HONORÉ DE LIRE BALZAC (1)

ILLUSIONS PERDUES, LE PÈRE GORIOT

Je croyais ne pas beaucoup aimer Balzac, et depuis longtemps. Je me souvenais d’une époque où je  le trouvais peu subtil (et effectivement, il lui arrive de l’être). J’ai lu il y a quelques années une bonne partie d’un de ses gros romans La cousine Bette, et une petite partie de la nouvelle : Le colonel Chabert. La cousine Bette m’avait pourtant favorablement impressionné : s’il ne s’y passe pas grand-chose, il n’est jamais ennuyeux. Je l’ai tout de même refermé en pensant que Balzac n’était pas pour moi. Mais une œuvre aussi monumentale engendre forcément des malentendus, et puis on mûrit. Aujourd’hui, j’ai un Balzac en cours de (re)lecture (Eugénie Grandet, dont je suis déjà récompensé)  plusieurs en attente dans mes rayons Splendeurs et misères des courtisanes, César Birotteau, Les employés, L’envers de l’histoire contemporaine et plusieurs livres à diverses phases d’expédition dont Le cousin Pons, l’essai sur la nouvelle Sarrasine écrit par Roland Barthes, le sémiologue pisse-froid, que j’ai beaucoup lu il y a très longtemps (dont une formule l’a perdu aux yeux de l’intelligence : « La langue est fasciste »…)

Que s’est-il passé ? 
Il s’est passé que j’ai fini par lire Illusions perdues. Quand on est déçu par l’humanité, on l’échange volontiers contre une autre. Elle a beau être imaginaire, l’humanité de Balzac, c’est un sang plus fort et plus dense que celui de nos contemporains qui coule dans ses veines, un sang qui sera parfois versé. Il faut aussi préciser que les fameuses illusions perdues ne sont pas celles qu’on croit, pas celles de la personne qu’on croit. 
Illusions perdues est un gros roman, très dense, probablement le plus dense de la Comédie humaine. avec Splendeurs et misères des courtisanes. Quoique les premières pages soient ardues, on est happé très vite car un des attraits de Balzac est que c’est une machine – mais une machine qui a du cœur. En guise d’introduction, il nous explique en détails le fonctionnement d’une imprimerie et le métier d’imprimeur. C’est compliqué, on y apprend beaucoup de choses et bien qu’il faille s’accrocher (et  peut-être pour cette raison) on peut compter sur l’auteur pour que ce ne soit pas ennuyeux. Car Balzac n’est jamais ennuyeux, même quand il est mauvais. 
Balzac est aussi une machine à remonter le temps. Le temps de ses romans est aussi le temps de l’histoire ; il y est fait référence à des massacres de masse, la Terreur, qui ont eu lieu en France une trentaine d’années plus tôt, c’est-à-dire, si nous transposions l’action des romans à notre époque, des massacres que les parents de toute personne de plus de 15 ans auraient connus. Soit dit en passant, ces massacres, l’école de la République, qui nous fait lire Balzac, préfère les taire et  colporter une image idéalisée de la Révolution française (révolution maçonnique qui a donné à la République sa devise trompeuse : Liberté, égalité, fraternité). Les romans de Balzac se passent donc à une époque intéressante. Lucien de Rubempré fréquentera un cercle d’écrivains et de journalistes où républicains et monarchistes nouent des relations d’amitié au-delà des chapelles politiques et idéologiques. Le gauchisme n’existait pas encore.  
Ce gros roman qui n’est pas divisé en chapitres consiste en trois parties, peut-être quatre. La première partie évoque les débuts dans la société d’Angoulême du poète Lucien Chardon, qui reprendra le nom de jeune fille de sa mère pour se faire appeler Lucien de Rubempré. 
L’observation des notables angoumoisins est l’occasion de montrer ce qui contribue à la jouissance de la lecture de Balzac : sa curiosité vorace pour la société et pour l’humanité. Ses descriptions même quand elles sont drôles, ne sont jamais méprisantes, notamment ces deux portraits, laissera au lecteur le souvenir d’une rencontre : 

Astolphe [de Saintot] passait pour être un savant du premier ordre. Ignorant comme une carpe, il n’en avait pas moins écrit les articles Sucre et Eau-de-Vie dans un Dictionnaire d’agriculture, deux œuvres pillées en détail dans tous les articles des journaux et dans les anciens ouvrages où il était question de ces deux produits. Tout le Département le croyait occupé d’un Traité sur la culture moderne. Quoiqu’il restât enfermé pendant toute la matinée dans son cabinet, il n’avait pas encore écrit deux pages depuis douze ans. Si quelqu’un venait le voir, il se laissait surprendre brouillant des papiers, cherchant une note égarée ou taillant sa plume ; mais il employait en niaiseries tout le temps qu’il demeurait dans son cabinet : il y lisait longuement le journal, il sculptait des bouchons avec son canif, il traçait des dessins fantastiques sur son garde-main, il feuilletait Cicéron pour y prendre à la volée une phrase ou des passages dont le sens pouvait s’appliquer aux événements du jour ; 

Quelqu’un qui sculpte des bouchons avec son canif ne peut pas être très mauvais.

Et un autre portrait lui emboîte le pas : 

Monsieur de Bartas, nommé Adrien […] chantait les airs de basse-taille et […] avait d’énormes prétentions en musique. L’amour-propre l’avait assis sur le solfège : il avait commencé par s’admirer lui-même en chantant, puis il s’était mis à parler musique, et avait fini par s’en occuper exclusivement. L’art musical était devenu chez lui comme une monomanie ; il ne s’animait qu’en parlant de musique, il souffrait pendant une soirée jusqu’à ce qu’on le priât de chanter. Une fois qu’il avait beuglé un de ses airs, sa vie commençait : il paradait, il se haussait sur ses talons en recevant des compliments, il faisait le modeste : mais il allait néanmoins de groupe en groupe pour y recueillir des éloges ;

La deuxième partie décrit la rapide ascension parisienne de Lucien, de la poésie et la vie de bohème au succès journalistique et littéraire ; on en apprend au passage de belles sur les trafics des libraires éditeurs et les fausses polémiques publicitaires pour lesquelles un journaliste écrit un article à charge dans un journal et sous un autre nom une réponse outrée pour piquer les ventes ; c’était il y a bien longtemps… On découvre aussi le milieu du théâtre où une actrice Coralie tombe amoureuse de Lucien. Coralie est entretenue par le richissime Camusot, dont l’amour le pousse jusqu’à l’abnégation. Chez Camusot, l’argent est la manifestation d’un véritable amour ; et Balzac montre bien que dans une société matérialiste, l’argent une manifestation révélatrice du meilleur et du pire. 
La liaison de Lucien de Rubempré avec une femme mariée, Marie-Louise Anaïs de Bargeton (la description de son mari est un autre chef-d’œuvre comique), sera pour Lucien le tremplin pour la vie parisienne, où le poète se transformera tout naturellement en journaliste. Non sans que Balzac nous ait gratifié au passage de la description saisissante du restaurant Flicoteaux. Lucien y fera les rencontres déterminantes, pour qui veut connaître sa nature, de d’Arthez (personnage admirable que Lucien finira par négliger par ambition) et, pour sa carrière, de Lousteaux. 
En refermant le roman, il nous en viendrait des souvenirs nostalgiques : « Ah, quand j’étais jeune au dix-neuvième siècle et que je fréquentais le restaurant Flicoteaux, je me souviens un jour, j’étais assis juste à côté de Lucien de Rubempré et de son ami Lousteaux, et je n’ai rien perdu de leur conversation… »
 Comme l’a remarqué Oscar Wilde : « Une lecture de Balzac transforme nos amis en autant d’ombres et nos connaissances en ombres d’ombres. Ses personnages ont une existence brûlante et furieusement colorée. Ils nous dominent et défient tout scepticisme. »
La troisième partie nous ramène à Angoulême où le récit se déporte vers Ève, la sœur de Lucien, et son mari, David Séchard, qui est aussi le meilleur ami de Lucien, les personnages principaux, devront affronter une machiavélique conspiration financière et juridique, qui a pour but de confisquer à David Séchard la paternité de son invention d’un papier révolutionnaire. Déjà s’est installé dans la vie économique l’esprit rapace qui découle peut-être de la révolution et de plus loin.  Balzac nous explique au passage que la malédiction de l’inventeur est le brevet de perfectionnement, qui suffit à le spolier totalement de ses droits sur ce qui peut être le travail d’une vie. 

