NOMS D’OISEAUX EN CAGE

Suite à mon article précédent on m’a reproché sur Facebook de suggérer une vidéo dans laquelle « un négationniste » (sic), Étienne Chouard explique la création de la Réserve Fédérale américaine (sujet qui n’est ennuyeux qu’en apparence, sur lequel je reviendrai). 

Par où commencer ? Peut-être par l’essentiel.

Étienne Chouard n’est pas négationniste ; il n’est pas révisionniste. 

Dans l’art de passer à côté du sujet ou d’en détourner l’attention, les mots suivants sont d’une aide précieuse : antisémite, raciste, islamophobe, homophobe, sexiste, d’extrême-droite, fasciste, réactionnaire, révisionniste, négationniste, donc, etc. J’oubliais complotiste.

Pour les utiliser à bon escient avec un maximum d’efficacité si on veut en faire des armes absolues du langage, il suffit d’ignorer ce qu’ils signifient et de les réserver à des emplois mal intentionnés… C’est-à-dire à l’insulte et la calomnie (à ce titre, « antisémite » remporte le pompon). On inventera donc des « négationnistes du climat ». On aura insulté les sceptiques… et on n’aura pas fait grand-chose d’autre (tactique idéale pour ceux qui préfèrent économiser leurs forces). Ces noms d’oiseaux sont donc au débat ce que ce que le fusil est aux créatures ailées et plumées qu’étudie l’ornithologue : une manière de faire disparaître le sujet. Je ne dis pas qu’ils sont dénués de sens historique ou étymologique (encore que « complotiste » soit particulièrement mal fichu) ; ce que je dis, c’est que d’une part, ce sens reste à définir et que d’autre part quand ils sont employés de manière isolée et malveillante, leur sens historique ou étymologique n’a aucune importance. De la même manière, on n’a pas besoin de connaître le maniement des armes pour éborgner avec un arc, assommer avec la crosse d’un révolver, voire étouffer quelqu’un avec un gant de boxe (on peut toujours essayer, vu ce qu’on fait avec les mots).

Le terme révisionniste (et donc j’insiste : pas “négationniste,” que personne ne revendique, qui n’est employé que dans une intention diffamatoire et dont on appréciera l’accent dramatique) est une arme absolue du langage depuis 1990, c’est-à-dire depuis qu’existe la loi Gayssot (qui a en réalité été l’initiative de Laurent Fabius, aussi connu pour l’affaire du sang contaminé).

Selon Wikipédia, la loi  n° 90-615 du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot tend à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe (on appréciera les distinctions) et se trouve être la première des lois mémorielles françaises. Elle réprime la contestation des crimes contre l’humanité tels qu’ils furent définis dans le statut du tribunal international de Nuremberg. La plupart des débats portant sur cette loi, lors de son adoption et ultérieurement, mettent en avant une possible atteinte à la liberté d’expression et à la recherche historique en général. Ces deux dernières notions sont désormais obsolètes.

Donc, à en croire Wikipédia, vous avez le droit de vous poser des questions sur les massacres qui ont eu lieu en Russie dès 1917 et le génocide des Cambodgiens par les Khmers rouges : vous êtes tranquilles de ce côté-là. 

La loi Gayssot a été la réponse à la demande de débat formulée par des gens comme Robert Faurisson. Du reste, nombreuses sont les personnalités qui, sans nécessairement adhérer aux thèses de Robert Faurisson, se sont prononcées à l’époque contre la loi Gayssot, parmi lesquelles Dominique Perben, François Fillon, Jean-Louis Debré, Jacques Chirac, Alain Peyrefitte et Simone Veil, mais aussi les historiens Pierre Nora, Pierre Vidal-Naquet et François Furet, puis contre les lois mémorielles par la suite, parmi lesquels l’historienne Françoise Chandernagor. Leur argument ? Que ces lois les empêchent de travailler librement (on trouve sur Internet la passionnante conférence de Françoise Chandernagor contre la censure publiée il y a quelques années dans la revue L’histoire)

Par définition, les historiens révisent l’histoire et les événements sur lesquels ils se penchent ce qui ne veut pas dire que tous s’intéressent à remettre en cause certains aspects de la deuxième guerre mondiale. Comme les mots énumérés plus haut, quand il est employé comme insulte, révisionniste ne veut pas dire grand-chose d’autre que « Ferme-la ! ». De facto, la loi Gayssot a littéralement fait entrer un événement historique dans le domaine du sacré  et le fameux devoir de mémoire dans celui du culte ; d’ailleurs le doux Manuel Valls n’affirmait-il pas “La shoah doit être sacralisée” ? Il aurait pu le chanter avec les carabiniers d’Offenbach : elle l’était déjà.

Pour revenir à Étienne Chouard… Quand sur la chaine Youtube Le Média il s’est vu poser par le journaliste Denis Robert la question de savoir s’il avait des doutes sur les chambres à gaz, il a répondu : 

« Mais qu’est-ce que c’est que cette question ? Je n’ai pas pris le temps du tout de me renseigner sur les chambres à gaz. […] Il faut que je dise quoi du coup ? Que les chambres à gaz ont existé, de façon tranchée et non ambiguë ? Je peux le dire si vous voulez, mais rendez-vous compte du truc. […] Si c’est si grave d’en douter, est-ce qu’il ne suffit pas de produire la démonstration contre ceux qui nient, comme pour le racisme. Et puis voilà, on passe autre chose. »

Effectivement on trouve dans ce passage des négations d’ordre grammatical et syntaxique (« je n’ai pas pris le temps » et « ceux qui nient »). Si Étienne Chouard se rend coupable de quelque chose, c’est de naïveté : la loi Gayssot a été créée précisément pour qu’aucun débat ne puisse avoir lieu sur le sujet des chambres à gaz. On en pensera ce qu’on veut, si tant est que ce soit autorisé. 

Dans ces conditions, la seule réponse à apporter à la question posée par le journaliste Denis Robert est : « Bien sûr que je n’ai aucun doute : c’est interdit par la loi. ». A moins bien sûr de vouloir risquer d’effectuer un séjour en prison – il est vrai que Nicole Belloubet y a fait de la place pendant le confinement – ou en exil, pourquoi pas ? 

Cela dit, la question étant interdite, il devrait également être interdit aux journalistes (qu’ils s’appellent Denis Robert ou Mathias Enthoven) de la mettre sur le tapis dans la sphère publique, à plus forte raison à la télévision ou sur Internet, à moins de s’exposer eux aussi à des poursuites puisque le simple fait de poser cette question constitue une incitation à enfreindre la loi. Tant qu’elle n’est pas abrogée.

