif, sa mère [Jane Birkin] non. D’un point de vue strictement juif, elle ne l’est pas. Mais avec le nom de son père, pour un antisémite, elle est juive. » Ce qui est une autre manière de dire que … les non-juifs sont sectaires ? Que les juifs sont sectaires ? Intéressant. Ils sont tellement partout qu’ils sont même dans le fauteuil d’Yvan Attal, qui a bien répondu : oui et non. La chauve-souris est-elle un oiseau ou un mammifère ? Oui et non.

Ils sont partout est difficile à aimer. En grande partie à cause de la manière ambivalente dont son auteur tourmenté nous fait part de sa difficulté d’exister. Nous ne pouvons que lui souhaiter de trouver la paix et de revenir avec un film plus généreux.


Pour une analyse critique, historique et religieuse plus poussée, je recommande le film de l’abbé Olivier Rioult, qui est choquant, mais pour des raisons inhabituelles.
https://odysee.com/@lasapiniere:7/ilssontnullepart:b

*Mot hébreu qui signifie : culot monstrueux. Un autre exemple : le psychanalyste Gérard Miller qui avait déclaré sur le plateau de Laurent Ruquier que la France doit autant à l’islam qu’au catholicisme.
Pour d’autres exemples, il suffit de voir Olivier Véran ouvrir la bouche.

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II ABUS ET MALFORMATIONS (3/3)

La falsification du langage opère un sabotage de la langue et peut nous amener à mentir à notre insu.

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II ABUS ET MALFORMATIONS (3/3)

PANDÉMIE
Beaucoup moins grave qu’il n’y paraît, malgré la première syllabe évoquant une onomatopée détonante ; en effet, c’est en 2009 et suite aux pressions de laboratoires pharmaceutiques qui la financent généreusement, que l’OMS a retiré la létalité de la liste des critères de définition de cette notion. Il pourrait s’agir d’une pandémie de rhume ou plus grave de Covid-19 ou de grippe.

PLURIEL
« Ministre des Solidarités » au lieu de « ministre de la Solidarité » se passe presque de commentaire. Cette mise au pas de la langue publique par le pluriel participe de la stratégie « diviser pour régner ». En Belgique, le « festival des libertés » (sic) a repris récemment… soumis au pass sanitaire (qui s’appelle en Belgique « Covid Safe Ticket »).

RACISME/ANTISÉMITISME/ANTIRACISME
Le simple fait qu’il semble y avoir une hiérarchie entre différents types de racisme devrait nous interpeller. La première chose à faire est de revenir au sens et à l’origine des mots. C’est en 1879 que le terme Antisemitismus fait son apparition sous la plume de Wilhelm Marr dans son ouvrage Der Sieg des Judentums über das Germanentum, titre signifiant en français La victoire du judaïsme sur le germanisme.* L’antisémitisme désignait ceux qui étaient « opposés à l’influence des juifs. »
Le premier sens du mot “racisme” a été “théorie de l’inégalité des races” ; depuis quelques décennies, les soi-disant démocraties occidentales ont élevé l’antiracisme au rang de religion d’État ; cela n’empêche pas des études de conclure que les asiatiques seraient plus intelligents que les Européens. Précisons qu’avant l’invention de cette notion de racisme, les tribus africaines belliqueuses ne s’étaient jamais privées de vendre leurs prisonniers de guerre aux esclavagistes chrétiens, mais aussi juifs ou musulmans. La repentance est à géométrie variable puisque la traite arabo-musulmane aura duré une quinzaine de siècles (contre quelques siècles pour la traite transatlantique) et qu’Israël Shahak écrit de son côté :
« j’ai à maintes reprises dénoncé en termes très durs le sionisme et l’oppression des Palestiniens, mais ce qui m’a attiré les pires attaques, c’est un de mes premiers articles, sur le rôle des juifs dans le trafic des esclaves, où je signalais, exemple vérifiable à l’appui, que ce trafic durait encore en 1870 ! Cet article a été publié avant la guerre des Six Jours (1967) ; aujourd’hui, il serait impossible de le faire paraître. » (Histoire juive, religion juive, le poids de trois millénaires ; ce livre très intéressant est disponible gratuitement en ligne)

*Merci à Mike Werbrouck du MIB

“RACISÉ”
Ce mot est la décoration que portent ceux qui disent que les races n’existent pas, prétendant que ce sont les racistes qui les forcent à la porter. La victime imaginaire n’existe pas sans le procès d’intention.
Comme tous les néologismes (“intersectionnel”, etc.) issus de cette idéologie qu’on appellera gauche radicale, marxisme culturel, néo-gauchisme, etc., ce vocable propage la division, qui est l’étymologie de “diable”. Les plaignants se vouent un culte en tant que victimes imaginaires, par filiation, par génération ou par procuration, et peuvent aller jusqu’à retirer leur humanité à leurs prétendus bourreaux, atomisant la question du racisme dans une théorie implicite selon laquelle les racistes blancs seraient une race inférieure ou une catégorie inférieure de l’humanité… Qui a aboli l’esclavage.

REPRÉSENTATIVITÉ (de la démocratie)
Qui cette fameuse démocratie représentative représente-t-elle ?
Les pays membres de l’Union européenne ont abdiqué leur souveraineté. C’est la Commission européenne qui décide de leurs sort via les GOPÉ (grandes orientations des politiques économiques). Ces GOPÉ procèdent d’une hypercentralisation du pouvoir (on en trouvera une illustration saisissante dans le quatrième segment de l’excellent film à sketches argentin Les nouveaux sauvages) et elles sont décidées par des commissaires dont beaucoup ont eu des démêlés avec la justice, ne sont pas élus, délibèrent à huis clos, ne rendent de compte à personne et dont on ne sait précisément d’où ils reçoivent leurs instructions. Ce fonctionnement de société secrète apporte un début de réponse à la question qui ouvre cet article (penser au cercle Bilderberg).