Je passerai assez vite sur Le père Goriot, que je recommande néanmoins (tout comme je recommande le mal fichu mais très divertissant Ferragus, ne serait-ce que pour son côté boîte à trésors) pour la longue description de la pension Vauquer (Eugénie Grandet commence par la description de Saumur) scrupule et souci obsessionnel de Balzac qui contribue bien sûr à ses qualités psychotropes, c’est-à-dire : qui font voyager l’esprit (je me réjouis d’autant plus de le découvrir en la période passionnante et anxiogène que nous traversons). Le père Goriot présente les faiblesses de Balzac qui sont liées à sa générosité : le sentimentalisme mélodramatique de certains scènes. Je leur préfère les scènes de repas à la pension et toutes les scènes faisant intervenir Vautrin, le grand criminel inspiré par Vidocq qui fait les yeux doux aux Rastignac et aux Lucien de Rubempré, et incarnant la philosophie profondément cynique des sociétés matérialistes – une philosophie qu’on peut qualifier de sataniste, comme il en fait d’ailleurs l’aveu à mots à peine couverts lors de son long discours de séduction adressé à Lucien de Rubempré. 
Notons que cette philosophie est assumée de nos jours par les langues fourchues de Christine Lagarde (« Aimez l’argent comme [le font] les rappeurs »), de Nicolas Sarkozy pour qui la valeur d’un être humain se mesure à la Rolex qu’il porte au poignet, ou d’un Emmanuel Macron parlant de « ceux [d’entre nous] qui ne sont rien. » 
Mais Lagarde, Sarkozy ou Macron n’ont pas eu la chance d’être créés par un Balzac. Personnages intéressants, on aimerait quand même les savoir enfermés entre les pages d’un livre…
Et, on peut rêver, passés au pilon. 

(à suivre)

Image : portrait de Balzac par Eduardo Arroyo

Tous les romans de Balzac sont disponibles gratuitement sur le Net.

TOXICOLOGIE DU LANGAGE II

TOXICOLOGIE DU LANGAGE (II) : ABUS ET MALFORMATIONS
(PARTIE 1/3)

Plus grave que le mensonge, la falsification du langage opère un sabotage de la langue de l’intérieur. Elle peut nous amener à mentir à notre insu, puisque le premier devoir de toute langue devrait être de nommer le réel (voir par exemple la richesse des jargons de métiers). À cet égard, la novlangue inventée par George Orwell dans 1984 était de l’artisanat en comparaison avec les inventions de l’ingénierie de ces dernières années. La falsification du langage requiert qu’on traduise le français… en français. C’est l’objet de cette revue. 

ABSTRACTION
Les transports deviennent la “mobilité” et les démocraties libérales s’enorgueillissent de “valeurs” qu’elles exportent (à coups de bombes), comme le déclarait le doux Manuel Valls sans se rendre compte qu’il tenait un discours néo-colonialiste ; tout comme les sociétés publiques et privées, qui se sentent obligées d’inventer elles aussi leurs “valeurs” pour faire oublier qu’elles font de leurs employés, et de plus en plus, strictement ce qu’elles veulent.

– COMMUNICATION
La propagande est apparemment absente des démocraties libérales et pour cause : on l’appelle “communication”, du verbe communiquer, devenu sans objet. Un bon communiquant, c’est quelqu’un qui communique bien, qui communique rien

– COMPLOTISME
Ce terme succède à une série de mots (d’extrême droite, fasciste, raciste, populiste…) servant à disqualifier tout point de vue s’écartant de la vérité officielle, qu’il conviendrait d’appeler “vérité” tout simplement. C’est la condensation en un adjectif de l’esprit censé animer les théoriciens de la conspiration, qui omet systématiquement de se demander :
– si les complots existent (la réponse évidente, est oui et l’histoire de ces dernières décennies nous en fournit des exemples au détriment de l’Irak et des Irakiens)
– quelles théories mériteraient d’être examinées, puisque, aux États-Unis, la CIA est responsable de très nombreuses opérations de déstabilisation à l’étranger, d’assassinat, et qu’il n’y a pas de raison que les États-Unis soient le seul pays dans ce cas. 
Les dénonciateurs du complotisme se contentent de faire de la psychologie sans jamais s’intéresser aux faits et aux interprétations avancées par ceux qu’ils appellent les complotistes de manière d’ailleurs tout à fait péremptoire. Le sociologue Gérald Bronner déclare ainsi que « La logique conspirationniste est précisément celle qui ne parvient pas à se confronter à la complexité d’un monde beaucoup plus désordonné qu’on ne l’imagine. » 
Cela n’empêche pas Gérald Bronner d’y mettre de l’ordre à sa façon en rangeant soigneusement les théories complotistes dans une catégorie à part de la complexité du réel. 

– CONTROVERSÉ
Qualifiant toute personne connue osant exprimer des vues non conformistes sur des questions confisquées à la liberté d’expression, rejetées dans les marges ou carrément exclues du débat public. 

– DÉLIT DE RACISME
« Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit. » « La liberté d’expression ne s’applique pas aux propos et opinions racistes », « Elle ne s’applique pas à Dieudonné, qui est un délinquant. » 
Ces phrases semblent sans appel. C’est le cas de tous les raisonnements circulaires, qui se mordent fatalement la queue (figure qui porte le joli nom d’Ouroboros)
Les personnes qui combattent les opinions criminelles voudraient nous faire croire que la liberté d’expression est sauve. Comment ? En donnant à la parole “raciste” le statut d’acte et non de propos ou d’opinion et en la punissant donc en tant qu’acte et non en tant qu’opinion (se dispensant au passage de définir ce que serait la parole “raciste”). 
Alors certes, une fois qu’on a été condamné, on est de facto rangé dans la catégorie des délinquant et des criminels. Mais ce serait oublier que toutes les dictatures ont été des États de droit. L’État de droit désigne un régime politique dans lequel toutes les personnes, y compris les dirigeants, sont soumises de façon identique à la loi. L’État de droit n’a donc rien à voir avec les droits et libertés accordés aux individus ; des régimes politiques totalitaires ont été des États de droit. Comme le précise Arnaud-Aaron Upinsky, « État de droit » n’est pas synonyme de « État de justice ». 

– DÉMOCRATIE
Le peuple “souverain” “représenté” par les élus n’a le pouvoir que de payer toujours plus d’impôts ; il ne reste plus à l’individu que de se demander « de quelle fraction de lui-même il doit s’amputer pour survivre et payer la construction de cette tour de Babel » (formule d’Arnaud Aaron-Upinski dans son livre La tête coupée ; je recommande au passage l’entretien passionnant ici)
Le fait que l’opaque Commission européenne prend toutes ses décisions à huis clos, ce qui fait presque d’elle une société secrète (les grandes orientations des politiques économiques, GOPÉ imposées aux États membres sans aucune consultation populaire) et qu’Emmanuel Monarc, pardon, Macron n’aient que ce mot de démocratie à la bouche devrait suffire à nous mettre la puce à l’oreille. 