Donc pour répondre à la question qui m’a été posée : non, je ne vois aucun problème à citer Étienne Chouard, ou qui que ce soit, sur des sujets qu’ils connaissent bien, sur lesquels aucune loi au principe contestable n’impose le silence ou la soumission à une version officielle.

(Illustration : Marcel Odenbach, collage)

… AU PARADIS

J’écris très rarement en réaction à l’actualité internationale ; je vais faire une exception aujourd’hui. 

Hier, je suis sorti de chez moi. 

Je ne portais pas le masque. 

Les valeureux vérificateurs de nouvelles me signaleraient que je ne suis ni le seul ni le premier contrevenant. En plus, je ne me suis pas filmé, vous avez vu mon téléphone portable ? Non vous ne l’avez pas vu. On n’en voit plus des comme ça, il intéresse déjà les archéologues, comme notre “civilisation”. 

Donc je suis sorti sans masque. Et encore une fois, je ne suis pas le seul ni le premier depuis que nous y sommes aimablement encouragés sous peine d’amende. Un bonheur n’arrivant jamais seul, le masque ne fera jamais taire un “journaliste” ni un politicien. 

Mes sorties, je les faisais jusqu’à présent à vélo, équipage sur lequel on n’est pas encore contraint de se bâillonner, ce qui n’empêche d’ailleurs pas une mauvaise moitié des cyclistes (on ne me fera pas croire que c’est “une bonne moitié”) à observer cette pudeur excessive, ce zèle dans l’obéissance et la prévention. Je suis casanier et ces sorties à vélo suffisaient à mon hygiène mentale et physique, mon compagnon ayant depuis des semaines l’amabilité de s’occuper des courses. 

Je me comportais comme un prisonnier. 

Je me comportais comme des centaines de millions de prisonniers 

La moitié de la planète : 3,6 milliards, est-ce vraiment possible ? Ce pourrait être il y a des siècles, je me souviens qu’a été envisagé le port du bracelet électronique dans le cadre de cette “menace invisible”. Vous vous souvenez ? Science-fiction ! 1

Dans un monde où les masques ne servaient pas quand le personnel soignant en avait besoin, ils sont devenus obligatoires maintenant qu’ils ne servent vraiment plus à rien.  On comptait les morts et les hospitalisations ; on compte à présent les “cas” dans une dimension, la quatrième ou la cinquième, la nôtre, où “cas” signifie “personne en bonne santé” ; tout cela est donc sinon logique, très cohérent. J’avais modifié mes habitudes, n’allant plus que chez les libraires qui n’imposaient pas le port du masque, la stérilisation des mains ; je n’en ai trouvé qu’un et c’était avant. C’était juste après la fin du confinement où on a inventé qu’il faut confiner les personnes en bonne santé. 

Pendant plusieurs mois, j’ai donc acheté mes livres par correspondance, sur Ebay et Recyclivres. Amazon c’est pour les chiens. Et c’est ainsi que je suis tombé sur une nouvelle de Julio Cortazar dans une anthologie des années soixante Les chefs-d’œuvres de l’épouvante. Dans La nuit face au ciel de Cortazar, il est aussi question de sacrifices humains et de modernité – certains d’entre vous feront le rapprochement avec ces temps troublés. 

Ne pouvant me résoudre à honorer une librairie de ma clientèle masquée – si encore c’était sur les yeux, comme Zorro, le Spirit ou le Concombre ! –, j’ai profité il y a quelques jours de ce que mon compagnon voulait se procurer le dernier Lapinot de Lewis Trondheim (c’est très bien aussi) pour lui demander de m’acheter le recueil de nouvelles Les armes secrètes. Et je dois vous dire, Les armes secrètes, c’est tellement formidable qu’hier, donc il fallait que j’aille à la librairie d’en face me procurer d’urgence un autre recueil de Cortazar. Et puis ça ne pouvait plus durer, j’avais résolu depuis longtemps que si je sortais à pied,  ce serait sans masque. Tout le monde n’a pas les moyens de payer une amende pour respirer librement ; je n’en ai pas les moyens non plus (je compte sur un recours qui s’appelle : procès-verbal judiciaire). 

Mais je n’ai pas le choix. 

En ce qui me concerne, Cortazar, maitre des clés, auteur des Armes secrètes l’est aussi de ma libération. Je suis sorti. À visage découvert. Tel un chirurgien dément, une infirmière frivole et sous-payée (frivole et sous-payé, je peux l’être aussi), un tueur de Halloween ou de Vendredi 13 devenu exhibitionniste… Je m’étais muni de cette serviette hygiénique buccale, dont les règles d’hygiène quantique nous disent qu’il suffit de la laver à trente degrés pour la stériliser oui, trente degré est la nouvelle température de stérilisation, ce qui est logique dans un monde où certaine auguste Souveraineté, dont il serait indiqué de mesurer la température anale, appelle l’agression ultra violente d’un chauffeur de bus, des tirs contre un pompier et le meurtre d’un gendarme, par deux fois, des “incivilités”. 

C’était une des rares libertés qui nous restaient, nous n’y pensions même pas (non pas la liberté de parole ou de pensée, soyons sérieux, ce sont des antiquités) ; cette liberté qu’on pourrait appeler la liberté de sourire ou de faire la gueule a désormais un prix. 

Cent trente-cinq euros en France. 

Deux cent cinquante euros en Belgique. 

C’est pas cher pour de la liberté. 

Nous ne vivons pas sous le régime de la démocratie, soyons clair, nous vivons sous le régime du racket2

J’habite dans le centre de Bruxelles. Il était dix-sept heures. D’ailleurs il y avait une camionnette de police stationnée du côté de mon immeuble, autour de laquelle gazouillaient de ces fonctionnaires en uniformes bleu marine. Il ne m’est pas venu à l’esprit de sortir mon masque de mon sac . J’étais toujours dans leur champ de vision, au coin de la rue en attendant le feu vert, long à la détente. Ils avaient mieux à faire. Ils auront mieux à faire le jour où ils me verbaliseront. Ils ne le feront pas. Ils me verbaliseront. 

L’objet de mon oppression se trouvait soigneusement, quoique guère hygiéniquement plié dans une poche de mon sac ; dans le même monde où on pouvait fréquenter, au plus fort de l’épidémie, les supermarchés alors que les marchés étaient fermés, il est recommandé, alors qu’aucun virus ne survit à la chaleur ni au soleil, de cumuler, comme des peines, comme des coupables : distanciation sociale, port du masque, vitre en plexi entre les vendeurs et les clients, et dans certains endroits stérilisation à la vapeur sèche. On n’en est pas encore à la crémation des vivants. Ils brûleront au paradis. 

