COUPES DE CHEVEUX ET COUPS DE FEU

Il y a un an, grâce à ma nièce Sarah qui m’y a encouragé, je me suis remis au dessin, activité purement dilettante que j’avais totalement abandonnée en 1992 (note à l’intention de mes biographes). 

Les moments où je dessinais en écoutant de la musique restent de beaux souvenirs de solitude fructueuse. La solitude ne doit pas être fructueuse, en tout cas, pas matériellement fructueuse, pour pouvoir être appréciée comme un cadeau. 

Je ne la pratique pas, mais je suis persuadé que toutes les activités manuelles rejoignent le bonheur qu’on trouve, paraît-il, dans la méditation (ainsi que dans les métiers, que la modernité a fait disparaître, pour faire de nous des employés de bureau, ce qui plaide d’ailleurs en faveur de notre faculté d’adaptation en milieu extrême). 

Aujourd’hui, je ne compte plus les raisons de remercier ma nièce de m’avoir redonné le goût du dessin. 

Le dessin me permet de détourner totalement mon attention de la torture de masse que nous subissons* depuis près d’un an (même les gens que rien ne choque, qui continuent à penser que tout est justifié, savent-ils ce que le port du masque au moins huit heures par jour fait à leur santé à long terme ? qu’ils se renseignent sur l’acidification du sang)

Le dessin me permet de ne pas penser à la colère et à la tristesse que je retiens quand je sors, le moins souvent possible et pas seulement à cause du froid. 

Le dessin me permet de ne pas penser au fait que, en bas de chez moi, la police verbalise les automobilistes en violation avec le couvre-feu (effectivement, il y a des coups de feu qui se perdent),  que nous en sommes réduits à demander des miettes de liberté, oubliant que notre liberté est à trouver en nous, qu’elle est à nous et que nous n’avons rien à demander, mais peut-être à donner, à commencer par les personnes qui souffrent le plus de cette situation, les personnes seules (donner aujourd’hui aux personnes qui souffrent et plus tard, aux personnes qui nous font souffrir, les “responsables”, des coupes de cheveux gratuites, comme à la libération, bien plus méritées par les traitres d’aujourd’hui que par les femmes qui, autrefois, ont “couché avec l’ennemi”). 

Je dessine au stylo à bille noir, qui supporte très bien l’à-peu-près, et uniquement d’après photo ; celles qui m’émeuvent le plus actuellement sont des photos des années soixante, représentant des couples dans des cafés. Je me faisais la réflexion qu’un mur nous séparait de cette vie, des souvenirs d’une vie normale, que nos “responsables” politiques (les guillemets parce qu’ils sont tout sauf responsables) nous promettent que nous ne retrouverons JAMAIS. 

Ce mur, ce n’est pas le mur des souvenirs, c’est le présent. On dit que les yeux sont les fenêtres de l’âme : ceux de nos gouvernants sont les portes de notre prison.  

Les images de cette vie de café me font penser, quand je ne dessine pas, aux cafetiers et aux restaurateurs qui – et je les comprends – sont partagés entre désir de survie et peur des sanctions. 

À eux, à tous, à moi-même, je n’ai qu’un message à envoyer. 

Il s’agit d’un proverbe africain que ma mémoire, qui me joue peut-être des tours, place à l’entrée du roman d’Agatha Christie 10 petits nègres

Si tu avances, tu meurs, si tu recules, tu meurs. Alors pourquoi reculer ?

*ce n’est pas une exagération ; je vous renvoie à la charte de Biderman sur les conditions définissant la torture psychologique et la coercition

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