– DISCRIMINATIONS (lutte contre les)
Cache-sexe qui permet de tout faire passer sous des prétextes vertueux : du contrat de travail léonin à un certificat vaccinal dont l’Union européenne ne dit pas le nom. Désormais tous les contrats de travail sont rédigés dans le souci européen de la “non-discrimination”, ce qui n’empêchera jamais que pour sélectionner un candidat, on doive éliminer tous les autres, ou que l’employeur prétende automatiquement siens les droits de propriété intellectuelle sur le travail d’un indépendant. Quant au certificat vaccinal, l’Union européenne a préféré l’appeler “passeport vert”, accessible à tous sans discrimination, donc dans le but louable de rendre leur liberté aux personnes vaccinées, séronégative ou immunisées suite à une infection ; vous êtes resté en bonne santé, mais n’avez été ni testé ni vacciné : le vert ne sera que la couleur de votre dépit. 

– ÉTAT (membre de l’Union européenne)
Un des nombreux mots censés désigner une chose qui n’a en fait pas de nom. Un État est un ordre politique qui dispose de la souveraineté, dont les quatre attributs sont : le pouvoir de battre monnaie, de faire les lois, de rendre la justice, de décider de la paix et de la guerre.
Ce que les gros bonnets de l’Union européenne appellent “États membres” n’en sont pas puisqu’ils n’ont pas le pouvoir de battre monnaie (sauf ceux qui ne sont pas dans la zone euro) et que la majorité de leurs lois leur sont imposées, au terme d’un processus totalement opaque (c’est la Commission européenne qui décide en huis clos des GOPÉ, grandes orientations des politiques économiques auxquelles sont soumis les pays membres, GOPÉ qui suivent en réalité un programme mondialiste de dissolution des États. Soit dit en passant, c’est loin d’être le seul objectif de ce programme mondialiste, qui travaille à détruire toutes les structures traditionnelles, sociales, familiales, culturelles, géographiques, religieuses, ethniques, sexuelles. 

(Avec mes remerciements pour Mike Werbrouck et le lexique en ligne sur son site du MIB ici.)

– EXTRÊME DROITE
Problématique, à partir du moment où on ne la nomme que pour la rapprocher d’un parti qui se revendiquait national-socialiste (question qui n’est jamais abordée parce que trop embarrassante) et faire oublier les innombrables crimes de l’extrême gauche, qui ont commencé dès 1917, dont n’était peut-être pas absent un élément ethnique ou tribal. L’écrivain Hervé Ryssen a été condamné à de la prison ferme pour l’avoir relevé dans un tweet. La journaliste Élisabeth Lévy n’a pas (et heureusement) été inquiétée pour l’avoir écrit dans son livre Les rien-pensants
Recourir à une arme absolue du langage comme “l’extrême droite” est une pratique profondément ancrée dans la mentalité de nos contemporains désireux de se convaincre qu’ils sont toujours du bon côté, même quand ce côté glisse, et qu’il s’agit de calomnier les personnes qui dénoncent la dictature sanitaire que nous subissons depuis plus d’un an. 

(à suivre)

Illustration : collage d’Alex Eckman-Lawn (détail)

TOXICOLOGIE DU LANGAGE

TOXICOLOGIE DU LANGAGE (I) : TROIS EXEMPLES

Il semble bien que le langage toxique, qu’on pourrait aussi appeler langage pervers, soit devenu la langue naturelle du pouvoir médiatique, culturel et « démocratique »

Adapté d’une histoire vraie, The insider (Michael Mann, 1999) raconte le calvaire d’un chimiste, ancien employé des grands manufacturiers de cigarettes, qui a décidé de dénoncer ses anciens employeurs : ceux-ci, en insérant dans leur tabac des additifs visant à provoquer l’accoutumance avaient trahi le serment prêté à la Cour suprême. Dans une scène, l’avocate des manufacturiers menace l’ancien employé de les poursuivre, lui et son avocat, pour le préjudice que leur porterait la révélation de la vérité, un peu comme si un meurtrier condamné pouvait poursuivre en justice ceux qui l’ont mis en prison pour l’atteinte portée à sa réputation et pourquoi pas, à sa liberté. La manœuvre de l’avocate a beau être du bluff, la langue et le réel n’en souffrent pas moins de cette intoxication. 

Si on proposait de créer une science amateur qui s’appellerait : toxicologie du langage, les exemples ne manquent pas. 

En voici quelques uns. 

LE CHEMIN DE LA HAINE

Quelques années après les attentats du Bataclan, la direction a envisagé de programmer le rappeur Médine dont le dernier album s’intitulait Djihad (la salle était devenue la propriété de  Saoudiens ; ceci a-t-il un rapport avec cela ?). La pochette le représentait tenant un Cimeterre dans une attitude clairement guerrière. Comme on peut s’y attendre, cette programmation a suscité de virulentes protestations. 
Parmi les personnes qui se sont exprimées publiquement contre cette programmation, il y avait Patrick Jardin, dont la fille avait été assassinée dans les attentats de novembre 2015 (et dont le livre Pas devant les caméras sorti en 2020, a très vite été censuré par la FNAC). 
Comme on peut toujours compter sur les hyènes – je parle des hyènes humaines, pas des honnêtes charognards –, deux journalistes du journal Le Monde Élise Vincent et Lucie Soullier se sont senties obligées de titrer en septembre 2018, un article Bataclan : un père sur le chemin de la haine ; en effet : Patrick Jardin, et c’était apparemment son tort, ne trouvait de soutien qu’auprès de ce que Le Monde désignait comme “la droite et l’extrême-droite”, notamment un Renaud Camus, “théoricien du grand remplacement” (mais alors qui sont les praticiens ? voilà la question qui n’est jamais posée). Patrick Jardin avait déclaré – et on peut le comprendre  – qu’il avait « la haine » : contre tout ce qui avait rendu possible les attentats du Bataclan – et notamment l’enchaînement de décisions politiques ayant mené à ce que des forces armées postées à proximité des attentats reçoivent l’ordre de ne pas intervenir. 
Le choix de ce mot, haine, interdit automatiquement le débat puisqu’il fait planer l’accusation de crime de haine (qui pose de nombreux problèmes dont le droit ne s’est pas embarrassé : la haine est un sentiment et non un acte)
Ça n’a pas empêché ce mot de fleurir en un printemps permanent de “contenus haineux” sous l’œil impitoyable des ayatollah antiracistes. Interpréter comme de la haine les propos de ses adversaires présente l’avantage de détourner l’attention de ce qu’ils disent. Et donc d’évacuer du champ du débat toutes les questions jugées indésirables par le pouvoir. 

CACHE-CACHE AVEC LA LOI GAYSSOT

Dans un reportage finalement jamais diffusé sur France 2 il y a quelques années, le journaliste demande au “personnage controversé” Alain Soral demande à ce dernier ce qu’il pense des chambres à gaz. L’interviewé répond assez raisonnablement qu’en répondant, il risquerait de tomber sous le coup de la loi (Loi Gayssot qui sous prétexte de  réprimer la contestation des crimes contre l’humanité, empêche les historiens tout travail de fond sur les camps de concentration allemands) ; le journaliste de France 2 a beau jeu d’insister, d’essayer de le pousser dans ses retranchements en disant que son refus de répondre est un aveu de culpabilité – c’est la conséquence d’une interdiction – les professionnels de l’interrogatoire, ne risquent rien, par définition (encore que comme tout métier, la fonction d’interrogateur du KGB comportait probablement ses risques). 
À l’époque, dans son blog hébergé par L’Obs, c’est Pierre Jourde (qui avait lui-même connu la persécution intellectuelle à l’occasion de la sortie de son excellent La littérature sans estomac) qui, évoquant cet entretien, accuse Alain Soral de “se réfugier derrière la loi Gayssot”. Pierre Jourde nous inciterait-il à enfreindre la loi ?  
Supposer qu’une loi a été créée pour qu’on puisse se réfugier derrière elle est particulièrement tordu. Disons : inventif, comme tous les pseudo-arguments qui servent à camoufler l’interdiction du débat. En étant parfaitement logique, ce n’est pas à ceux qui préfèrent ne pas répondre à des questions interdites qu’il faudrait s’en prendre mais à ceux qui incitent à enfreindre ces interdictions (comme Mathias Enthoven et Denis Robert face à Étienne Chouard)