REMPLACEMENT (GRAND)
Notion toxique seulement quand on essaie de nous faire croire qu’il n’existe pas alors que d’une part on observe entre les années quatre-vingts et aujourd’hui une transformation de la population, d’ailleurs officiellement encouragée par l’Union européenne depuis au moins deux décennies « remplacer la population vieillissante par une population d’origine immigrée ». Ce discours culpabilisant masque des intentions cyniques, qui réduisent l’humain à la force de travail, à l’utilitaire – sans parler des contradictions : chômage de masse, automatisation du travail. Le pacte de Marrakech de l’ONU et l’Open Society Foundations du milliardaire George Soros ne visent pas un résultat différent, tandis que dans les grands médias, le “débat” sur l’immigration se limite à discuter sur les conditions d’accueil et que d’autre part le Financial Times nous annonce récemment que « les Européens doivent “se préparer au renouvellement de la population par les Arabes et les Asiatiques” » (replenishment en anglais).

https://www.un.org/press/fr/2000/20000320.pop713.doc.html

RESPECT/RESPECTER :
Le premier ministre québécois François Legault déclare que le port du masque est “une question de respect”. Respect de quoi ? Ce n’est pas une question de politesse et encore moins une question de protection de la santé (sauf si on est malade). Alors : respect de la peur irrationnelle et virale instillée par les gouvernements du monde entier ? Des normes absurdes inventées à la faveur d’une “pandémie”, notion trafiquée par l’OMS en 2009 sous la pression des laboratoires privés qui la financent ? De la superstition selon laquelle les masques protègent contre les virus ? (et les filets de tennis contre les moustiques)
En ne mentionnant pas la chose censée être respectée, on se livre à une simple opération d’intimidation dont l’objectif est effectivement de tenir les gens en respect, comme avec une arme. Dans la vie publique, le respect a remplacé la politesse et la courtoisie. Dans de nombreux domaines, des codes sociaux ont ainsi été remplacés par des notions floues (comme la criminalité, remplacée par « l’insécurité »), qui favorisent toutes les formes de confusion et d’abus.

RESPONSABLE
Employé désormais pour dire son contraire. « Irresponsable » , déclare le ministre belge de la Santé publique Frank Vandenbroucke à propos des personnes qui refuseraient de se voir administrer un vaccin élaboré à la va-vite.
Les fabricants ont obtenu de l’Union européenne des contrats qui les dégagent de toute responsabilité en cas d’effets secondaires ou de décès suite à leur administration. Leur défense se tient : les pays membres de l’Union européenne (après avoir interdit les traitements efficaces tout en nous serinant que nous étions en état d’urgence) avaient exigé des résultats rapides. Pour l’instant, si ces “vaccins” ne sont pas obligatoires, c’est pour qu’en cas d’incident, le sujet de l’expérimentation ne puisse s’en prendre qu’à lui-même, puisque l’acte est « libre et volontaire ». On est toujours libre de céder volontairement à un chantage, à la coercition ou à la menace.
Pour remettre les choses à l’endroit, s’il est une catégorie de la population qui est littéralement irresponsable, ce sont bien les dirigeants de nos belles “démocraties libérales” qui rendent le peuple responsable des décisions qu’ils prennent, et des conséquences de celles-ci.

RÉVISIONNISME
Si un historien ne révise pas l’histoire, il n’est pas historien. L’encyclopédie partiale en ligne Wikipédia (mais partiale, L’encyclopédie de Diderot et d’Alembert l’était aussi puisque c’était une entreprise antichrétienne) nous dit : « La notion de révisionnisme peut également désigner, par abus, la remise en cause de certains aspects de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale par la négation, la minimisation ou la contestation de certains éléments du génocide commis par les nazis. »
En conséquence de quoi a été promulguée en 1990 la loi Gayssot, qui réprime la contestation de crimes contre l’humanité qui furent définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg. Recomptez les victimes des Khmers rouges ou du communisme en général, on ne vous fera pas d’ennuis, on ne vous enverra pas en prison ; on ne vous fera pas de publicité non plus.
La messe est dite puisque dans sa conférence sur la censure, Françoise Chandernagor déclare : « Je rappelle qu’au moins, dans le cas de la loi Gayssot, ce n’était pas le Parlement français tout seul qui avait établi et imposé la vérité historique : il s’était appuyé, pour la qualification des faits, sur un tribunal international, celui de Nuremberg, et sur des accords internationaux, ceux de Londres, intégrés en droit interne. » 
« Imposé la vérité historique ». En dire plus serait risquer de tomber sous le coup de la loi. La loi peut-elle imposer la vérité ? Voilà une bonne question. La pratique montre que oui. Mais la pratique soulève la question de savoir si c’est bien la vérité que la loi impose. La loi empêche de poser cette question.
Question pourtant d’autant plus intéressante que l’article 19 du Statut du Tribunal de Nuremberg stipule que : « Le Tribunal de Nuremberg ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l’administration des preuves. » Et l’article 21 : « Le Tribunal ne demandera pas que soit rapportée la preuve des faits de notoriété publique mais les tiendra pour acquis. »

Le document original est disponible en ligne (les citations se trouvent aux pages aux pages 105 et 106 du document, pages qui se trouvent aux pages 113 et 114 du fichier .pdf. : https://www.un.org/fr/genocideprevention/documents/A_CN.4_5-FR.pdf)

SANITAIRE
Prétexte au dévoiement de pratiques et de notions a priori médicales, et à l’invention de pratiques aberrantes :
– Confinement de populations entières en bonne santé.
– Port du masque pour protéger contre les virus – et pourquoi pas des filets de tennis en guise de moustiquaire ? Cette mesure n’est efficace qu’en cas de symptômes (quand on est symptomatique et qu’a priori, on reste chez soi)
– Objectif de réduction de la circulation du virus ! Pour empêcher qu’un virus circule, il faudrait probablement que chacun vive comme un enfant-bulle ; mais les enfants-bulles vivent ainsi précisément parce qu’ils sont fortement immuno-déprimés. Du reste, la raison d’être d’un vaccin n’a jamais été de réduire la circulation d’un virus mais théoriquement de préparer le système immunitaire à une éventuelle infection.
– Invention du mot “variant”, après qu’on est passé du comptage des morts par le thanatopracteur Jérôme Salomon, au comptage des hospitalisations, puis à celui des cas. On compte aujourd’hui le nombre d’injections justifiant que chacun récupère une partie de sa liberté conditionnelle.
– Pandémie ; mot trafiqué par l’OMS elle-même en 2009, opération qui a eu pour conséquence qu’une pandémie, qui pourrait être de rhume ou de gastro-entérite, peut être déclarée beaucoup plus facilement.
– Distanciation “sociale” ; le système immunitaire ne s’use que quand on ne s’en sert pas. Il a besoin de se frotter au monde pour rester alerte.
– Vaccin ; alors que nous avons affaire à des produits expérimentaux, point sur lequel Olivier Véran a menti, puisque c’est son travail.