Pour ce qui est des personnes qui m’objecteront “protéger les fragiles, etc.”, qui se réfugient derrières les fragiles, les vieux et les malades comme derrière des boucliers humains, qu’elles se retournent dans leur tombe mentale, la face vers le bas, avec leur masque ! 

Je disais que, ne m’étant pas filmé ni photographié je ne pouvais pas prouver mon acte. Pourtant la conversation avec l’aimable jeune libraire au visage textilement occulté, qui inspiré par l’inscription covid19(84) en blanc sur mon tee-shirt noir, m’a conseillé un auteur de science-fiction, Alain Damasio, et avec qui j’ai parlé de l’essai de Michel Houellebecq sur Lovecraft, évoqué Le meilleur des mondes qui, soit dit entre nous, n’est pas meilleur qu’un autre, pas meilleur que le nôtre, cette conversation, disais-je… 

… je ne l’invente pas. 

J’ai quitté la librairie avec mes Armes secrètes et aussi avec L’archipel du goulag de Soljénitsyne. Version abrégée, parce que la vie est courte. 

Pour revenir à nos libertés, mot auquel devraient désormais être greffés en permanence des guillemets génétiquement modifiés, le sens de l’expression “parler librement” avait d’ores et déjà “changé”, il a encore glissé il y a quelques semaines, quand le masque est devenu obligatoire à l’extérieur, qui glisse lui aussi, le long du visage dès qu’on essaie de prononcer deux mots, mettant à nu un appendice respiratoire devenu obscène. Le galbe d’une narine sera bientôt propre à nous émoustiller. Bientôt, rire ne sera plus qu’un verbe, plus qu’un son, on aura oublié à quoi ressemble l’expression faciale qui l’accompagnait il n’y a pas si longtemps (les commissures s’écartent, faisant remonter les plis d’expression, comme les tentures dans les vieilles demeures bourgeoises, mais si, souvenez-vous… on voit les dents…)3

Alors les personnes qui se font croire que le masque sert à quelque chose, contre toute logique… 

… les personnes qui ne veulent pas se joindre aux manifestations “complotistes” (elles ne savent pas ce que ça veut dire mais elles savent que « c’est pas bien », se croient protégées entre quatre murs de démocratie) et « d’extrême-droite » – quant à l’extrême-gauche, où est-elle ? dans L’archipel du goulag

… les policiers zélés, que leurs zèles n’emporteront pas au paradis… 

… les journalistes de cette presse qui sert littéralement à écraser… 

… et surtout, nos gouvernants qui nous font vivre dans ce monde de cauchemar…

Comment dirais-je… 

Je les caresse rectalement avec un objet rigide et phalloïde, comme l’état qualifié de même, auquel ils sont soumis : profond. 

1 sauf si vous vivez en Australie ou en Nouvelle-Zélande. 

2 sept minutes pour comprendre :

et nous ne sommes pas mieux lotis en Europe, à ceci près que la Réserve fédérale a été nationalisée par le président des Etats-Unis au début de cette année et que les Américains en sentent déjà les bienfaits. 

3 Je pense à toutes les personnes qui doivent porter le masque au moins huit heures par jour, sans parler des heures de navettage, mais ce sont des adultes et non des mineurs, ils peuvent objecter ; j’ai rencontré une dame qui va soumettre sa lettre d’objection de conscience au port du masque à son employeur. En ce qui concerne les adolescents : ces derniers pourront contacter Vincent Lézac sur Facebook. 

Illustration : collage de Ben Giles (détail)

L’INVASION DES OISEAUX DE MAUVAIS AUGURE

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Dans The birds (Alfred Hitchcock bien sûr, 1963) Veronica Cartwright joue le rôle de la petite fille, la sœur du héros, prise dans une invasion agressive et inexpliquée  de toute une branche du règne animal (même si l’explication la plus prosaïque est la revanche de la nature contre l’humanité). 

Quelques années plus tard, après avoir survécu à cette invasion, la même actrice préserve son intégrité jusqu’à la fin de The body snatchers (1978) de Philip Kaufman traduit à la première  adaptation en 1960 par Don Siegel en L’invasion des profanateurs de sépulture alors que de profanateurs dans ce film il y en a encore moins que de sépultures ; En réalité, « body snatchers » signifie : ceux qui substituent les corps ; laissons à la langue politiquement correct d’aujourd’hui l’initiative de ce genre de falsification. Dans cette nouvelle version, donc, Veronica Cartwright sera le seul personnage à ne pas être remplacé par les fameuses créatures végétales et extra-terrestres invasives.

Elle revient dans Invasion, dernière adaptation de The bodysnatchers, qui substitue au thème de la substitution celui de la possession (par une bactérie extra-terrestre). Il y est question de contagion, de lockdown (confinement, vous savez, ce mot qui avait une signification médicale totalement différente en Europe jusqu’en mars 2020) de dépistage (c’est une fiction ; dans la réalité, on le sait, désormais, on ne dépiste pas, on enferme les populations). Son personnage est immunisé contre la maladie, tout comme le fils de l’héroïne interprétée par Nicole Kidman. Le personnage que joue celle-ci se définit incidemment, lors d’un dîner, comme une « féministe post-moderne ». Contrairement à la version d’Abel Ferrara (1993), qui traitait de manière habile et retorse la possibilité du remplacement successif de la mère, du père et du frère de l’héroïne, le suspense d’avance éventé de cette version tient essentiellement à la séparation entre la mère et son fils, un peu comme si le scénario avait été écrit par l’avocat de la mère.

D’ailleurs les hommes sont tenus en respect : le père divorcé du petit garçon est le premier contaminé et la contagion semble une sorte de prétexte à faire jouer sa tentative de se réapproprier son enfant (dans la réalité, la justice discrimine systématiquement les hommes) dont la relation avec la mère est montrée comme quasi-fusionnelle. Celui que le spectateur est censé identifier comme “love interest” du film (joué par Daniel Craig, quand même) n’est défini dans un premier temps par la « féministe post-moderne » que comme « meilleur ami », relation dont rêve tout homme hétérosexuel normalement constitué. C’est un choc pour le spectateur, habitué à ce que le cinéma lui offre un couple (sauf s’il s’agit d’une comédie) ; mais on a un peu l’impression que les scénaristes enfoncent le clou du féminisme (dans le cercueil du couple) en se sentant obligés d’indiquer qu’une femme accomplie est une femme qui n’a pas besoin des hommes.