LA QUESTION BIAISÉE

Plus récemment, en Belgique, lors d’une conférence de presse présidée par celle qui était alors le premier ministre Sophie Wilmès, un journaliste de la revue Kairos, Alexandre Pénasse, a posé la question du lien entre certains membres du gouvernement et certains groupes d’intérêts financiers, notamment les laboratoires pharmaceutiques. 
Précisant qu’elle n’avait pas l’intention de lui couper la parole, Sophie Wilmès a immédiatement interrompu le journaliste au milieu de son énumération : « Vous venez de poser LA question biaisée, ce qui n’est en général pas l’habitude des journalistes », réalisant une triple acrobatie : l’intérimaire (puisque à ce moment, la Belgique était de nouveau sans gouvernement depuis des mois, apportant la réponse à la question de ce que c’est qu’une activité non essentielle) réalisait l’exploit d’éluder une question, d’inventer (mais on sentait les années de préparation) le concept assez flou de “question biaisée” (se permettant au passage un petit coup de règle sur les doigts : « ce qui n’est pas l’habitude des journalistes »), de justifier les mauvaises pratiques : “chacun est libre de changer de carrière, liberté chérie, blablabla…” qu’on appelle pantouflage et qui sont une des nombreuses plaies de nos fausses démocraties avec le cumul des mandats, l’appartenance à des loges maçonniques, etc. 
Le choix étrange de l’article LA (“LA question biaisée”) semblait sous-entendre qu’il n’y en avait pas d’autres, que la question du journaliste était connue et qu’en la posant, il enfreignait une règle communément admise. Et de fait c’était le cas. Alexandre Pénasse a été par la suite exclu des conférences de presse. Avec le changement de gouvernement, il a pu y participer de nouveau. Quoique participer soit un grand mot. Disons qu’on l’a laissé y assister, en attendant toujours qu’approche la coupure de micro pour lui donner la parole. 
Ces malformations du discours sont devenues à ce point ordinaires qu’à propos de la proposition de “passeport vert” (tout est nommé de manière à être méconnaissable), l’eurodéputée Frédérique Ries peut, après s’être enquise auprès de la commission européenne à ce sujet , écrire sans sourciller : 
« NON, il ne s’agit pas de rendre le vaccin obligatoire, ou de donner des privilèges aux vaccinés, mais bien de permettre à ceux qui font le choix de se protéger, […] de retrouver leurs libertés. »

Donc : OUI. 

Je laisserai l’avant-dernier mot au premier ministre québécois François Legault, qui aux critiques portant sur les privations de libertés liées aux mesures sanitaires, avait répondu qu’au contraire, pour sortir, on était désormais « libre de porter le masque ». 
Celui qui a raison, c’est celui qui arrive à décider du sens des mots. Si on le laisse faire. 

Illustration : collage d’Alex Eckman-Lawn (détail)

COUPES DE CHEVEUX ET COUPS DE FEU

Il y a un an, grâce à ma nièce Sarah qui m’y a encouragé, je me suis remis au dessin, activité purement dilettante que j’avais totalement abandonnée en 1992 (note à l’intention de mes biographes). 

Les moments où je dessinais en écoutant de la musique restent de beaux souvenirs de solitude fructueuse. La solitude ne doit pas être fructueuse, en tout cas, pas matériellement fructueuse, pour pouvoir être appréciée comme un cadeau. 

Je ne la pratique pas, mais je suis persuadé que toutes les activités manuelles rejoignent le bonheur qu’on trouve, paraît-il, dans la méditation (ainsi que dans les métiers, que la modernité a fait disparaître, pour faire de nous des employés de bureau, ce qui plaide d’ailleurs en faveur de notre faculté d’adaptation en milieu extrême). 

Aujourd’hui, je ne compte plus les raisons de remercier ma nièce de m’avoir redonné le goût du dessin. 

Le dessin me permet de détourner totalement mon attention de la torture de masse que nous subissons* depuis près d’un an (même les gens que rien ne choque, qui continuent à penser que tout est justifié, savent-ils ce que le port du masque au moins huit heures par jour fait à leur santé à long terme ? qu’ils se renseignent sur l’acidification du sang)

Le dessin me permet de ne pas penser à la colère et à la tristesse que je retiens quand je sors, le moins souvent possible et pas seulement à cause du froid. 

Le dessin me permet de ne pas penser au fait que, en bas de chez moi, la police verbalise les automobilistes en violation avec le couvre-feu (effectivement, il y a des coups de feu qui se perdent),  que nous en sommes réduits à demander des miettes de liberté, oubliant que notre liberté est à trouver en nous, qu’elle est à nous et que nous n’avons rien à demander, mais peut-être à donner, à commencer par les personnes qui souffrent le plus de cette situation, les personnes seules (donner aujourd’hui aux personnes qui souffrent et plus tard, aux personnes qui nous font souffrir, les “responsables”, des coupes de cheveux gratuites, comme à la libération, bien plus méritées par les traitres d’aujourd’hui que par les femmes qui, autrefois, ont “couché avec l’ennemi”). 

Je dessine au stylo à bille noir, qui supporte très bien l’à-peu-près, et uniquement d’après photo ; celles qui m’émeuvent le plus actuellement sont des photos des années soixante, représentant des couples dans des cafés. Je me faisais la réflexion qu’un mur nous séparait de cette vie, des souvenirs d’une vie normale, que nos “responsables” politiques (les guillemets parce qu’ils sont tout sauf responsables) nous promettent que nous ne retrouverons JAMAIS. 

Ce mur, ce n’est pas le mur des souvenirs, c’est le présent. On dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme : ceux de nos gouvernants sont les portes de notre prison.  

Les images de cette vie de café me font penser, quand je ne dessine pas, aux cafetiers et aux restaurateurs qui – et je les comprends – sont partagés entre désir de survie et peur des sanctions. 

À eux, à tous, à moi-même, je n’ai qu’un message à envoyer. 

Il s’agit d’un proverbe africain que ma mémoire, qui me joue peut-être des tours, place à l’entrée du roman d’Agatha Christie 10 petits nègres

Si tu avances, tu meurs, si tu recules, tu meurs. Alors pourquoi reculer ?

*ce n’est pas une exagération ; je vous renvoie à la charte de Biderman sur les conditions définissant la torture psychologique et la coercition

SOLUTION GLOBALE POUR DÉSORDRE MENTAL

Je suis tombé dans un blog Zerhubarbeblog – dont je recommande par ailleurs les nombreux articles courageux sur le sida, sur les attentats du 11 septembre, sur la manipulation mondial(ist)e à laquelle donne lieu cette épidémie – sur une traduction d’une tribune de Naomi Klein publié dans The Guardian, dans laquelle elle fait le bilan des élections américaines. Je savais que Naomi Klein avait appartenu au mouvement altermondialiste, et qu’elle était entre autres l’auteur des deux pavés : No logo et La stratégie du choc. J’en sais à présent beaucoup plus sur elle. 

Je voudrais passer ici en revue les postulats frauduleux qui semblent conditionner son engagement politique. Tout d’abord, le projet de Naomi Klein consiste à remplacer le capitalisme par “un autre système”. Maintenant qu’on voit que des forces très puissantes sont en train de détruire l’économie et l’activité humaine sous prétexte de lutter contre un virus dont le taux de mortalité est de 0,04 %, il faudrait être demeuré ou profondément duplice pour continuer à croire que le capitalisme est le danger principal. 

