TRAVAILLEUSES DU GENRE
Un de mes élèves, Francesco, un adolescent de 17 ans a de plus en plus de mal à supporter la propagande qu’il subit à l’école, à propos du féminisme et de la « protection des minorités » (voir digression 1). « On me parle comme si, en risquant de faire une bêtise, je l’avais déjà faite puisque je suis un garçon. ». Comme s’il était déjà coupable, comme s’il portait la culpabilité en lui, comme si la culpabilité n’avait pas besoin de reposer sur un acte. Et c’est vrai : la culpabilité n’a pas besoin de reposer sur un acte, du moins, du point de vue du manipulateur pervers et de ses agents plus ou moins zélés. Le principal est que la cible le croie et se comporte en conséquence.
Francesco se farcit donc des stages au cours desquels on leur inculque, à lui et ses camarades, le devoir de ne pas se comporter comme des mâles alpha… Le pré-supposé est que la masculinité est par essence toxique. Tandis que la féminité serait par essence exemplaire (féminisme : bien ; masculinisme : pas bien). Au nom de la lutte contre le sexisme, parce qu’au point où on en est… « Mais, me dit Francesco, dans le même temps, on ne demande pas aux filles de ne pas se comporter comme des garces » – mot qui n’est pas de son cru, mais comme mégère devrait être remis au goût du jour, parce que franchement, les candidates se bousculent au portillon : les Von der Leyen, les Berger, les Braun-Pivet, les velles, les vaches, les cochonnes…
Je me souviens d’un reportage sur le harcèlement à l’école : une jeune fille s’en était trouvée victime après avoir publié des photos “osées” d’elle-même, attirant sur elle cyber et bio-moqueries, cyber et bio-quolibets et autres cyber et bio-noms d’oiseaux. « C’est paaas bien », ânonnait la voix off de cette campagne de sensibilisation. On aura compris. En revanche, rien au sujet des risques qu’on court à s’exhiber en petite tenue sur la cyber-place publique ou sur le trottoir généralisé qu’est devenu la vie publique. Les autres sont seuls responsables de mes actes… à partir du moment où je fais partie d’une catégorie protégée : les « racisés, les homo, les femmes… pas les enfants, sacrifiés au trans-genrisme.
Le tout ayant lieu, bien sûr, au nom de cette notion fumeuse d’égalité… Et c’est bien là le grand mensonge des “démocraties” : nous faire croire qu’il pourrait y avoir une liberté sans responsabilité, une liberté sans la Vérité.
DIGRESSION 1 : MAJEURS NON ADMIS
Cette invention d’idée de « minorité », et sa banalisation, est particulièrement diabolique (voir digression 2) puisqu’elle crée des catégories qu’elle extrait de la population générale, faisant mine de se préoccuper de leur sort en leur inventant des “droits”… que n’auraient pas les « majorités » (pour me moquer de leur ridicule pluriel, voir digression 3) ? Moyennant quoi des imposteurs privilégiés nommés représentants : ministres, députés, présidents, etc. ne représentent plus que des minorités artificielles, pour mieux dissimuler le fait qu’ils représentent en réalité des minorités plus ou moins connues situées au-dessus d’eux dont ils réalisent le programme dans le brouillard d’enfumage (gaslighting en anglais) généré par les cabinets de communication. Ils se comportent avec nous comme le personnel d’une maison de redressement… de peur que nous ne nous redressions de notre propre chef.
DIGRESSION 2 : BERMUDES
Par définition, tout ce qui contribue à la division est diabolique. Le fait de désigner des minorités pour culpabiliser les « majorités » (j’emploie le pluriel de manière moqueuse) porte le nom de triangulation : créer le conflit entre deux agents pour éviter la confrontation avec celui qu’on veut soumettre (lire Gouverner par le chaos et Neuro-pirates de Lucien Cerise). Ainsi le Pouvoir exploite toutes les bonnes causes : antiracisme (obéissant manifestement à un classement d’espèces protégées), “tolérance”, écologie, épidémies, etc. pour masquer le fait qu’il mène contre le peuple une guerre silencieuse visant à le maintenir dans un état d’hébétude, d’abrutissement, de confusion, de désespoir, de résignation. Le langage pervers, paradoxal est son arme de prédilection.
On a tendance à penser que le fait de qualifier ces procédés de “diaboliques” est une image ou une exagération. Je suis de plus en plus porté à croire au contraire, qu’il n’y a pas d’image, qu’il n’y a pas de métaphore : que le langage nomme ainsi la vérité des choses. Non que l’auteur de ces tribulations soit un personnage mythique cornu (ou Lecornu, nom qui tombe tout de même à pic) auquel certains voueraient un culte secret, mais plutôt que seraient à l’œuvre les forces identifiées sous ce nom et à la fois désignées et dissimulées par cette image folklorique, forces qu’on appelle tout simplement le Mal. Le diable en est la figure folklorique qui parviendrait presque à nous faire oublier que le diable existe… dans ses manifestations. L’étymologie de diable le révèle : dia-ballein en grec, se qui se met en travers. Car le langage nomme le réel. C’est bien pour cela que le Pouvoir moderne, diabolique, ne cesse de le falsifier. Le mal travaille à faire croire qu’il n’existe pas, à se faire passer pour autre chose. Pour le Bien par exemple.
DIGRESSION 3 : MULTIPLIER POUR RÉGNER
Tout comme Balzac écrit dans Ferragus, petit roman bancal qui contient des pages étourdissantes d’observation critique : une foule se réunissant sous un porche pendant une averse, l’administration des cimetières : « Je ne savais pas que la bureaucratie pût allonger ses ongles jusque dans nos cercueils. » La division allonge ses griffes jusque dans la grammaire.
Ainsi les rayons de librairies comportent un rayon féminismes (le singulier ne suffisait peut-être plus à masquer le fait que c’est du haut vers le bas qu’on nous fait la guerre), laissant présager de divertissants crêpages de chignon inter-minoritaires pseudo-genrés ; tandis qu’on nous parle “des solidarités”. Car s’il n’y a plus que des solidarités, il n’y a plus de solidarité.
D’ailleurs les agents culturels reçoivent leurs instructions : à Arras, visitant une exposition d’œuvres d’artistes locaux, j’ai remarqué avec quelle application presque naturelle, presque spontanée, comme un acteurice connaissant bien son rôle, le guide nous parlait systématiquement « des artistes… et des artistes femmes ». Le message involontaire est que les artistes femmes… ne sont pas des artistes. Il est vrai que les femmes ne sont pas des femmes ni les hommes des hommes
Illustration : René Magritte, Le survivant