Mais il ne faut tout de même pas oublier que les dialogues qui valorisent une femme se définissant comme « féministe post-moderne » sous le regard admiratif du personnage masculin le plus sympathique, sont écrits par des hommes et qu’en 2007, on n’en était pourtant pas arrivé à une telle épuration politiquement correcte du cinéma (qu’il soit d’ailleurs grand public ou “d’art et d’essai”). J’y reviendrai ultérieurement avec les exemples de The incredibles 2 et Murder on the Orient-Express.

Curieusement, le film commence dans un monde où il est normal de se droguer pour affronter les épreuves de la vie quotidienne (Kidman est psychiatre),  aux médicaments et au sucre. Ce monde est bien le nôtre. Le sucre est la drogue autorisée des enfants, l’action du film se déroule autour d’Halloween et en ce qui concerne le monde adulte, s’il existe encore, c’est Halloween tous les jours sur ordonnance (au sujet de l’intoxication par les drogues, les médicaments et l’alcool, je recommande le beau roman de Bret Easton Ellis Lunar Park ; le roman n’a pas besoin de le dire mais par « usage thérapeutique » ou « récréatif », on entend empoisonnement). Ce qui fait que le spectateur peut se demander ce que l’humanité occidentale peut s’infliger de plus ; il est vrai qu’en 2007 les smart-phones – dont les Bill Gates, Zuckerberg et consorts interdisent formellement l’utilisation à leurs enfants – et la 5G n’existaient pas encore… 

Incidemment, Nicole Kidman jouait aussi dans le très médiocre remake de The Stepford wives, adaptation transformée en comédie ratée, mais dont l’absurdité était intéressante. C’était une nouvelle adaptation du roman d’Ira Levin (aussi auteur du roman Rosemary’ baby) où les hommes remplacent leur femme par des robots (parce que c’est le rêve de tous les hommes). A ceci près qu’avoir été remplacée, happy end oblige, le scénario trouvait le moyen de renverser l’opération (sans résoudre la contradiction interne avec le fait qu’il avait montré dès le début que les robots étaient véritablement des doubles suggérant que les “originaux” étaient supprimés)

Nicole Kidman a de l’entrainement avec la relation fusionnelle  elle en a aussi avec la peur irrationnelle d’une exposition à l’extérieur  ; elle n’est pas la seule puisque même des médecins nous expliquent sans rire que les personnes qui sont immunisées sont celles qui sont entrées en contact avec le virus et que ce serait pour cela que les autres devraient éviter tout contact avec le virus… (www.youtube.com/watch?v=msIxdxT01nY&t=500s)

Incidemment, je suis tombé sur la vidéo très intéressante filmant le témoignage d’un analyste politique Biloa Ayissi (ancien directeur de l’hebdomadaire Jeune Afrique) qui disait que le confinement était une aberration puisqu’il se produit, quand le système immunitaire n’est pas confronté à d’autres, un phénomène qu’il a appelé “inceste viral” – expression que je n’ai pas trouvée sur internet. Biloa Ayissi explique donc que le système immunitaire a besoin de se confronter à des agressions pour rester efficace et que l’isolement pourrait le dérégler, de sorte qu’il risquerait se retourner contre lui-même. Que les personnes qui en sachent plus sur ce point n’hésitent pas à intervenir. 

https://www.facebook.com/valere.mbongue/videos/3903003553074676

Soit dit en passant, ne vous laissez pas intimider par les gens qui traiteraient Biloa Ayissi de complotiste sous prétexte qu’il fait d’entrée de jeu allusion aux illuminati. Complotiste, faut-il le préciser, n’est pas un argument. 

Pour revenir à Nicole Kidman, elle s’acharnait dans The others à éloigner ses enfants de la lumière du soleil et à les enfermer pour leur bien. Une belle fable. Toute ressemblance avec une époque existant actuellement serait fortuite.

(Illustration de Charles Burns, page de garde du magnifique album Dédales)

GEORGE FLOYD : LES PAVÉS DE BONNES INTENTIONS

L'ENFER2

Donc aux États-Unis, un homme noir, George Floyd meurt suite à une arrestation extrêmement brutale et une manœuvre hautement suspecte : le genou du policier est calé pendant plus de huit minutes sur le cou et non sur le dos de la personne appréhendée, ce qui est manifestement une bavure, très certainement une aubaine pour les démocrates et les mondialistes (Mondialisme, nouvel ordre mondial, gouvernance globale, à ne pas confondre avec mondialisation) et peut-être une mise en scène, car la thèse du crime commandité n’est pas à exclure. Cela ne change d’ailleurs rien aux conséquences.

Comme on l’a vu à Argenteuil récemment, plusieurs nuits d’émeutes et de vandalisme après qu’un jeune crétin s’est tué en faisant du mono-roue sans casque, l’antiracisme ne s’embarrasse jamais de vérité. 

Rien ne prouve donc que George Floyd ait été victime d’un crime raciste, mais qui s’en soucie ? des manifestations et des émeutes s’en sont suivi, encouragées  et excusées par les gauchistes de toutes obédiences, infiltrées par les antifas financées par George Soros, un “philanthrope” qui, il y a quelques années, a failli mettre la Banque d’Angleterre, donc tout un pays, sur la paille et qui est le premier à admettre qu’un système qui lui laisse toute latitude pour nuire est un système malsain.

Au cours de ces manifestations, des blancs sont passés à tabac,  tandis que des  commerçants, noirs ou blancs, voient leur magasin saccagé. Depuis des années, nombres de noirs aux États-Unis protestent contre ce mouvement toxique – promouvant le mensonge, la haine et la division – qu’est Black lives matter. Alors qu’un Joe Biden vient de lancer à la face d’un animateur noir : « Vous n’êtes pas vraiment noir si vous ne votez pas pour moi ». Commentaire profondément insultant. Mais il ne faut peut-être pas trop en vouloir à un vieillard aux mains baladeuses (voir sur Youtube les vidéos où ils tripote des petites filles devant des caméras lors d’événements officiels) et au cerveau en capilotade.

Ce qui prouve pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris que les véritables racistes, s’il faut en désigner sont les Démocrates américains, qui réduisent les personnes à une appartenance communautaire. En Europe, cela s’appelle des gauchistes – à ne pas confondre avec “personnes de gauche”.

À un journaliste qui lui a demandé ce qu’on peut faire contre le racisme, l’acteur Morgan Freeman a répondu : « Arrêtez d’en parler, et commencez à me considérer comme une personne plutôt que comme un noir. » C’est une bonne proposition. Il y en aurait d’autres… 

Pour revenir à nos moutons noirs antiracistes…

Dans la foulée des émeutes à Minneapolis, une manifestation est autorisée à Bruxelles par ce bêta profond de Philippe Close, bourgmestre de la ville. 