Naomi Klein annonce la couleur en promouvant la « justice raciale » (sic)

Pour commencer, il est très contrariant que l’antiracisme, qui prétend nier l’existence des races, ne voie pas de contradiction à se préoccuper de « justice raciale ». La notion de justice devrait suffire sans assigner les gens à résidence identitaire, religieuse ou sexuelle (mais le propre des démocrates américains et du politiquement correct est de diviser, de fragmenter, d’atomiser au point que chaque individu oublie qu’il est censé être protégé par la même loi que les autres ; ceux qui s’en accommodent sont ceux qui présentent une identification pathologique ou opportuniste au statut de victime). 

Mais je pense qu’[…]il est juste de dire que Biden n’était pas du tout sûr, comme nous l’avons toujours su. Pas sûr pour la planète, pas sûr pour les personnes en première ligne de la violence policière, pas sans danger pour les millions et les millions de personnes qui demandent l’asile, mais aussi pas même sûr en tant que candidat.

Il est facile de faire pleurer dans les chaumières le ménager féministe de moins de trente ans mais les « millions et millions de migrants » dont parle Naomi Klein ne seraient pas contraints de quitter leur pays si l’État profond n’y déclenchait pas des guerres iniques ; ces guerres  ont été incessantes sous la présidence de Barack Obama et la vice-présidence de Joe Biden ; la présidence de Donald Trump y a TOTALEMENT mis fin – j’ai entendu des gens répondre que c’est parce que Trump était trop bête pour en avoir déclenché… alors comment dire… ce type de réponse est à la réflexion personnelle ce que les flatulences sont à l’art de la parfumerie. 

Quant à l’immigration économique, elle devrait théoriquement être laissée à l’appréciation des pays, quand l’ONU ne s’en mêle pas avec un pacte de Marrakech que les exécutants de l’État profond (les “chefs d’État”) signent sans consultation populaire préalable. 

Vaincre Trump est une victoire populaire vraiment importante. 

Naomi Klein est-elle délirante, cynique ou malhonnête ? On peut cumuler ces qualités (et je lui rends l’hommage de croire que c’est peut-être son cas) mais la victoire contre Trump est tout sauf une victoire populaire. 

En fait, c’est tout sauf une victoire : c’est le résultat d’une fraude massive à propos de laquelle la seule question qui se pose actuellement est de savoir à quoi seront condamnées les dizaines de personnes qui l’ont orchestrée. Rappelons qu’en termes de gravité, la fraude électorale, même si certain faux président français s’en est sorti, se range au niveau de la tentative de coup d’État. 

Un grand nombre de personnes n’ont pas voté pour Joe Biden, ils ont voté contre Trump, car ils reconnaissent l’énorme menace qu’il représente. 

Qu’on approuve la politique de Trump ou non, le fait est qu’on se positionne pour ou contre la souveraineté des États et des peuples à propos du seul président à avoir jusqu’à présent tenu presque toutes ses promesses électorales, souveraineté que les grands médias appellent “populisme” ou “fascisme”, sans jamais nommer le type de pouvoir dont ils sont en fait les porte-parole. Si vous voulez en avoir une idée, lisez Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley puis refermez-le : vous y êtes encore. 

[…] Alexandria Ocasio-Cortez […] et tant d’autres devraient être salués pour l’incroyable organisation et le leadership dont ils ont fait preuve au cours de cette période.

Travaillant donc à faire élire président un sniffeur de petit filles (voir la vidéo Creepy uncle Joe sur la chaîne de Paul Joseph Watson) et de femmes de tous âges, dont le tableau de chasse impressionnant comporte aussi huit années de mandat sous Obama marquées par des guerres ininterrompues. Le comité Nobel a d’ailleurs jugé utile à l’époque de récompenser cet exploit, en octobre 2009, en attribuant son prix de la paix à Barack Obama alors qu’il n’était président que depuis janvier. S’ils avaient attendu la fin de son second mandat, le nombre de personnes à reposer en paix suite à ses attaques de drones aurait été beaucoup plus important. Et le prix Nobel encore plus mérité. À aucun moment, dans les critiques qu’elle adresse aux risques que représente Joe Biden, Naomi Klein ne mentionne le risque de déclenchement de nouvelles guerres au profit du lobby militaro-industriel, dont le Moyen-Orient a déjà été la victime sacrificielle.  

Nous sommes les digues qui retiennent le tsunami du fascisme. La vague gagne toujours en force, c’est pourquoi c’est un moment si difficile à célébrer. […]

Quand on n’a rien à dire, on traite l’ennemi de fasciste. Mais Naomi Klein ne devrait pas être aussi modeste : le camp qu’elle défend, certes en l’égratignant, peut s’enorgueillir d’avoir, dans le cadre d’une élection présidentielle, falsifié des dizaines de milliers de bulletins de vote, fait voter plusieurs fois certains inscrits, fait voter plus de personnes que d’inscrits dans certains États, (ceci expliquant cela) et enfin fait voter des morts comme si les Zombies du film de George Romero étaient revenus voter sur terre quand il n’y a plus de place en enfer*. Le résultat de l’enquête sortira d’ici quelques semaines et Joe Biden a déjà perdu des États suite au recomptage de votes.

[…] bien que nous ayons affaire au même type de démocrates d’entreprise qu’en 2008, nous ne sommes pas les mêmes. […] Nos mouvements ont grandi […] en taille mais ils ont aussi grandi en vision. Dans la vision de définancer la police, en déplaçant les ressources de l’infrastructure de l’incarcération, de la police, du militarisme vers le soin (Care).

[…] Nous sommes aux prises avec une pandémie, une dépression économique désespérée et Trump a absolument tout mal fait.

Il faut se demander ici quel est le modèle de madame Klein puisque “tout mal faire” (on appréciera le sens de la nuance) semble signifier à ses yeux : rendre accessible le prix des médicaments aux personnes défavorisées, réduire le chômage des noirs, augmenter le niveau de vie des classes les plus modestes, nationaliser la Réserve fédérale (qui, comme la quasi-totalité des banques nationales à travers le monde, n’a jamais été une banque publique), ce qui revient à rendre à un pays son autonomie monétaire, bloquer l’obligation vaccinale, couper les fonds à l’OMS, organisme en grande partie responsable du génocide social que nous sommes en train de subir, dénoncer les abus et la censure des réseaux sociaux (qui dès lors sortaient de leur rôle neutre de plateforme), et au risque de me répéter, inaugurer une période de paix et de diplomatie mondiale. Je rappelle qu’Hillary Clinton était prête à en découdre avec la Russie, l’Iran et la Corée du Nord… 

Quant au slogan “Defund the police” (cesser de financer la police), par une curieuse inversion, il postule que le mal ne viendrait pas du crime mais des forces de l’ordre (cela dit, loin de moi l’idée d’idéaliser la police). Tout cela parce qu’un certain George Floyd est mort d’une overdose suite à une interpellation musclée à laquelle il a résisté. Dans ce cas, je propose de supprimer les pompiers la prochaine fois qu’un cracheur de feu avalera de travers. Si la police et l’armée incarnent ce qu’on appelle le « monopole de la violence », notion certes inquiétante, un des corollaires en est l’interdiction de se faire justice soi-même. Car un monde où nous serions à la merci de la vengeance de nos prochains serait un véritable enfer. 

Mais tout est question de point de vue, je suppose, dans le monde de la “justice raciale”. 

*Pour un aperçu de la fraude électorale américaine : https://www.trumpfrance.com/single-post/la-liste-des-fraudes-d%C3%A9mocrates

(Vignette : fonds personnel)

NOMS D’OISEAUX EN CAGE

Suite à mon article précédent on m’a reproché sur Facebook de suggérer une vidéo dans laquelle « un négationniste » (sic), Étienne Chouard explique la création de la Réserve Fédérale américaine (sujet qui n’est ennuyeux qu’en apparence, sur lequel je reviendrai). 