-SCEPTIQUE (suffixe)
Le temps de poser des questions sur l’Union européenne, ou sur le réchauffement climatique, de se faire qualifier d’eurosceptique ou de climato-sceptique, on est devenu sans s’en apercevoir euro-suspect ou climato-suspect par le pouvoir et les médias aux ordres. L’étincelante Cécile Duflot avait enfoncé le clou en déclarant que les critiques de la théorie du réchauffement climatique anthropocentré (causé par les émissions de CO2) étaient des « négationnistes ».
De la même manière, le scepticisme vis-à-vis de la vaccination contre la Covid-19, se voit promptement promu au rang de scepticisme contre tous les vaccins, et ses représentants qualifiés dans la foulée d’« antivax » histoire de les rapprocher du complotisme, du populisme et… de l’extrême-droite. Pour mettre tout le monde d’accord, la Cour européenne des droits de l’homme (largement infiltrée par le Open society Foundations de George Soros) a déclaré récemment que la vaccination obligatoire « est nécessaire dans une société démocratique ».
(Voir l’entrée Démocratie dans Toxicologie du langage II 1/3).

SEXUELS (droits sexuels des enfants)
Je me contenterai ici de reprendre la démonstration sans appel d’Ariane Bilheran : les droits étant censés nous protéger contre les pulsions, la notion de droits sexuels, et a fortiori de “droits sexuels des enfants” (“Déclaration des droits sexuels” promue par l’Organisation Mondiale de la Santé) sont un grand motif d’inquiétude.

SYSTÉMIQUE (racisme):
Un peu comme les habits neufs de l’empereur. S’il est invisible et qu’on ne l’explique pas, il est systémique. Inversement, ce qui est visible et explicable est complotiste.

TOLÉRANCE
Selon la définition, on ne saurait tolérer que ce qu’on a le pouvoir d’interdire ou d’empêcher. La tolérance est devenue une obligation imposée de l’extérieur. Résultat, le sujet censé exercer la tolérance disparaît, ne devient plus bon qu’à endurer la tolérance qu’on attend de lui et toutes les conséquences de cette abnégation forcée. Ce qu’on appelle tolérance est en fait, dans la société politiquement correcte un certificat de conformité laïque (donc maçonnique), un devoir de soumission qui participe à la destruction des valeurs occidentales chrétiennes, auxquelles on peut être attaché sans être croyant.

VÉRIFICATEUR DE FAITS (fact-checker)
Cela avait l’air d’une bonne idée quand le terme est apparu il y a quelques années, alors que la pratique existait déjà depuis aussi longtemps que le métier de journaliste, qui a pratiquement disparu. Comme souvent dans les démocraties libérales, l’apparition d’une expression vertueuse signe la disparition de la pratique ; la communication sert à mettre la langue en travers du chemin de la compréhension du monde. Ainsi le travail des vérificateurs de faits consiste à vérifier que les informations concordent avec la légende officielle. On examinera à ce sujet les “rectificatifs” que publie Facebook au sujet des critiques légitimes soulevées par des produits appelés “vaccins” et qui n’en sont pas, élaborés à la va-vite et alors que de traitements ayant fait leurs preuves ont été estimés dangereux quand nous étions en “état d’urgence”.

VOIX
Nous sommes en démocratie représentative, en « hyperdémocratie », dirait Raphaël Enthoven (qui confond probablement hyper et hypo) ; l’outil de l’exercice de notre liberté et de notre pouvoir s’appelle notre voix ; en Belgique lors des dernières élections, une campagne publicitaire nous encourageait : « Faites entendre votre voix ! », comme on encourage les mineurs à participer au parlement des enfants. Notre voix a tellement de pouvoir que cela effraie le vrai pouvoir, qui a heureusement prévu des machines à provoquer leur extinction : les urnes (qui pourraient aussi bien être funéraires).

LES PAROLES SONT DE RAPHAËL ENTHOVEN…

… Et c’est pour cela qu’elles s’envolent

Le 7 août dernier sur Europe 1, le philosophe Raphaël Enthoven prétendait démontrer que « Les manifestations anti-pass sanitaire sont un mouvement liberticide ». Les analyses de Raphaël Enthoven contribuent à perfectionner le raisonnement pervers ou, en langue ordinaire : la mauvaise foi. Prenons ici l’occasion d’exposer cette mauvaise foi, et de saluer une virtuosité qui force le respect.

LIBERTÉ ET CONTAMINATION
« Être libre, ce n’est pas faire ce qu’on veut ». Raphaël Enthoven estime que le mouvement de protestation est « un mouvement liberticide » et qu’ « un monde où chacun peut contaminer l’autre est un monde où nous sommes moins libres qu’un monde où il faut présenter un pass sanitaire à l’entrée d’une boîte de nuit ou d’un restaurant. »
Il n’est pas dans son intérêt de préciser qu’il prend le verbe contaminer dans le sens de « transmettre un virus sans qu’aucune des deux personnes ne soit ni ne tombe malade » (les fameux « cas positifs » dont le diagnostic reste douteux), phénomène qui ne cesserait que si l’entièreté de l’humanité vivait comme des enfants-bulles. Une simple prise de sang suffit à vous dire à quels virus vous avez été exposés sans forcément tomber malade, signifiant que votre système immunitaire est vaillant. En ignorant l’immunité naturelle et les traitements contre la maladie, les politiques gouvernementales ont de facto rendu ce monde moins libre… que celui d’avant. Moins libre qu’un monde soumis au passe sanitaire ? Cela reste discutable.