L’autorisation est d’une parfaite incohérence avec les messages martelés par les organes de propagande depuis le début de la “pandémie” de covid-19 (mais de cela il ne faut pas s’étonner) ; les guillemets ne sont pas ici pour nier son existence, mais sa gravité, gravité qui a été retirée des critères de l’OMS pour valider l’emploi de ce mot afin de pouvoir manipuler les populations par la peur ; dans quel but ? celui d’enrichir tous ceux qui tirent des avantages financiers des vaccins, c’est-à-dire, entre autres, 80% des sources de financement de l’OMS. Le Journal Le Monde me traiterait de complotiste. Le journal Le Monde a reçu l’année dernière plus de 4 millions d’euros de la fondation Bill and Melinda Gates. Fondation Bill and Melinda Gates qui est le premier bailleur de fonds de l’OMS. 

Contrairement à la France, on a pas eu besoin d’auto-attestation à Bruxelles pendant le confinement mais les voitures de police ont patrouillé à 15km/h dans le centre pour nous dire de ne pas “stagner” ni de nous asseoir sur les bancs (la police patrouillait en voiture même dans les parcs), tandis que les marchés à ciel ouvert étaient fermés mais les supermarchés, confinés… ouverts. Tandis qu’on risquait une amende de 250 euros si on rencontrait ses amis, sa famille. Amende illégale, anticonstitutionnelle. Il faut être juge pour se permettre de l’ignorer.

Ce n’étaient pas les raisons d’interdire la manifestation qui manquaient. La manifestation visait donc le “racisme d’état” ou “racisme systémique” (l’invention de concepts permet à ceux qui les brandissent d’avoir toujours raison, selon les recommandations de Schopenhauer, puisqu’on ne peut pas prouver que quelque chose qui n’existe pas… n’existe pas) et contre le “racisme policier”. 

Violences et émeutes ont suivi, environ deux heures plus tard, comme tout le monde aurait pu s’y attendre,  sauf le bourgmestre Philippe Close trop occupé qu’il était à insinuer que les opposants à l’autorisation de la manifestation étaient forcément suspects ; vous n’avez pas d’arguments ? La calomnie, l’insinuation, ce n’est pas pour les chiens… C’est pour les bourgmestres. 

La REUTEUBEUFEU (RTBF) titrait il y a deux jours 37 policiers blessés après la manifestation anti-racisme de Bruxelles: un préavis de grève déposé.

Quand on voit des hooligans, d’origine majoritairement africaine, lancer des projectiles sur des camions de police, il faudrait apparemment continuer à en déduire que la police est raciste. Et non que les hooligans se sentent au-dessus des lois. La police en a quand même interpellé 150 environ. 

Cinq minutes de ce qu’il faut appeler “reportage” dans un emploi frelaté, suivis par l’intervention d’une co-organisatrice de la manifestation Mireille Tsheuzi-Robert, qui a droit à la moitié du temps d’antenne sur le sujet. Aucun représentant de la police n’est invité pour contredire celle qui vient devant les caméras nationales revendiquer son appartenance à une race de victimes (les “racisés, comme les appellent les antiracistes qui disent que les races n’existent pas). La priorité reste de culpabiliser les blancs, chez qui le racisme est bien sûr enraciné… à se demander quel masochisme pousse tant de noirs et de nord-africains à rester en Europe. 

Ainsi Mireille Tsheuzi-Robert se demande « pourquoi les casseurs cassent-ils » essayant de les comprendre, comme s’ils s’étaient contenté de protester verbalement, et se demande “ce qu’on leur a donné à perdre”. Elle n’a pas le temps ou ne juge pas nécessaire d’expliquer cette formule obscure. 

Cette femme d’origine africaine, qui se plaint du racisme, à la connaissance de qui ne viendra jamais l’information suivante : qu’aux ÉTATS-UNIS, un noir court infiniment plus de risques d’être tué par un autre noir que par un blanc. Aux États-Unis, les statistiques ethniques ne sont pas interdites. 

La prochaine fois qu’elle sera invitée seule sur un plateau, ce sera pour dénoncer le sexisme, qui rend les femmes invisibles.

Surtout à la télévision.

 

Peinture d’illustration  : Dan Witz

Rions… avec Cioran

Donc Cioran. C’est la mention de ses Cahiers dans le journal de Michel Polac, chez Simon Leys et par le tenancier de l’excellente librairie Nijinsky (qui a déménagé et se trouve maintenant en bas de la chaussée d’Ixelles, tout près de la place Flagey) qui auront mis Cioran sur ma route. La lecture diagonale de ce volume est déjà riche de surprises.

Et se passe facilement de commentaires. Je ne sais pas ce qu’il révèlent de sa psychologie… ou de celle du lecteur. Le qualificatif paradoxal s’impose comme trop facile. Je dirais que beaucoup de considérations de Cioran semblent dites du fond d’une caverne, où elles renvoient de multiples échos.

« Aucun ami ne vous dit jamais la vérité. C’est pour cela que seul le dialogue muet avec nos ennemis est fécond. »

« Tel philosophe lui croit avoir élaboré un système ne fait au fond qu’appliquer le même schéma à tout, au mépris de l’évidence, de la diversité et du bon sens. Le tort des philosophes en général est d’être trop prévisibles. Du moins sait-on avec eux à quoi s’en tenir. »

« Qu’ils sont difficiles les rapports avec les êtres ! C’est une très grande consolation de penser qu’il y a des choses. »

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« La peur de se faire des ennemis peut provenir soit de la délicatesse, soit de la lâcheté. Il faut bien connaître un homme pour savoir si c’est l’une ou l’autre qui commande à cette peur-là. »

« On n’aime vraiment un ami que lorsqu’il est mort. »

« Si haute est mon idée de la solitude que chaque rendez-vous est une crucifixion. »

« Chaque fois que j’ai quelqu’un à rencontrer je le hais ; puis je lui pardonne. C’est l’effet du soulagement mais aussi le regret d’avoir été injuste à son égard. »

« Dans une interview de Claude Simon, celui-ci dit qu’il s’efforce de s’abstraire du récit, de n’y pas intervenir à la manière du romancier qui s’érige en juge ; il veut être parfaitement objectif, laisser les choses et les êtres se livrer eux-mêmes… Et je pense que si Saint-Simon est aujourd’hui le prosateur français le plus vivant, c’est parce qu’il est présent dans chaque ligne qu’il écrit, qu’on le sent palpitant, haletant derrière chaque “sortie”, chaque charge chaque adjectif. Il écrivait, il ne faisait pas la théorie de l’art d’écrire, comme on le fait communément en France, pour le plus grand dam de la littérature. Tous ces types exsangues sclérosés, ratiocineurs, ils manquent de tempérament, ils sont subtils et ennuyeux ; ce sont des cadavres prolixes, déguisés en esthéticiens. Ils n’ont pas une âme, mais une méthode. Tous, ils n’ont que ça. Que je déteste tous ces littérateurs, que leur talent m’est inutile ! »