Par où commencer ? Peut-être par l’essentiel.

Étienne Chouard n’est pas négationniste ; il n’est pas révisionniste. 

Dans l’art de passer à côté du sujet ou d’en détourner l’attention, les mots suivants sont d’une aide précieuse : antisémite, raciste, islamophobe, homophobe, sexiste, d’extrême-droite, fasciste, réactionnaire, révisionniste, négationniste, donc, etc. J’oubliais complotiste.

Pour les utiliser à bon escient avec un maximum d’efficacité si on veut en faire des armes absolues du langage, il suffit d’ignorer ce qu’ils signifient et de les réserver à des emplois mal intentionnés… C’est-à-dire à l’insulte et la calomnie (à ce titre, « antisémite » remporte le pompon). On inventera donc des « négationnistes du climat ». On aura insulté les sceptiques… et on n’aura pas fait grand-chose d’autre (tactique idéale pour ceux qui préfèrent économiser leurs forces). Ces noms d’oiseaux sont donc au débat ce que ce que le fusil est aux créatures ailées et plumées qu’étudie l’ornithologue : une manière de faire disparaître le sujet. Je ne dis pas qu’ils sont dénués de sens historique ou étymologique (encore que « complotiste » soit particulièrement mal fichu) ; ce que je dis, c’est que d’une part, ce sens reste à définir et que d’autre part quand ils sont employés de manière isolée et malveillante, leur sens historique ou étymologique n’a aucune importance. De la même manière, on n’a pas besoin de connaître le maniement des armes pour éborgner avec un arc, assommer avec la crosse d’un révolver, voire étouffer quelqu’un avec un gant de boxe (on peut toujours essayer, vu ce qu’on fait avec les mots).

Le terme révisionniste (et donc j’insiste : pas “négationniste,” que personne ne revendique, qui n’est employé que dans une intention diffamatoire et dont on appréciera l’accent dramatique) est une arme absolue du langage depuis 1990, c’est-à-dire depuis qu’existe la loi Gayssot (qui a en réalité été l’initiative de Laurent Fabius, aussi connu pour l’affaire du sang contaminé).

Selon Wikipédia, la loi  n° 90-615 du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot tend à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe (on appréciera les distinctions) et se trouve être la première des lois mémorielles françaises. Elle réprime la contestation des crimes contre l’humanité tels qu’ils furent définis dans le statut du tribunal international de Nuremberg. La plupart des débats portant sur cette loi, lors de son adoption et ultérieurement, mettent en avant une possible atteinte à la liberté d’expression et à la recherche historique en général. Ces deux dernières notions sont désormais obsolètes.

Donc, à en croire Wikipédia, vous avez le droit de vous poser des questions sur les massacres qui ont eu lieu en Russie dès 1917 et le génocide des Cambodgiens par les Khmers rouges : vous êtes tranquilles de ce côté-là. 

La loi Gayssot a été la réponse à la demande de débat formulée par des gens comme Robert Faurisson. Du reste, nombreuses sont les personnalités qui, sans nécessairement adhérer aux thèses de Robert Faurisson, se sont prononcées à l’époque contre la loi Gayssot, parmi lesquelles Dominique Perben, François Fillon, Jean-Louis Debré, Jacques Chirac, Alain Peyrefitte et Simone Veil, mais aussi les historiens Pierre Nora, Pierre Vidal-Naquet et François Furet, puis contre les lois mémorielles par la suite, parmi lesquels l’historienne Françoise Chandernagor. Leur argument ? Que ces lois les empêchent de travailler librement (on trouve sur Internet la passionnante conférence de Françoise Chandernagor contre la censure publiée il y a quelques années dans la revue L’histoire)

Par définition, les historiens révisent l’histoire et les événements sur lesquels ils se penchent ce qui ne veut pas dire que tous s’intéressent à remettre en cause certains aspects de la deuxième guerre mondiale. Comme les mots énumérés plus haut, quand il est employé comme insulte, révisionniste ne veut pas dire grand-chose d’autre que « Ferme-la ! ». De facto, la loi Gayssot a littéralement fait entrer un événement historique dans le domaine du sacré  et le fameux devoir de mémoire dans celui du culte ; d’ailleurs le doux Manuel Valls n’affirmait-il pas “La shoah doit être sacralisée” ? Il aurait pu le chanter avec les carabiniers d’Offenbach : elle l’était déjà.

Pour revenir à Étienne Chouard… Quand sur la chaine Youtube Le Média il s’est vu poser par le journaliste Denis Robert la question de savoir s’il avait des doutes sur les chambres à gaz, il a répondu : 

« Mais qu’est-ce que c’est que cette question ? Je n’ai pas pris le temps du tout de me renseigner sur les chambres à gaz. […] Il faut que je dise quoi du coup ? Que les chambres à gaz ont existé, de façon tranchée et non ambiguë ? Je peux le dire si vous voulez, mais rendez-vous compte du truc. […] Si c’est si grave d’en douter, est-ce qu’il ne suffit pas de produire la démonstration contre ceux qui nient, comme pour le racisme. Et puis voilà, on passe autre chose. »

Effectivement on trouve dans ce passage des négations d’ordre grammatical et syntaxique (« je n’ai pas pris le temps » et « ceux qui nient »). Si Étienne Chouard se rend coupable de quelque chose, c’est de naïveté : la loi Gayssot a été créée précisément pour qu’aucun débat ne puisse avoir lieu sur le sujet des chambres à gaz. On en pensera ce qu’on veut, si tant est que ce soit autorisé. 

Dans ces conditions, la seule réponse à apporter à la question posée par le journaliste Denis Robert est : « Bien sûr que je n’ai aucun doute : c’est interdit par la loi. ». A moins bien sûr de vouloir risquer d’effectuer un séjour en prison – il est vrai que Nicole Belloubet y a fait de la place pendant le confinement – ou en exil, pourquoi pas ? 

Cela dit, la question étant interdite, il devrait également être interdit aux journalistes (qu’ils s’appellent Denis Robert ou Mathias Enthoven) de la mettre sur le tapis dans la sphère publique, à plus forte raison à la télévision ou sur Internet, à moins de s’exposer eux aussi à des poursuites puisque le simple fait de poser cette question constitue une incitation à enfreindre la loi. Tant qu’elle n’est pas abrogée.

Donc pour répondre à la question qui m’a été posée : non, je ne vois aucun problème à citer Étienne Chouard, ou qui que ce soit, sur des sujets qu’ils connaissent bien, sur lesquels aucune loi au principe contestable n’impose le silence ou la soumission à une version officielle.

(Illustration : Marcel Odenbach, collage)

… AU PARADIS

J’écris très rarement en réaction à l’actualité internationale ; je vais faire une exception aujourd’hui. 

Hier, je suis sorti de chez moi. 

Je ne portais pas le masque. 

Les valeureux vérificateurs de nouvelles me signaleraient que je ne suis ni le seul ni le premier contrevenant. En plus, je ne me suis pas filmé, vous avez vu mon téléphone portable ? Non vous ne l’avez pas vu. On n’en voit plus des comme ça, il intéresse déjà les archéologues, comme notre “civilisation”. 

Donc je suis sorti sans masque. Et encore une fois, je ne suis pas le seul ni le premier depuis que nous y sommes aimablement encouragés sous peine d’amende. Un bonheur n’arrivant jamais seul, le masque ne fera jamais taire un “journaliste” ni un politicien. 