LIBERTÉ DE MOUVEMENT
« Le pass sanitaire, qui ne restreint aucun de mes mouvements, mais qui les conditionne, n’est pas une atteinte à ma liberté »
Effectivement,  cela s’appelle liberté conditionnelle : on est plus libre que si on était en prison, ce qui est appréciable. C’est en connaisseur que maître Enthoven déclare que les manifestants qui protestent contre la mise en place de ce dispositif ont « une définition folle de la liberté ».
Maître Enthoven est philosophe mais piètre pisciculteur ; les poissons, il les noie :
« Le propre d’une liberté en société, c’est qu’elle trouve ses limites dans la liberté de l’autre » C’est beau, on dirait du Raphaël Enthoven.
C’est bien de liberté conditionnelle qu’il parle, il faut le garder à l’esprit quand il déroule la platitude sur la liberté qui s’arrête là où commence celle des autres. Non : elle s’arrête là où le bracelet électronique commence à sonner.
Très en forme, il continue : « En réalité, le mot de “liberté” est ici le cache-sexe d’une détestation arbitraire du vaccin qui se maquille en refus du pass sanitaire. »
Tout en ne résistant pas à une une allusion espiègle à notre premier ministre, Raphaël Enthoven ne pouvait résister plus longtemps au procès d’intention. Il a tous les talents : psychologue des foules, médium… 
« Le mouvement d’aujourd’hui est un mouvement liberticide », affirme Raphaël Enthoven, tellement en forme qu’il n’en est pas à une inversion accusatoire près.
Encore une fois apportons une petite rectification : “liberté conditionnellicide”

LIBERTÉ ET OBSCURANTISME
La contestation est-elle teintée de rejet de la science ? « De ce point de vue, il est extrêmement compliqué de défendre la science ou de montrer qu’il n’y a rien de totalitaire dans le fait de dire que deux et deux font quatre, ou dans le fait d’imposer aux gens d’être vaccinés ».
Or c’est la propagande d’État qui repose précisément sur le rejet de la science, le refus de soigner (interdiction et censure des traitements) et la soumission aux intérêts privés. Pour George Orwell, la liberté, c’est précisément de dire deux plus deux font quatre ; ou qu’une manifestation pour la liberté est… une manifestation pour la liberté.

LIBERTÉ ET HYPER-DÉMOCRATIE
À la fin de sa péroraison, encouragé par un journaliste plus que complaisant, Raphaël Enthoven, nous informe que « nous sommes en hyper-démocratie ». Comme les manifestations anti-pass sont pour lui un sombre écho des Gilets jaunes, on peut se demander où est le demos (peuple ) qui exerce son Kratos (pouvoir). Il évoque aussi rapidement l’utilisation de l’étoile jaune et la référence à l’apartheid : « ignobles », les qualifiant de « négationnisme par reconnaissance » par opposition à « négationnisme par négation ». Tout se fait plus clair.
Plus sérieusement, on pensera ce qu’on veut de l’utilisation de ces symboles : le pass sanitaire nous dirige de facto vers une société où la discrimination est la norme. Enthoven croit à la fin balayer d’un revers de la main et disqualifier les accusations de totalitarisme dirigées contre le gouvernement français, en rappelant que ces accusations sont vieilles de deux cents ans. Il a raison : ce que nous vivons actuellement est une conséquence de l’hyper-centralisation  du pouvoir qui a commencé avec la Révolution française ; et la martingale : peuple souverain, dont on voit le résultat aujourd’hui, dans les propos farfelus de maître Enthoven.

LIBERTÉ ET CONCLUSION
Enfin, comme il sait faire de belles phrases, d’une voix très agréable à entendre, – il ne manquerait que Carla Bruni pour l’accompagner à la guitare et Olivier Véran au pipeau – il conclut que la critique d’un état totalitaire est le symptôme, d’une pathologie et que cette pathologie est « le sentiment qu’en démocratie on est absolument souverain et maître de ses actes, ce qui est une illusion délétère »

À ceci près que l’illusion délétère, c’est ce mot utilisé contre nous par l’ennemi : démocratie.

(podcast : ici)

Illustrations : trompe l’œil de Georges Rousse

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II (2/3)

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II ABUS ET MALFORMATIONS (2/3)

Plus grave que le mensonge, la falsification du langage opère un sabotage de la langue de l’intérieur. Elle peut nous amener à mentir à notre insu, puisque le premier devoir de toute langue devrait être de nommer le réel (voir par exemple la richesse des jargons de métiers). À cet égard, la novlangue inventée par George Orwell dans 1984 était de l’artisanat en comparaison avec les inventions de l’ingénierie de ces dernières années. La falsification du langage requiert qu’on traduise le français… en français. C’est l’objet de cette revue. 