Un jugement inattendu sur Joyce (mais Cioran se fait une spécialité d’être inattendu, en se présentant à des rendez-vous inexistants, auxquels le lecteur est présent et à l’heure) :

« Ce qui fait que je n’aime pas vraiment Ulysse, c’est qu’il est trop élaboré ; c’est presque un roman… didactique. Et puis il manque ce rythme haletant qu’on trouve chez Dostoïevski et Proust. » (ça me fait plaisir pour Proust et ne me surprend pas au sujet de Dostoïevski ; il continue) « L’idée première m’en impose plus que l’exécution. D’ailleurs je n’ai jamais pu le lire que par bouts, et jamais intégralement. C’est un tissu de “potins”, la somme du déconnage, les divagations d’une concierge universelle. »

« Ecrire un livre, le publier, c’est en être l’esclave. Car tout livre est un lien qui nous attache au monde. Une chaîne que nous avons forgée nous-même. Un “auteur” ne parviendra jamais à la pleine délivrance : il ne sera qu’un velléitaire pour tout ce qui regarde l’absolu. »

« Je viens de lire Gelassenheit de Heidegger. Dès qu’il emploie le langage courant, on voit le peu qu’il a à dire. J’ai toujours pensé que le jargon est une immense imposture. Pour mettre les choses au mieux, on pourrait dire : le jargon est l’imposture des gens honnêtes. Mais c’est être indulgent que de présenter les choses ainsi. En réalité, dès qu’on saute du langage vivant pour s’installer dans un autre, fabriqué, il y a une volonté plus ou moins inconsciente de tromper. »

« Cherché pendant plus de deux heures mes déclarations d’impôt des cinq dernières années pour pouvoir compléter une déclaration que m’envoient les allocations familiales. C’est à devenir fou. Que je sois mêlé à ce bordel. Comme si je faisais partie de la société. J’ai toujours payé des impôts sur des revenus plus ou moins fictifs, en tout cas exagérés par moi – pour pouvoir justifier de ma condition d’écrivain. Comme si j’étais écrivain ! »

« Un sceptique conséquent, professionnel, devrait être incapable de rancune.

(Pourquoi “professionnel” ? parce que chaque jour, je vais vers le doute comme d’autres vont à leur bureau.) »

« On n’est pas orgueilleux lorsqu’on souffre mais lorsqu’on a souffert. Nos épreuves ne sont pas une leçon de modestie. Et à vrai dire, rien ne rend modeste. »

« Être méconnu, incompris, solitaire, je ne vois pas ce qu’il faut de plus pour être heureux. »

Cioran me fait souvent rire. Souvent, je ris à l’idée qu’il plaisante, mais je ne le crois pas ; et je ris à l’idée qu’il soit sérieux.

JE ME PRÉSENTE…

JeMePrésente

Ce tableau de Magritte est une de mes images préférées ; contredit-elle vraiment le titre de ce texte ? ne pas oublier qu’on est capable de reconnaitre les gens de dos, parfois d’assez loin, aptitude qui m’a toujours étonné.

Les gens qui me connaissent plus ou moins bien c’est-à-dire aussi bien que je me connais moi-même, savent que “j’écris”, même si ce n’est pas la seule chose que je fais ; pour paraphraser Pierre Desproges à propos de Marguerite Duras : je n’écris pas que des conneries, j’en dis aussi (d’après Desproges, Duras en filmait).

“J’écris” entre guillemets parce que, je n’ai pas toujours su ce que cela voulait dire. J’avais du mal à y croire moi-même : c’était une préoccupation constante, ma montagne personnelle, intérieure, qui accouchait d’une souris. Jusqu’à l’âge de  vingt-sept ans, j’ai péniblement pondu (pour sortir du registre des mammifères rongeurs et des accidents géographiques) quelques textes très courts, j’ai eu quelques lecteurs (zé lectrices) proches, j’ai tout aussi péniblement entamé l’écriture de quelques romans… (Ah, j’ai quand même achevé l’écriture d’un recueil de textes autofictionnels, parce qu’il fallait bien commencer quelque part ; je l’ai intitulé Le souci du détail que mon spirituel compagnon n’a pas tardé à rebaptiser Souci du bétail)

Mais pendant des années, j’ai été un handicapé du roman et de l’imagination.

Et puis il y a eu un déclic, qui a été l’année (2004) que j’ai passé, pour des motifs saugrenus, dans une école d’art de Bruxelles. J’étais en section de photographie. A la fin de cette année, je me suis rendu compte de plusieurs choses :

– que ce petit monde des écoles d’art était pour moi un meilleur objet d’études que la photographie

– que je n’avais plus eu le temps d’écrire tout au long de cette année aussi divertissante qu’instructive (où déjà à cette petite échelle, se révélaient les relations de collusion entre art et politique) et que cela me manquait plus que tout

– que j’avais une idée de roman, qui allait d’ailleurs devenir mon premier roman achevé

Depuis lors, j’ai écrit deux autres romans.

Que j’ai envoyés à des éditeurs.

Les dizaines d’exemplaires des deux premiers n’ont rencontré en terme de réactions que l’équivalent d’un cruciféracée virginal. Comme on dit chez moi, il faut avoir le caractère mieux fait que la figure.

L’écueil du découragement et de l’amertume n’est jamais loin, ne serait-ce que sous la forme d’un point d’interrogation. Pour l’éviter, je commençais à envisager récemment de consacrer mon énergie à autre chose : le dessin, le russe, peut-être l’aïkido…

Je suis en train d’envoyer aux éditeurs mon troisième roman, incidemment intitulé Et je t’embrasse.

Et puis il y a quelques jours, je suis tombé sur la page de Christophe Cros-Houplon, un auteur auto-édité qui en parlant de la plateforme d’auto-édition, m’a fait voir les choses autrement.

“Ni éditeur, ni critiques, ni attaché de presse, ni circuits de distribution. Seuls les lecteurs et moi. Ce qui permet la liberté d’expression pleine et entière sans censure ou passe-droits.”

J’ai compris que l’édition, les éditeurs n’étaient pas la seule voie.