Mes sorties, je les faisais jusqu’à présent à vélo, équipage sur lequel on n’est pas encore contraint de se bâillonner, ce qui n’empêche d’ailleurs pas une mauvaise moitié des cyclistes (on ne me fera pas croire que c’est “une bonne moitié”) à observer cette pudeur excessive, ce zèle dans l’obéissance et la prévention. Je suis casanier et ces sorties à vélo suffisaient à mon hygiène mentale et physique, mon compagnon ayant depuis des semaines l’amabilité de s’occuper des courses. 

Je me comportais comme un prisonnier. 

Je me comportais comme des centaines de millions de prisonniers 

La moitié de la planète : 3,6 milliards, est-ce vraiment possible ? Ce pourrait être il y a des siècles, je me souviens qu’a été envisagé le port du bracelet électronique dans le cadre de cette “menace invisible”. Vous vous souvenez ? Science-fiction ! 1

Dans un monde où les masques ne servaient pas quand le personnel soignant en avait besoin, ils sont devenus obligatoires maintenant qu’ils ne servent vraiment plus à rien.  On comptait les morts et les hospitalisations ; on compte à présent les “cas” dans une dimension, la quatrième ou la cinquième, la nôtre, où “cas” signifie “personne en bonne santé” ; tout cela est donc sinon logique, très cohérent. J’avais modifié mes habitudes, n’allant plus que chez les libraires qui n’imposaient pas le port du masque, la stérilisation des mains ; je n’en ai trouvé qu’un et c’était avant. C’était juste après la fin du confinement où on a inventé qu’il faut confiner les personnes en bonne santé. 

Pendant plusieurs mois, j’ai donc acheté mes livres par correspondance, sur Ebay et Recyclivres. Amazon c’est pour les chiens. Et c’est ainsi que je suis tombé sur une nouvelle de Julio Cortazar dans une anthologie des années soixante Les chefs-d’œuvres de l’épouvante. Dans La nuit face au ciel de Cortazar, il est aussi question de sacrifices humains et de modernité – certains d’entre vous feront le rapprochement avec ces temps troublés. 

Ne pouvant me résoudre à honorer une librairie de ma clientèle masquée – si encore c’était sur les yeux, comme Zorro, le Spirit ou le Concombre ! –, j’ai profité il y a quelques jours de ce que mon compagnon voulait se procurer le dernier Lapinot de Lewis Trondheim (c’est très bien aussi) pour lui demander de m’acheter le recueil de nouvelles Les armes secrètes. Et je dois vous dire, Les armes secrètes, c’est tellement formidable qu’hier, donc il fallait que j’aille à la librairie d’en face me procurer d’urgence un autre recueil de Cortazar. Et puis ça ne pouvait plus durer, j’avais résolu depuis longtemps que si je sortais à pied,  ce serait sans masque. Tout le monde n’a pas les moyens de payer une amende pour respirer librement ; je n’en ai pas les moyens non plus (je compte sur un recours qui s’appelle : procès-verbal judiciaire). 

Mais je n’ai pas le choix. 

En ce qui me concerne, Cortazar, maitre des clés, auteur des Armes secrètes l’est aussi de ma libération. Je suis sorti. À visage découvert. Tel un chirurgien dément, une infirmière frivole et sous-payée (frivole et sous-payé, je peux l’être aussi), un tueur de Halloween ou de Vendredi 13 devenu exhibitionniste… Je m’étais muni de cette serviette hygiénique buccale, dont les règles d’hygiène quantique nous disent qu’il suffit de la laver à trente degrés pour la stériliser oui, trente degré est la nouvelle température de stérilisation, ce qui est logique dans un monde où certaine auguste Souveraineté, dont il serait indiqué de mesurer la température anale, appelle l’agression ultra violente d’un chauffeur de bus, des tirs contre un pompier et le meurtre d’un gendarme, par deux fois, des “incivilités”. 

C’était une des rares libertés qui nous restaient, nous n’y pensions même pas (non pas la liberté de parole ou de pensée, soyons sérieux, ce sont des antiquités) ; cette liberté qu’on pourrait appeler la liberté de sourire ou de faire la gueule a désormais un prix. 

Cent trente-cinq euros en France. 

Deux cent cinquante euros en Belgique. 

C’est pas cher pour de la liberté. 

Nous ne vivons pas sous le régime de la démocratie, soyons clair, nous vivons sous le régime du racket2

J’habite dans le centre de Bruxelles. Il était dix-sept heures. D’ailleurs il y avait une camionnette de police stationnée du côté de mon immeuble, autour de laquelle gazouillaient de ces fonctionnaires en uniformes bleu marine. Il ne m’est pas venu à l’esprit de sortir mon masque de mon sac . J’étais toujours dans leur champ de vision, au coin de la rue en attendant le feu vert, long à la détente. Ils avaient mieux à faire. Ils auront mieux à faire le jour où ils me verbaliseront. Ils ne le feront pas. Ils me verbaliseront. 

L’objet de mon oppression se trouvait soigneusement, quoique guère hygiéniquement plié dans une poche de mon sac ; dans le même monde où on pouvait fréquenter, au plus fort de l’épidémie, les supermarchés alors que les marchés étaient fermés, il est recommandé, alors qu’aucun virus ne survit à la chaleur ni au soleil, de cumuler, comme des peines, comme des coupables : distanciation sociale, port du masque, vitre en plexi entre les vendeurs et les clients, et dans certains endroits stérilisation à la vapeur sèche. On n’en est pas encore à la crémation des vivants. Ils brûleront au paradis. 

Pour ce qui est des personnes qui m’objecteront “protéger les fragiles, etc.”, qui se réfugient derrières les fragiles, les vieux et les malades comme derrière des boucliers humains, qu’elles se retournent dans leur tombe mentale, la face vers le bas, avec leur masque ! 

Je disais que, ne m’étant pas filmé ni photographié je ne pouvais pas prouver mon acte. Pourtant la conversation avec l’aimable jeune libraire au visage textilement occulté, qui inspiré par l’inscription covid19(84) en blanc sur mon tee-shirt noir, m’a conseillé un auteur de science-fiction, Alain Damasio, et avec qui j’ai parlé de l’essai de Michel Houellebecq sur Lovecraft, évoqué Le meilleur des mondes qui, soit dit entre nous, n’est pas meilleur qu’un autre, pas meilleur que le nôtre, cette conversation, disais-je… 

… je ne l’invente pas. 

J’ai quitté la librairie avec mes Armes secrètes et aussi avec L’archipel du goulag de Soljénitsyne. Version abrégée, parce que la vie est courte. 

Pour revenir à nos libertés, mot auquel devraient désormais être greffés en permanence des guillemets génétiquement modifiés, le sens de l’expression “parler librement” avait d’ores et déjà “changé”, il a encore glissé il y a quelques semaines, quand le masque est devenu obligatoire à l’extérieur, qui glisse lui aussi, le long du visage dès qu’on essaie de prononcer deux mots, mettant à nu un appendice respiratoire devenu obscène. Le galbe d’une narine sera bientôt propre à nous émoustiller. Bientôt, rire ne sera plus qu’un verbe, plus qu’un son, on aura oublié à quoi ressemble l’expression faciale qui l’accompagnait il n’y a pas si longtemps (les commissures s’écartent, faisant remonter les plis d’expression, comme les tentures dans les vieilles demeures bourgeoises, mais si, souvenez-vous… on voit les dents…)3

Alors les personnes qui se font croire que le masque sert à quelque chose, contre toute logique… 

… les personnes qui ne veulent pas se joindre aux manifestations “complotistes” (elles ne savent pas ce que ça veut dire mais elles savent que « c’est pas bien », se croient protégées entre quatre murs de démocratie) et « d’extrême-droite » – quant à l’extrême-gauche, où est-elle ? dans L’archipel du goulag

… les policiers zélés, que leurs zèles n’emporteront pas au paradis… 

… les journalistes de cette presse qui sert littéralement à écraser… 

… et surtout, nos gouvernants qui nous font vivre dans ce monde de cauchemar…

Comment dirais-je… 

Je les caresse rectalement avec un objet rigide et phalloïde, comme l’état qualifié de même, auquel ils sont soumis : profond. 