FACHOSPHÈRE
Voici pour s’amuser, la définition du Larousse. Fachosphère : Ensemble des partis politiques de la mouvance fasciste et, plus largement, d’extrême droite. Par extension. Ensemble des sites Internet, blogs, réseaux sociaux, etc., liés à l’extrême droite ou défendant ses idées
Le Larousse, qui ne s’embarrasse pas de scrupules, devrait préciser avant tout que le vocable “fachosphère” est employé comme invective par la gauche radicale, pour qui le terme fasciste ou “facho” sont des insultes archétypales. Les insultes n’étant pas des arguments, l’emploi contemporain de ces noms d’oiseaux n’a pas tant une définition qu’une fonction : celle de repoussoir. Précisons que le “gauchiste” (c’est-à-dire l’extrémiste de gauche, qui ne poussera jamais le devoir de mémoire jusqu’aux crimes innombrables du communisme) est beaucoup plus facile à identifier  objectivement que le “fasciste” puisqu’il s’inscrit dans la continuité révolutionnaire depuis au moins 1789 et qu’il a été conceptualisé dans les années soixante par Herbert Marcuse et l’école de Francfort, comme ennemi de l’occident et de son héritage.
Les “fascistes” sont essentiellement ceux qui sont désignés ainsi par le pouvoir mondialiste. 
Du terme fasciste, le Petit Robert, plus scrupuleux que le Larousse, nous apprend qu’il « se dit aussi, dans les polémiques, d’un adversaire de droite considéré comme partisan d’un régime autoritaire. “Les communistes disent toujours de leurs ennemis qu’ils sont des fascistes.” » 
Cela soulève deux questions. La première : faut-il considérer que les régimes de Lénine, de Staline, de Pol Pot et de Mao n’étaient pas autoritaires ? La seconde : sans vouloir faire de peine à personne : que dire du fait que le Troisième Reich allemand était dirigé par un parti qui s’appelait national-socialiste
Aussi peu avare de néologismes que de contradictions, la gauche radicale crée les amusants : complosphère et cathosphère (Le Monde), allusion à atmosphère et à la nauséabondance de tous ceux qui ne pensent pas comme il faut. Qui pensent, donc. 
Pour y remettre un peu d’ordre, rappelons que l’appellation de fasciste (mais aussi populiste, complotiste, etc.) sert à discréditer les personnes et les mouvements qui prétendent s’opposer à l’idéologie mondialiste, ou simplement en critiquer les innombrables manifestations (tous les pseudo-mouvements de « défense des minorités » qui sont en fait des officines de destruction et de division). 

FÉMINISME (radical)
Idéologie revendiquée par une catégorie de femmes autrefois désignées à la sagesse populaire sous le vocable de mégères ou harpies ; le terme est devenu désuet, les mégères n’ont pas disparu pour autant. Comme tous les mouvements radicaux de contestation (on pourrait dire : fondamentalistes), antiracistes, environnementaux, et cætera, ce ne sont plus des mouvements de défense mais d’agression, de division et de destruction. 
Quant au féminisme “classique”, il aura été la cause de Gisèle Halimi, une femme très intelligente mais peut-être un peu désorientée. C’est dans sa communauté, dans les synagogues, qu’elle avait constaté l’exclusion des femmes (elle le raconte dans ses mémoires Le lait de l’oranger, Gallimard, 1988). Dans son film Yentl, Barbra Streisand dit que pour étudier, une femme juive orthodoxe doit se grimer en homme. Gisèle Halimi a peut-être un peu hâtivement généralisé cette cause.
Plus généralement, les féministes européennes, critiquent le statut de la femme sans savoir que c’est au XIXe siècle, après la Révolution, donc, que ce statut a été le plus inégalitaire : elles étaient considérées comme des mineures et n’avaient aucun droit. Cela a été une conséquence directe de la Révolution et du code Napoléon (le code civil) : interdiction d’accès aux lycées et aux universités, de signer un contrat, de participer à la vie politique, de travailler sans l’autorisation du mari, de toucher elles-mêmes leur salaire, de voyager à l’étranger sans autorisation… répression très dure de l’adultère pour les femmes (ce qui explique davantage le scandale causé par le roman de Flaubert Madame Bovary), absence de droits pour les filles-mères et les enfants naturels…

GENRE (et “transgenre”)
Une des innombrables opérations de prestidigitation et de castration mentale menées par la gauche radicale consistant à faire disparaître la notion de sexe biologique en décrétant que ce serait une “construction sociale”, en le remplaçant par le mot “genre”, qui en biologie ne veut pas dire grand-chose. Nos pérégrinations sur Youtube nous auront permis de tomber sur la réflexion de la transsexuelle canadienne Ella Grant, (uniquement en anglais malheureusement) en porte-à-faux avec le mouvement LGBT, etc. qui leur dame le pion en répliquant que la transsexualité n’est pas à promouvoir car d’une part ce n’est ni un choix ni l’expression d’une liberté car c’est une grande source de souffrance pour les personnes qu’elle touche (avec un taux de dépression et de tentatives de suicide largement supérieur à la moyenne). Les fanatiques de la “non-binarité” et de la “transidentité” (sic) prétendent que le sexe (qu’ils appellent, donc systématiquement genre) est une construction sociale et qu’il est assigné à la naissance par une société autoritaire. Ella Grant leur répond que ce n’est pas le sexe (même si Ella Grant emploie le mot “gender”) mais la notion de “non-binarité” qui est une construction sociale. 
La notion de sexe biologique en tant que fait scientifique (rappelons que la sexualité, en biologie, n’est qu’un des modes de reproduction du vivant) est une des nombreuses cibles de la gauche radicale (et mondialiste, même si dans le meilleur des cas elle se réclame de l’alter-mondialisme), qui va jusqu’à s’attaquer, au nom de la “liberté”, à l’enfance, en lui inventant de prétendus “droits sexuels”… 

GOUVERNEMENT MONDIAL
Cette notion peut sembler désirable a priori puisque c’est ainsi que ses publicistes (Jacques Attali en premier) veulent nous la présenter (en nous faisant croire, ce qui n’est jamais bon signe, que nous n’avons pas le choix). Pour commencer à y réfléchir, il suffit de commencer à s’imaginer ce que ce gouvernement mondial suppose d’uniformisation, ce qu’on appelle un projet communiste, avec son ingénierie du nouvel homme, sous la forme du transhumanisme. Nous n’employons pas le mot communiste à la légère puisque dans son film promotionnel de la grande réinitialisation, on nous annonce un monde « où vous ne posséderez rien et où vous serez heureux, où tout vous sera livré par drone ». C’est-à-dire un monde où vous ne pourrez rien léguer à vos enfants. 
À ce sujet, on relira avec profit Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley. 