Il écrit entre autres des textes autobiographiques, des romans, des essais sur le cinéma de science-fiction. J’en profite pour lui faire un peu de pub (on peut acheter ses livres en pdf ou en version papier) :

http://christophecroshouplon.blogspot.com/2017/08/ouvrages-de-christophe-cros-houplon.html

Important : même si cela n’a pas toujours été évident : j’ai toujours pris en compte tout ce que les gens qui m’ont lu (que je remercie) ont pu me dire, que ce soient des textes de jeunesse ou plus récents. Je me souviens de tous les commentaires, ils m’ont tous appris quelque chose, que ce soit sur moi, sur ce que j’avais écrit ou sur la personne en question (bon, parfois, que c’était un(e) crétin(e), mais c’était quelqu’un que je ne connaissais pas sur une plateforme de lecture partagée).

Donc un clin d’œil reconnaissant à tous ceux et celles (allez, une concession à l’inclusivité politiquement correcte et une pensée attendrie pour les personnes qui vont essayer d’appliquer ce programme de manière rigoureuse) qui m’ont lu.

Et aux autres : vous ne perdez rien pour attendre.

Tout ça pour dire, les plus malins d’entre vous l’auront compris, que je vais me lancer dans l’auto-édition.

Que vous allez avoir de mes nouvelles.

ReprodIntDétail.

Et [que] je vous embrasse.

(à suivre, donc…)

DANS LA DETTE

DanslaDette2 copie

Entre 1999 et 2002, je me suis trouvé dans une situation de difficultés financières et d’endettement dont j’ai mis plusieurs années à me sortir. Je ne suis pas un acheteur compulsif et je ne détiens une carte de crédit que depuis peu. 

Je suis travailleur indépendant et c’est auprès de mon organisme de cotisations sociales que j’avais contracté ces dettes. Mon endettement a été le résultat de ma jeunesse, d’une certaine insouciance, mais pas seulement.

Pendant quelques années, payé à l’heure et sans aucune sécurité de l’emploi (bref, le statut d’indépendant), j’ai gagné tout juste de quoi payer mon loyer, qui était très modeste à cette époque,   mes impôts, qui l’étaient moins, malgré ma situation, et de quoi retourner en France trois ou quatre fois par an.

Par “jeunesse et insouciance”, je veux dire aussi que j’avais la naïveté de penser (ou de ne pas y penser justement) que vu ma situation, il n’y avait pas de raison que je sois contraint de payer, par dessus le marché, ce qui équivaudrait à six cents ou sept cents euros trimestriels d’aujourd’hui.

Je me trompais.

En Belgique, un travailleur indépendant aux revenus modestes et qui n’a pas droit aux allocations de chômage, paye plus pour travailler qu’il ne travaille pour gagner sa vie. La situation des indépendants n’est pas très différente en France.

Que ce soit clair : je ne considère pas, comme voudraient nous le faire croire certains politiciens et certains chefs d’état, que les personnes qui touchent le chômage, qui ont besoin pour vivre des allocations de chômage, sont des “privilégiés”. Les privilégiés sont les riches, les politiciens qui cumulent les mandats, etc.

Après avoir reçu une lettre de mise en demeure déposée chez moi par un huissier , j’ai fait connaissance avec ce qu’on appelle la machine administrative (dont le personnel, tant du côté des impôts et des cotisations que de la TVA, s’est d’ailleurs toujours montré très correct, à l’exception d’un employé de ma caisse d’assurances sociales, qui m’a très vite fait contempler la possibilité de la saisie par un huissier, doutant même que mon ordinateur puisse être considéré comme matériel professionnel).

Procédure de remboursement des trimestres en retard et demande d’exonération de certains trimestres de cotisations. Il y a d’un côté, les jurys qui décident de la recevabilité des demandes ; soumises à d’importantes restrictions bien sûr : il n’est pas question d’espérer l’exonération de toutes les cotisations correspondant à ces années où j’avais le choix entre payer mon loyer et mes impôts et payer mon loyer et mes cotisations ; et de l’autre, le passage devant un juge de paix, avec qui vous convenez des termes du remboursement.

J’ai donc remboursé, sur une période de trois ou quatre années, par mensualités de cent cinquante à deux-cents euros le montant total de mes dettes. Sauf les quelques trimestres dont on m’avait accordé l’exonération. Pendant quelques mois, deux plans de remboursement se sont même chevauchés. En revanche, un chômeur à vie à droit à une pension de retraite complète.

Il est probablement utile de préciser que tout au long de cette période, j’ai bien sûr dû m’acquitter des contributions et des cotisations sociales en cours. Il a donc fallu que je “travaille plus pour gagner encore moins”, pour citer un Polichinelle dont on voudrait nous faire croire que son successeur a été plus brillant. *

Je vous vois venir : l’impôt, c’est la solidarité.

Dans la vidéo dont le lien se trouve à la fin de cet article, Etienne Chouard explique que l’impôt sur le revenu n’a existé aux Etats-Unis jusqu’à partir du début du vingtième siècle. Il existait une banque centrale publique. C’est seulement à partir du moment où une banque privée, la mal nommée Federal Reserve, a été créée, qu’il est devenu nécessaire de créer un impôt sur le revenu afin de rembourser les intérêts sur l’argent créé par cette institution. Et c’est ainsi que le peuple américain, un des pays dont la dette extérieure est la plus importante au monde s’est trouvé englué dans un endettement sans fin.

En Europe, la situation n’a absolument rien à voir (attention esprit sardonique) puisque le pendant de la Federal Reserve s’appelle Banque Centrale Européenne et que c’est pour payer les intérêts dus à cette banque privée que nous payons des impôts, puisque le traité de Maastricht interdit aux états membres d’emprunter auprès de leur banque centrale, condamnant les populations à l’endettement, tandis que la politique anti-inflation les condamne au chômage de masse. Ce sont les autres taxes et impôts (fonciers, TVA, impôt sur la fortune, etc.) qui financent les hôpitaux, les écoles, les administrations, etc. Les cours de philosophie qui nous amènent à parler de liberté n’abordent jamais cet aspect de notre vie car s’il est une chose que la philosophie à l’école doit être, c’est abstraite de la vie réelle ou inoffensive.

Tout cela parce que j’ai la flemme de faire un compte rendu du passionnant livre de David Graeber : Dette, 5000 ans d’histoire. Je parlerai volontiers, probablement dans un prochain billet de son Bureaucratie (au titre français un peu plat en comparaison avec le titre original : A utopia of rules, c’est-à-dire “une utopie de règles”.

David Graeber est un des organisateurs du mouvement Occupy Wall Street ; il est aussi l’auteur du slogan « We are the 99% ». Pour donner une idée très suggestive de son livre, qui est anthropologue entame sa réflexion en pourfendant l’idée répandue que l’économie des sociétés anciennes ait pu reposer sur quelque chose d’aussi peu pratique que le troc, dont l’application au quotidien aurait exigé un nombre invraisemblable de coïncidences pour que l’objet proposé par le demandeur réponde aux besoins de la personne de qui il essayait d’obtenir un produit, un objet ou un service .