1 sauf si vous vivez en Australie ou en Nouvelle-Zélande. 

2 sept minutes pour comprendre :

et nous ne sommes pas mieux lotis en Europe, à ceci près que la Réserve fédérale a été nationalisée par le président des Etats-Unis au début de cette année et que les Américains en sentent déjà les bienfaits. 

3 Je pense à toutes les personnes qui doivent porter le masque au moins huit heures par jour, sans parler des heures de navettage, mais ce sont des adultes et non des mineurs, ils peuvent objecter ; j’ai rencontré une dame qui va soumettre sa lettre d’objection de conscience au port du masque à son employeur. En ce qui concerne les adolescents : ces derniers pourront contacter Vincent Lézac sur Facebook. 

Illustration : collage de Ben Giles (détail)

L’INVASION DES OISEAUX DE MAUVAIS AUGURE

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Dans The birds (Alfred Hitchcock bien sûr, 1963) Veronica Cartwright joue le rôle de la petite fille, la sœur du héros, prise dans une invasion agressive et inexpliquée  de toute une branche du règne animal (même si l’explication la plus prosaïque est la revanche de la nature contre l’humanité). 

Quelques années plus tard, après avoir survécu à cette invasion, la même actrice préserve son intégrité jusqu’à la fin de The body snatchers (1978) de Philip Kaufman traduit à la première  adaptation en 1960 par Don Siegel en L’invasion des profanateurs de sépulture alors que de profanateurs dans ce film il y en a encore moins que de sépultures ; En réalité, « body snatchers » signifie : ceux qui substituent les corps ; laissons à la langue politiquement correct d’aujourd’hui l’initiative de ce genre de falsification. Dans cette nouvelle version, donc, Veronica Cartwright sera le seul personnage à ne pas être remplacé par les fameuses créatures végétales et extra-terrestres invasives.

Elle revient dans Invasion, dernière adaptation de The bodysnatchers, qui substitue au thème de la substitution celui de la possession (par une bactérie extra-terrestre). Il y est question de contagion, de lockdown (confinement, vous savez, ce mot qui avait une signification médicale totalement différente en Europe jusqu’en mars 2020) de dépistage (c’est une fiction ; dans la réalité, on le sait, désormais, on ne dépiste pas, on enferme les populations). Son personnage est immunisé contre la maladie, tout comme le fils de l’héroïne interprétée par Nicole Kidman. Le personnage que joue celle-ci se définit incidemment, lors d’un dîner, comme une « féministe post-moderne ». Contrairement à la version d’Abel Ferrara (1993), qui traitait de manière habile et retorse la possibilité du remplacement successif de la mère, du père et du frère de l’héroïne, le suspense d’avance éventé de cette version tient essentiellement à la séparation entre la mère et son fils, un peu comme si le scénario avait été écrit par l’avocat de la mère.

D’ailleurs les hommes sont tenus en respect : le père divorcé du petit garçon est le premier contaminé et la contagion semble une sorte de prétexte à faire jouer sa tentative de se réapproprier son enfant (dans la réalité, la justice discrimine systématiquement les hommes) dont la relation avec la mère est montrée comme quasi-fusionnelle. Celui que le spectateur est censé identifier comme “love interest” du film (joué par Daniel Craig, quand même) n’est défini dans un premier temps par la « féministe post-moderne » que comme « meilleur ami », relation dont rêve tout homme hétérosexuel normalement constitué. C’est un choc pour le spectateur, habitué à ce que le cinéma lui offre un couple (sauf s’il s’agit d’une comédie) ; mais on a un peu l’impression que les scénaristes enfoncent le clou du féminisme (dans le cercueil du couple) en se sentant obligés d’indiquer qu’une femme accomplie est une femme qui n’a pas besoin des hommes.

Mais il ne faut tout de même pas oublier que les dialogues qui valorisent une femme se définissant comme « féministe post-moderne » sous le regard admiratif du personnage masculin le plus sympathique, sont écrits par des hommes et qu’en 2007, on n’en était pourtant pas arrivé à une telle épuration politiquement correcte du cinéma (qu’il soit d’ailleurs grand public ou “d’art et d’essai”). J’y reviendrai ultérieurement avec les exemples de The incredibles 2 et Murder on the Orient-Express.

Curieusement, le film commence dans un monde où il est normal de se droguer pour affronter les épreuves de la vie quotidienne (Kidman est psychiatre),  aux médicaments et au sucre. Ce monde est bien le nôtre. Le sucre est la drogue autorisée des enfants, l’action du film se déroule autour d’Halloween et en ce qui concerne le monde adulte, s’il existe encore, c’est Halloween tous les jours sur ordonnance (au sujet de l’intoxication par les drogues, les médicaments et l’alcool, je recommande le beau roman de Bret Easton Ellis Lunar Park ; le roman n’a pas besoin de le dire mais par « usage thérapeutique » ou « récréatif », on entend empoisonnement). Ce qui fait que le spectateur peut se demander ce que l’humanité occidentale peut s’infliger de plus ; il est vrai qu’en 2007 les smart-phones – dont les Bill Gates, Zuckerberg et consorts interdisent formellement l’utilisation à leurs enfants – et la 5G n’existaient pas encore… 

Incidemment, Nicole Kidman jouait aussi dans le très médiocre remake de The Stepford wives, adaptation transformée en comédie ratée, mais dont l’absurdité était intéressante. C’était une nouvelle adaptation du roman d’Ira Levin (aussi auteur du roman Rosemary’ baby) où les hommes remplacent leur femme par des robots (parce que c’est le rêve de tous les hommes). A ceci près qu’avoir été remplacée, happy end oblige, le scénario trouvait le moyen de renverser l’opération (sans résoudre la contradiction interne avec le fait qu’il avait montré dès le début que les robots étaient véritablement des doubles suggérant que les “originaux” étaient supprimés)

Nicole Kidman a de l’entrainement avec la relation fusionnelle  elle en a aussi avec la peur irrationnelle d’une exposition à l’extérieur  ; elle n’est pas la seule puisque même des médecins nous expliquent sans rire que les personnes qui sont immunisées sont celles qui sont entrées en contact avec le virus et que ce serait pour cela que les autres devraient éviter tout contact avec le virus… (www.youtube.com/watch?v=msIxdxT01nY&t=500s)

Incidemment, je suis tombé sur la vidéo très intéressante filmant le témoignage d’un analyste politique Biloa Ayissi (ancien directeur de l’hebdomadaire Jeune Afrique) qui disait que le confinement était une aberration puisqu’il se produit, quand le système immunitaire n’est pas confronté à d’autres, un phénomène qu’il a appelé “inceste viral” – expression que je n’ai pas trouvée sur internet. Biloa Ayissi explique donc que le système immunitaire a besoin de se confronter à des agressions pour rester efficace et que l’isolement pourrait le dérégler, de sorte qu’il risquerait se retourner contre lui-même. Que les personnes qui en sachent plus sur ce point n’hésitent pas à intervenir. 

https://www.facebook.com/valere.mbongue/videos/3903003553074676

Soit dit en passant, ne vous laissez pas intimider par les gens qui traiteraient Biloa Ayissi de complotiste sous prétexte qu’il fait d’entrée de jeu allusion aux illuminati. Complotiste, faut-il le préciser, n’est pas un argument. 

Pour revenir à Nicole Kidman, elle s’acharnait dans The others à éloigner ses enfants de la lumière du soleil et à les enfermer pour leur bien. Une belle fable. Toute ressemblance avec une époque existant actuellement serait fortuite.

(Illustration de Charles Burns, page de garde du magnifique album Dédales)