HAINE (et “contenus haineux”)
Il est assez étrange de vivre dans une société qui nomme à votre place ce que vous êtes censé ressentir, et qui légifère sur ces sentiments. Rappelons que la loi est censé réprimer des actes (avec les nuances que sont le crime passionnel qui est une circonstance atténuante, et la préméditation, qui est une circonstance aggravante). C’est peut peut-être moins étrange si l’on rapproche cette dérive des périodes de Terreurs révolutionnaire et stalinienne, où la preuve de votre culpabilité de conspiration contre le régime résidait dans l’accusation même. 
Le concept de haine semble englober, pour les disqualifier, toute tentative de discours critique sur certains groupes ethniques raciaux ou religieux, d’ailleurs inégaux sur le plan du droit puisque la haine de l’Occident est partout encouragée (voir le phénomène BLM). 
Quant à la notion de “contenus haineux”, elle sert à empêcher qu’ait lieu un débat, voire la simple publicité de certaines hypothèses : toutes celles qui vont à l’encontre du politiquement correct et de l’idéologie mondialiste. 
Loin de nous l’idée de nier que la haine ne puisse pas mener au crime mais dans ce cas, elle est loin de se limiter au crime racial. 
En réalité, sous prétexte de lutter contre la haine, la “justice des démocraties libérales transforme en sentiment l’expression de certains faits de manière à en dissuader l’expression. 

INCLUSION (écriture inclusiv.e) 
Rappelons que là où la convention rassemble (c’est son rôle et presque une lapalissade), l’écriture inclusive, naturellement laide et illisible, divise (à commencer par ses partisans, qui ne se mettent pas d’accord sur la manière dont elle doit être marquée). Notons que la division est l’étymologie de “diable”. 

“LIBÉRATION” (de la parole)
C’est ainsi qu’on a parlé de mai 68. Cinquante ans plus tard, ceux qui se réjouissaient de cette libération ne parlent plus de celle qui a lieu aujourd’hui que pour la déplorer. Ce n’est d’ailleurs pas tant une libération qu’un échec de l’incarcération totale de toute parole dissidente, “complotiste”. 

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ
Toxique car frauduleux. C’est aussi et d’abord la devise de la franc-maçonnerie. Elle est affichée dans toutes les loges. 
Quand on voit l’état de la justice en France, on se demande qui cette belle devise concerne et protège réellement. Sur le plan strictement logique, si nous sommes libres, nous ne pouvons être égaux. Le principe d’égalité est celui au nom duquel la Révolution française a fait abolir les privilèges ; l’école de la République nous somme de nous réjouir de cette abolition, en prenant la précaution de faire oublier ce qu’ils étaient réellement : les droits particuliers (et non les privilèges des aristocrates), c’est-à-dire locaux, qui avaient une justification historique, culturelle, géographique, passés au rouleau compresseur de la centralisation du pouvoir, (qu’on appelle Révolution française) qui nous enlève toute prise sur notre environnement immédiat. 
Quant à la fraternité, elle fait une belle jambe à des “citoyens”à qui on peut retirer tous leurs droits de la manière la plus arbitraire, comme on le constate depuis mars 2020 et le seul pouvoir de payer des impôts, d’en subir les conséquences et de se consoler en croyant à la démocratie “représentative”. La question reste de savoir : qui cette démocratie représente-t-elle vraiment ? 
À propos de la franc-maçonnerie, François Hollande déclarait en 2017 (avec la syntaxe approximative qui est sa signature) : « En voulant s’attaquer à la franc-maçonnerie, c’est la République qui était visée. » Tandis que Vincent Peillon nous explique ici que la franc-maçonnerie est « la religion de la République », par quoi il veut dire qu’elle est la religion de ceux qui se font appeler “l’élite”, tandis que le peuple en est réduit à adorer de force la laïcité. 

-PHOBE (suffixe)
La phobie, peur irrationnelle est systématiquement amalgamée à la haine par un vocabulaire stratégiquement approximatif ; notons au passage que les anti-amalgames sont contre les amalgames qu’ils attribuent aux autres. Si la peur et la haine étaient la même chose, on n’aurait pas besoin de deux mots pour les nommer. 
Ainsi il était “homophobe” d’exprimer des réserves sur le nébuleux “mariage pour tous”, imposé sans consultation populaire (je précise que l’auteur de ces lignes était potentiellement bénéficiaire de ce projet mais qu’il trouvait un peu fort de café que cette “proposition” ne fasse pas l’objet d’une consultation populaire, vu sa nature propre à bouleverser la société, ce qui était d’ailleurs son but). 

POPULISME
A remplacé “démagogie”. Pourtant si la démocratie représentative n’est pas un mensonge, elle est populiste en tant qu’elle serait censée représenter le peuple. Si c’est un mensonge… Dans les deux cas, il serait urgent de savoir qui elle représente. 
En France, la démagogie est le fondement de l’illusion démocratique puisque le président est élu sur des promesses que rien ne l’oblige à tenir (selon la Constitution de la Ve république) 
Pour revenir au populisme, il est clair depuis très longtemps, au moins depuis la naissance de l’antiracisme, que s’il est une catégorie de personnes qu’il est permis de mépriser et d’insulter, c’est bien le peuple, à partir du moment* où il est blanc. 

* cette conjonction est à comprendre dans le sens de la condition et non de la temporalité. 

POST (préfixe de postmoderne) : 
La modernité est l’ère que nous faisons remonter à la Révolution et à la révolution industrielle, donc matérialiste, histoire d’idéaliser cette modernité qui tourne le dos à la spiritualité et au christianisme. 
Postmoderne était déjà démodé, comme tout ce qui avait court avant 2020. Les définitions d’un concept aussi fumeux ne manquent pas et le fait qu’il soit fumeux ne l’a pas empêché de donner lieu à toute une littérature pédante. Les ères ont toujours été définies a posteriori ; le terme « Moyen Âge » a été inventé en 1688 par un protestant allemand, Christophe Keller, et sert à faire croire que mille ans de catholicisme ne sont qu’une transition anecdotique et longuette entre l’Antiquité et la Renaissance – les prémisses de la modernité. Avec le qualificatif postmoderne, déterminer l’époque dans laquelle nous sommes immergés comme si nous avions le recul nécessaire pour la comprendre peut sembler présomptueux mais a une fonction : faire croire que l’homme est en avance sur lui-même.