Dans un style très accessible et truffé d’anecdotes et d’observations, David Graeber déroule donc un panorama des modes d’échange et d’asservissement, mais aussi de don, qui ont existé jusqu’à nos jours. De l’exemple du pêcheur inuit qui retournait à son igloo totalement bredouille après une mauvaise période de pêche, pour trouver devant son igloo un phoque offert par un autre pêcheur**, à la question de savoir dans quelles sociétés il a été possible de se vendre soi-même comme esclave pour payer ses dettes, en passant par des épisodes historiques comme la guerre de Cortès, massacre inimaginable sur lequel l’auteur projette un éclairage étonnant (contestant la thèse de la pure cupidité) …

David Graeber raconte que certains malentendus fatals entre peuples sont nés de l’asymétrie entre les notions de don et d’échange qui a pu se révéler en certaines occasions. Ainsi, voyant poser le pied sur leurs rivages des hommes à la peau blanche débarquant d’imposantes machines flottantes, il n’était pas rare que les peuples indigènes décident de leur faire des cadeaux mirifiques ; les explorateurs pouvaient d’ailleurs facilement interpréter ces gestes comme un hommage à leur supériorité alors qu’ils pouvaient aussi être compris comme une demande de paix c’est-à-dire comme “l’extorsion” de la promesse implicite qu’ils ne seraient pas massacrés. Par la suite, les explorateurs pouvaient avoir la surprise, et assez mal le prendre, de voir les indigènes se saisir de ce qui leur plaisait tandis qu’ils leur visitaient leur navire.

Sur le sujet de l’argent et plus particulièrement sur les ravages de la pauvreté et de sa répression, je conseille Dans la dèche de George Orwell, qui raconte les années au cours desquelles il a vécu comme un vagabond en Angleterre et à Paris.

Sur le sujet de l’argent et plus particulièrement sur les ravages de la richesse, je recommande Nauru l’île dévastée de Luc Folliet.

 

*J’en profite aussi pour préciser en passant que j’ai eu des sueurs froides il y a quelques années, sous le gouvernement d’Elio Di Rupo, quand les professeurs de langues indépendants mais aussi les avocats, les notaires et les huissiers de justice , sont tombés, sous le coup de l’assujettissement à la TVA, qui est de vingt-et-un pour cent. Cette mesure ne m’a pas fait perdre de travail mais je suis sûr que d’autres indépendants dans ma situation ont senti passer cette nouvelle crise de rapacité gouvernementale. En ce qui concerne le recours à un avocat, il est devenu, suite à cette mesure socialiste (j’insiste), un service de riche.

**ce que Graeber n’est pas le seul à appeler “communisme en action (dans une acception dont le communisme soviétique ne serait qu’une perversion ; Graeber parle aussi du “communisme des riches ».

Illustration : John Singleton Copley, Boy with a squirrel, 1765 (détail)

 

AVANT OU APRÈS DEMAIN

Convaincre-2Alors que que le rapport de l’Union Européenne sur le glyphosate est mise au jour en même temps son caractère extrêmement douteux (même sur les médias “conventionnels”), visionner le documentaire de Coline Serreau Solutions locales pour désordre global (2010) est autant l’occasion de trouver des réponses aux questions qu’on se pose sur l’agriculture, l’environnement et l’avenir de la planète, que de trouver des réponses à des questions qu’il ne nous serait peut-être pas venu à l’idée de nous poser.

Plutôt qu’un résumé de ce film, voici un inventaire partiel et désordonné de ces questions.

– Comment le ministère français de l’agriculture récompense-t-il un cultivateur qui a réussi à recréer naturellement une espèce de pomme de terre disparue ?

–Pourquoi les pommes golden dominent-elles la production de pommes depuis des décennies ?

– Quelle discipline a disparu des études d’agronomie (du moins en France) ?

– Quel rapport y aurait-il entre l’agriculture intensive et la violence faite aux femmes en Inde ? (notamment l’élimination des bébés filles non encore nées)

– Avez-vous déjà vu une photo de bébé né sans bras ni jambes ?

– Quel est le rapport entre Monsanto et la guerre du Vietnam ?

– A quoi est censée ressembler une terre saine ?  (oui, même les adeptes de plus en plus nombreux du vermicompostage urbain en ont une bonne idée)

– Qu’est-ce que la jachère ? (La quoi !?! )

– Qu’est-ce que la “révolution des riches” ?

– Combien de planètes Terre faudrait-il pour nourrir une population mondiale qui se comporterait comme les Français ? Comme les Etats-uniens ?

– Le blé avec lequel on produit l’immense majorité des farines a-t-il bonne mine ?

– Qu’est-ce que le masculinisme ? Est-ce la réponse au féminisme ?

– Les OGM et les pesticides sont-ils la seule solution à la question de nourrir la planète ?

– Que fait l’Union Européenne pour combattre l’agriculture intensive ?

– Quelle est la différence entre un désert et un champ consacré à la monoculture ?

– « Labourage et pâturage sont[-ils] les mamelles qui sèment le pain dont s’abreuvent ses enfants » ? (cela est moins une question, pour ceux qui sauront la démêler, qu’une citation du maire de Champignac dans un album de Spirou, époque Franquin)

– Un champ stérilisé par l’usage intensif de pesticides est-il irrémédiablement perdu ?

– Quel rapport entre tout cela et le fait que le gouvernement Néo-Zélandais (du moins au moment de la sortie de ce documentaire) était en train d’étudier la possibilité de faire de la prostitution un cursus universitaire comme un autre ? *

– Quel comportement constituerait, aux yeux d’un libéral de gauche comme de droite, une aberration ? *

– Quelles conditions doivent être réunies pour qu’une truie se mette à manger ses petits ? (ce qui m’amène à la question suivante)

– L’anthropophagie est-elle la réponse à la faim dans le monde ?

– Jacques Attali est-il une fille de l’air ?

Sur cette note poétique, je clos ce questionnaire.

 

 

* Les réponses aux questions suivies d’un astérisque sont à trouver dans les entretiens avec le philosophe Jean-Claude Michéa, en bonus.

** Même chose à ceci près qu’il est possible de comprendre fille de l’air (nom de ces plantes dénuées de racines) de deux manière différentes ; la deuxième est éclairée par un entretien entre de Natacha Polony avec Jacques Attali dans lequel ce dernier nous apprend qu’il n’est pas un radis.