POST-VÉRITÉ (et “fake news”) : 
L’expression de Fake news aurait été popularisée par Donald Trump répondant à ses critiques. En fait, c’est plutôt la presse internationale qui s’est précipitée sur l’aubaine : le président qu’elle dénigrait systématiquement venait d’employer l’expression de Fake news (fausse nouvelle), ce qui était censé suffire à prouver que la falsification était obligatoirement dans le camp de Donald Trump (raisonnement sectaire). 
Les médias anti-complotistes, par le fait d’une admirable unanimité, ne voient de vérité ni de complots nulle part. Leur rôle est d’entretenir une amnésie collective : ils ont promptement fait croire que les “fake news” étaient un phénomène inventé par le président américain en fonction pour faire taire ses critiques. En France, il s’agirait de faire croire que “fake news” n’avait rien à voir avec “fausses nouvelles” (déjà interdites par la loi), puisque le gouvernement allait juger nécessaire d’inventer une loi contre cet anglicisme. 
Dans un pays où le pouvoir ne sait plus ce que c’est que d’avoir honte de quoi que ce soit, le journal Le Monde (partiellement financé par la Fondation Bill and Melinda Gates en 2019 et 2020) a créé le Décodex. 
Incidemment, le terme “post-vérité” est pris très au sérieux sur France Culture, qui tend volontiers un micro aux inventeurs d’eau tiède, comme un certain Sébastien Diéguez, qui pérore sur le “bullshit” pendant une heure sans s’apercevoir que cette notion existe depuis longtemps en français sous le nom de baratin. Il est plus important de maîtriser la pratique que la théorie. 

Illustrations : Alex Eckman-Lawn (détails)

Pour la première partie de Toxicologie du langage, c’est ici ou

HONORÉ DE LIRE BALZAC (1)

ILLUSIONS PERDUES, LE PÈRE GORIOT

Je croyais ne pas beaucoup aimer Balzac, et depuis longtemps. Je me souvenais d’une époque où je  le trouvais peu subtil (et effectivement, il lui arrive de l’être). J’ai lu il y a quelques années une bonne partie d’un de ses gros romans La cousine Bette, et une petite partie de la nouvelle : Le colonel Chabert. La cousine Bette m’avait pourtant favorablement impressionné : s’il ne s’y passe pas grand-chose, il n’est jamais ennuyeux. Je l’ai tout de même refermé en pensant que Balzac n’était pas pour moi. Mais une œuvre aussi monumentale engendre forcément des malentendus, et puis on mûrit. Aujourd’hui, j’ai un Balzac en cours de (re)lecture (Eugénie Grandet, dont je suis déjà récompensé)  plusieurs en attente dans mes rayons Splendeurs et misères des courtisanes, César Birotteau, Les employés, L’envers de l’histoire contemporaine et plusieurs livres à diverses phases d’expédition dont Le cousin Pons, l’essai sur la nouvelle Sarrasine écrit par Roland Barthes, le sémiologue pisse-froid, que j’ai beaucoup lu il y a très longtemps (dont une formule l’a perdu aux yeux de l’intelligence : « La langue est fasciste »…)

Que s’est-il passé ? 
Il s’est passé que j’ai fini par lire Illusions perdues. Quand on est déçu par l’humanité, on l’échange volontiers contre une autre. Elle a beau être imaginaire, l’humanité de Balzac, c’est un sang plus fort et plus dense que celui de nos contemporains qui coule dans ses veines, un sang qui sera parfois versé. Il faut aussi préciser que les fameuses illusions perdues ne sont pas celles qu’on croit, pas celles de la personne qu’on croit. 
Illusions perdues est un gros roman, très dense, probablement le plus dense de la Comédie humaine. avec Splendeurs et misères des courtisanes. Quoique les premières pages soient ardues, on est happé très vite car un des attraits de Balzac est que c’est une machine – mais une machine qui a du cœur. En guise d’introduction, il nous explique en détails le fonctionnement d’une imprimerie et le métier d’imprimeur. C’est compliqué, on y apprend beaucoup de choses et bien qu’il faille s’accrocher (et  peut-être pour cette raison) on peut compter sur l’auteur pour que ce ne soit pas ennuyeux. Car Balzac n’est jamais ennuyeux, même quand il est mauvais. 
Balzac est aussi une machine à remonter le temps. Le temps de ses romans est aussi le temps de l’histoire ; il y est fait référence à des massacres de masse, la Terreur, qui ont eu lieu en France une trentaine d’années plus tôt, c’est-à-dire, si nous transposions l’action des romans à notre époque, des massacres que les parents de toute personne de plus de 15 ans auraient connus. Soit dit en passant, ces massacres, l’école de la République, qui nous fait lire Balzac, préfère les taire et  colporter une image idéalisée de la Révolution française (révolution maçonnique qui a donné à la République sa devise trompeuse : Liberté, égalité, fraternité). Les romans de Balzac se passent donc à une époque intéressante. Lucien de Rubempré fréquentera un cercle d’écrivains et de journalistes où républicains et monarchistes nouent des relations d’amitié au-delà des chapelles politiques et idéologiques. Le gauchisme n’existait pas encore.  
Ce gros roman qui n’est pas divisé en chapitres consiste en trois parties, peut-être quatre. La première partie évoque les débuts dans la société d’Angoulême du poète Lucien Chardon, qui reprendra le nom de jeune fille de sa mère pour se faire appeler Lucien de Rubempré. 
L’observation des notables angoumoisins est l’occasion de montrer ce qui contribue à la jouissance de la lecture de Balzac : sa curiosité vorace pour la société et pour l’humanité. Ses descriptions même quand elles sont drôles, ne sont jamais méprisantes, notamment ces deux portraits, laissera au lecteur le souvenir d’une rencontre : 

Astolphe [de Saintot] passait pour être un savant du premier ordre. Ignorant comme une carpe, il n’en avait pas moins écrit les articles Sucre et Eau-de-Vie dans un Dictionnaire d’agriculture, deux œuvres pillées en détail dans tous les articles des journaux et dans les anciens ouvrages où il était question de ces deux produits. Tout le Département le croyait occupé d’un Traité sur la culture moderne. Quoiqu’il restât enfermé pendant toute la matinée dans son cabinet, il n’avait pas encore écrit deux pages depuis douze ans. Si quelqu’un venait le voir, il se laissait surprendre brouillant des papiers, cherchant une note égarée ou taillant sa plume ; mais il employait en niaiseries tout le temps qu’il demeurait dans son cabinet : il y lisait longuement le journal, il sculptait des bouchons avec son canif, il traçait des dessins fantastiques sur son garde-main, il feuilletait Cicéron pour y prendre à la volée une phrase ou des passages dont le sens pouvait s’appliquer aux événements du jour ; 

Quelqu’un qui sculpte des bouchons avec son canif ne peut pas être très mauvais.

Et un autre portrait lui emboîte le pas : 

Monsieur de Bartas, nommé Adrien […] chantait les airs de basse-taille et […] avait d’énormes prétentions en musique. L’amour-propre l’avait assis sur le solfège : il avait commencé par s’admirer lui-même en chantant, puis il s’était mis à parler musique, et avait fini par s’en occuper exclusivement. L’art musical était devenu chez lui comme une monomanie ; il ne s’animait qu’en parlant de musique, il souffrait pendant une soirée jusqu’à ce qu’on le priât de chanter. Une fois qu’il avait beuglé un de ses airs, sa vie commençait : il paradait, il se haussait sur ses talons en recevant des compliments, il faisait le modeste : mais il allait néanmoins de groupe en groupe pour y recueillir des éloges ;

La deuxième partie décrit la rapide ascension parisienne de Lucien, de la poésie et la vie de bohème au succès journalistique et littéraire ; on en apprend au passage de belles sur les trafics des libraires éditeurs et les fausses polémiques publicitaires pour lesquelles un journaliste écrit un article à charge dans un journal et sous un autre nom une réponse outrée pour piquer les ventes ; c’était il y a bien longtemps… On découvre aussi le milieu du théâtre où une actrice Coralie tombe amoureuse de Lucien. Coralie est entretenue par le richissime Camusot, dont l’amour le pousse jusqu’à l’abnégation. Chez Camusot, l’argent est la manifestation d’un véritable amour ; et Balzac montre bien que dans une société matérialiste, l’argent une manifestation révélatrice du meilleur et du pire. 
La liaison de Lucien de Rubempré avec une femme mariée, Marie-Louise Anaïs de Bargeton (la description de son mari est un autre chef-d’œuvre comique), sera pour Lucien le tremplin pour la vie parisienne, où le poète se transformera tout naturellement en journaliste. Non sans que Balzac nous ait gratifié au passage de la description saisissante du restaurant Flicoteaux. Lucien y fera les rencontres déterminantes, pour qui veut connaître sa nature, de d’Arthez (personnage admirable que Lucien finira par négliger par ambition) et, pour sa carrière, de Lousteaux. 
En refermant le roman, il nous en viendrait des souvenirs nostalgiques : « Ah, quand j’étais jeune au dix-neuvième siècle et que je fréquentais le restaurant Flicoteaux, je me souviens un jour, j’étais assis juste à côté de Lucien de Rubempré et de son ami Lousteaux, et je n’ai rien perdu de leur conversation… »
 Comme l’a remarqué Oscar Wilde : « Une lecture de Balzac transforme nos amis en autant d’ombres et nos connaissances en ombres d’ombres. Ses personnages ont une existence brûlante et furieusement colorée. Ils nous dominent et défient tout scepticisme. »
La troisième partie nous ramène à Angoulême où le récit se déporte vers Ève, la sœur de Lucien, et son mari, David Séchard, qui est aussi le meilleur ami de Lucien, les personnages principaux, devront affronter une machiavélique conspiration financière et juridique, qui a pour but de confisquer à David Séchard la paternité de son invention d’un papier révolutionnaire. Déjà s’est installé dans la vie économique l’esprit rapace qui découle peut-être de la révolution et de plus loin.  Balzac nous explique au passage que la malédiction de l’inventeur est le brevet de perfectionnement, qui suffit à le spolier totalement de ses droits sur ce qui peut être le travail d’une vie. 

Je passerai assez vite sur Le père Goriot, que je recommande néanmoins (tout comme je recommande le mal fichu mais très divertissant Ferragus, ne serait-ce que pour son côté boîte à trésors) pour la longue description de la pension Vauquer (Eugénie Grandet commence par la description de Saumur), scrupule et souci obsessionnel de Balzac qui contribue bien sûr à ses qualités psychotropes, c’est-à-dire : qui font voyager l’esprit (je me réjouis d’autant plus de le découvrir en la période passionnante et anxiogène que nous traversons). Le père Goriot présente les faiblesses de Balzac qui sont liées à sa générosité : le sentimentalisme mélodramatique de certaines scènes. Je leur préfère les scènes de repas à la pension et toutes les scènes faisant intervenir Vautrin, le grand criminel inspiré par Vidocq qui fait les yeux doux aux Rastignac et aux Lucien de Rubempré, et incarnant la philosophie profondément cynique des sociétés matérialistes – une philosophie qu’on peut qualifier de sataniste, comme il en fait d’ailleurs l’aveu à mots à peine couverts lors de son long discours de séduction adressé à Lucien de Rubempré. 
Notons que cette philosophie est assumée de nos jours par les langues fourchues de Christine Lagarde (« Aimez l’argent comme [le font] les rappeurs »), de Nicolas Sarkozy pour qui la valeur d’un être humain se mesure à la Rolex qu’il porte au poignet, ou d’un Emmanuel Macron parlant de « ceux [d’entre nous] qui ne sont rien. » 
Mais Lagarde, Sarkozy ou Macron n’ont pas eu la chance d’être créés par un Balzac. Personnages intéressants, on aimerait quand même les savoir enfermés entre les pages d’un livre…
Et, on peut rêver, passés au pilon. 

(à suivre)

Image : portrait de Balzac par Eduardo Arroyo

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